International, Politique

Cessez-le-feu en Syrie : espoir de paix définitive ?

Il y a plus d’une semaine, à minuit, heure de Damas, les forces rebelles anti-gouvernementales et le régime de Bachar Al-Assad entraient officiellement en cessez-le-feu, moins d’un moins après que les négociations aient été interrompues par une offensive du gouvernement contre les rebelles.

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Alors que la conférence de Genève sur la Syrie n’a cessé de trébucher et d’être suspendue depuis son ouverture, la nuit du 26 a 27 février marquait le début du cessez-le-feu initié par Moscou et Washington et approuvé par l’ONU. Accepté par une centaine de groupes rebelles, l’armée gouvernementale et les forces kurdes, le cessez-le-feu n’inclut pas les groupes djihadistes comme l’organisation Etat Islamique et le Jabhat al-Nosra. Samedi matin, pour la première fois depuis près de cinq ans, les grandes villes du pays se sont donc réveillés sans le bruit des canons.

L’ONU a annoncé dès dimanche, deuxième jour du cessez-le-feu, que la trêve serait l’occasion de renforcer l’acheminement de l’aide humanitaire dans les villes assiégées par l’un ou l’autre des belligérants et rendues accessibles par l’arrêt des combats.

Nouveau terrain des désaccords internationaux

En Occident, deux interprétations s’offrent aux observateurs du cessez-le-feu : soit il s’agit d’une diversion russe pour permettre au régime central de reconquérir le territoire national, soit il traduit une véritable et sincère volonté de trouver une issue politique au conflit.

Il est vrai que, depuis le début de son intervention militaire en Syrie à l’automne 2015, Moscou a rempli une bonne part de ses objectifs et profondément bouleversé les rapports de force sur le terrain. Dès décembre, après avoir poussé Damas a réorganisé son armée régulière et bombardé lourdement les forces rebelles, la Russie permettait à Bachar Al-Assad de reprendre du terrain face aux rebelles et de marcher vers Alep. Sur la scène internationale, Moscou s’est rapidement imposé aux Etats-Unis et à la coalition internationale anti-Damas comme le principal interlocuteur du camp adverse, devant l’allié iranien. D’après le gouvernement russe, s’il ne souhaite pas à tout prix chasser Bachar Al-Assad du pouvoir, c’est d’abord par crainte d’une reproduction en Syrie du scénario qu’ont connu l’Irak et la Libye.

Il est vrai que le gouvernement russe a récemment fait preuve de prudence vis-à-vis de son engagement en Syrie : alors que Damas annonçait des élections législatives le 13 avril prochain, la porte-parole du ministère des affaires étrangères Maria Zakharova insistait sur l’importance d’un processus politique débouchant sur une nouvelle Constitution avant la tenue de toute élection. De plus, la Russie n’a aucun intérêt à s’opposer trop violemment à Washington ou à l’Union Européenne : les sanctions économiques suivant l’annexion de la Crimée pèsent très lourd sur une économie russe très fragilisée et embourbée dans la crise pétrolière mondiale. D’où un adoucissement relatif des exigences russes. « Pour nous le départ d’Assad est acceptable », déclarait il y à peu le rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs Fyodor Lukyanov.

Un accord fragile

Malgré ses signes de bonne volonté, l’accord entre Russes et Américains à l’origine du cessez-le-feu ne prévoit pas un arrêt total des bombardements russes : ceux-ci ont déclaré dès le début qu’ils poursuivraient leurs attaques contre les groupes djihadistes. Qui plus est, l’exclusion du cessez-le-feu des groupes classés terroristes comme Jaish al-Islam ou Ahrar al-Sham complexifie la tenue des combats : les différents groupes armés ne sont pas tous indépendants les uns des autres et les liens entre organisations participant ou non à la trêve complexifie la réalité sur le terrain.

L’ONU a mis sur pied des groupes de suivi du cessez-le-feu qui doivent s’assurer que les belligérants respectent la trêve. Des incidents ont déjà eu lieu, sur lesquels des investigations ont lieu. Staffan de Mistura, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, considère ces incidents comme inévitables estime que le principal sera de les « contenir ». Les négociations de Genève sur une issue politique devraient reprendre le lundi 7 mars et durer 3 semaines.

Sofiane ZAIZOUNE

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