International, Politique

Le choix sans illusion des Iraniens

Peu après les présidentielles françaises, les Iraniens se sont rendus aux urnes pour élire leur président de la République. L’élection s’est déroulée le 19 mai et le président sortant, Hasan Rohani, qui était candidat à sa propre succession, a été réélu dès le premier tour en obtenant 57% des suffrages exprimés.Ils étaient six candidats à se présenter à cette élection et avaient tous l’aval du Guide suprême, Ali Khamenei. L’ancien président, Mahmoud Ahmadinejad, a été écarté faute de cet aval. Ainsi, les deux favoris n’étaient autres que Hasan Rohani, religieux modéré de 68 ans, et Ebrahim Raisi, religieux conservateur de 56 ans. Deux individus représentant une frange de la population iranienne.

Le candidat modéré avait été élu président de la République en 2013. Il est à l’origine de la conclusion de l’accord nucléaire, signé en juillet 2015 avec les six puissances occidentales, qui allait permettre la levée d’une partie des sanctions appliquées à l’encontre de l’Iran et ainsi mettre fin à son isolement international. Rappelons que cet accord a d’abord été négocié en secret avec les Américains qui y ont ensuite associé les cinq pays européens.

La perspective de l’ouverture économique et politique de l’Iran a suscité beaucoup d’espoirs dans le pays. En revanche, deux ans après la signature de l’accord, force est de constater que ses retombées ne sont pas à la hauteur des attentes de la population iranienne. La principale raison serait le manque d’investissements étrangers. Même si les exportations de pétrole ont repris, elles n’ont pas été créatrices d’emplois ni de revenus pour les ménages. Et bien que l’inflation soit maîtrisée, le taux de chômage reste élevé (12,5%) notamment chez les jeunes (27%).

Durant la campagne d’élection présidentielle, Hasan Rohani promettait alors la poursuite de l’ouverture de son pays à l’international et l’augmentation des investissements étrangers, mais sans préciser comment il allait y procéder. Il a alors tenté de mobiliser un électorat en quête de libertés et de stabilité économique dans les couches moyennes et supérieures de la société.

Face à lui, le candidat conservateur, le clerc Ebrahim Raissi proche du Guide suprême, est à la tête de la puissante fondation de mausolée de Reza, huitième imam des chiites, à Machhad, la seconde plus grande ville d’Iran. Son électorat est composé de fonctionnaires, des forces armées, mais aussi d’une partie de la population croyante et les classes populaires touchées par la crise et dépendantes des aides sociales instaurées par Ahmadinejad. Ebrahim Raissi était pour le respect de l’accord sur le programme nucléaire de l’Iran, mais il a sévèrement critiqué l’attitude « laxiste » du gouvernement face aux Américains et aux Européens en ce qui concerne la levée des sanctions bancaires contre l’Iran. Tout au long de sa campagne, il n’a cessé de rappeler le taux élevé du chômage ainsi que la faiblesse de la croissance économique et le fait que l’accord n’a profité qu’à 4% de la population, autrement dit à M. Rohani et à ses proches.

En élisant M. Rohani, les Iraniens ont fait le choix de l’ouverture au monde contre le retour de l’isolement, mais ce choix n’est pas nouveau. En effet, depuis 1997, la majeure partie de la population iranienne inspire à une société plus libre et plus démocratique, mais sans véritable résultat. Avec son second mandat, le président Rohani pourra-t-il changer radicalement les choses en Iran ? Tout laisse à penser que non. En effet, la méfiance des Européens et le comportement du président américain à l’égard de l’Iran d’une part et les marges de manœuvre très limitées du président Rohani au sein de l’appareil du pouvoir en Iran d’autre part seront des obstacles infranchissables. Rappelons aussi que M. Rohani, malgré ses inspirations réformatrices, reste un homme du régime et que les grandes puissances occidentales s’accommodent bien avec les régimes autoritaires tant que ces derniers leur offrent de juteux marchés économiques. Donc le choix de renouveau des Iraniens sera sans grand illusion.

Mireille Sadège – Rédactrice en chef

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