Chroniques, Le choix de la rédaction

Cher Atilla Dorsay, je vous demande : Quo vadis İstanbul ? [1]

Récemment, la librairie Alp à Moda a fermée, et maintenant, KaymakçıShestakof[1] dit « Pando » a reçu préavis pour quitter ses lieux. Auparavant, Vakko avait volontairement quitté l’avenue İstiklâl…

Robinson Crusoe 389 était dans l’impasse à la fin de l’année dernière; désormais cette librairie ancienne de 20 ans sur l’avenue İstiklâl s’est abritée au quatrième étage de Salt.

La pharmacie Rebul de 120 ans, la pâtisserie İnci, les cinémas Saray de 100 ans et Emek, où Atilla Dorsay[2] a regardé les premiers films de sa vie, sont aussi fermés…

Ils ont forcé Hacı Abdullah[3], mais il a résisté !

Ils ont incendié l’ancien pont de Galata avec l’intention de faire fuir ses commerçants. Le salon de thé de 70 ans « Erzurum Çayevi » dirigé par İbrahim et Recep Usta a du fermer suite aux nombreuses transpositions, une histoire que j’ai raconté dans Mavi Ölüm.

Ils ont effacé Baylan[4] de Karaköy et ils ont livré celui de Kadıköy à Kahve Dünyası[5] ; pour le moment, il est entre les mains sûr. J’y ai écrit mon livre Sence Aşk Nedir, ceux qui l’ont lu le savent.

Ils ont chassé d’une manière ou d’une autre la presse de « Bab-ı Âli »[6] pour y installer des marchands de tapis et des bijoutiers, soit disant des touristes y viendront… Je suis devenu étranger dans mon quartier natal.

Ils ont coupé les contacts entre les journalistes et le peuple, les chroniqueurs ont commencé à écrire depuis chez eux ou bien ils se rendent à la rédaction dans leur voitures sans les quitter.

Eminönü et Sirkeci ont perdu leurs charme.

Il y a encore ceux qui qualifient d’historique Kadıköy Çarşısı[7] : mais ce que je voie ne sont que des restaurants de « rakı-balık »[8] de mauvais goût. Où sont les magasins historiques et authentiques ?

En dehors de Yalı Çiftliği, Çiya, Gözde et Ecevitler, le reste laisse grandement à désirer.

Il nous reste pour l’instant : Hacıbekir, Dondurmacı Ali Usta, Moda Çay Bahçesi, et sur la rive européenne, Karaköy Güllüoğlu, Gelik, Divan Oteli et Develi… Et sans oublier Beyti !

J’ai écrit Bitmemiş Hikayeler chez Hacıbekir.

Et à Moda Çay Bahçesi İstanbul Düşerken

Mais à l’époque on utilisait les verres Ajda, les verres bocaux n’existaient pas encore ! Ainsi notre culture disparaît au profit de l’enrichissement de certains.

J’ai écrit Küreselleşen Dünya ve Değişen Türkiye chez Dondurmacı Ali Usta.

Bref, les propriétaires et les maires, si vous faîtes attention, c’est vous qui êtes responsables de la disparition des lieux et des goûts qui font la particularité d’Istanbul.

Le poisson et les concombres de Çengelköy[9] ont perdu leurs saveurs…

Ne gâchez pas notre plaisir de « vapur »[10], car nous n’avons pas pu aimer les « moteurs » bruyants et polluants de Kabataş.

Pour finir, j’aurai aussi deux mots à dire au sujet de « Kanaat » et « Yanyalı Fehmi »… Mais, j’ai changé d’avis, je les garde!

Hüseyin Latif

[1]Le vendeur de petit déjeuner qui est connu pour sa crème.

[2]Le doyen des critiques cinéma et journaliste – écrivain

[3]Restaurant avec des spécialités turques.

[4]Pâtisserie

[5]Café

[6]La Sublime Porte

[7]Le marché des légumes et de poisson

[8]Raki et du poisson

[9]Un quartier d’Istanbul

[10]Les bateaux traditionnels fonctionnant au vapeur qui relient les deux rives d’Istanbul.

1 Comment

  1. Christine Tune

    Je comprends votre tristesse. La mienne est semblable. J’ai vecu à Istanbul 10 ans, et revenir me surprend et m’attriste.

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