Politique, Société

Cinq millions de Turcs auraient été placés sur écoutes en 2012

ecoutes_telephoniquesLe ministre turc de l’Intérieur Efkan Âlâ a révélé que les conversations de 5 millions de Turcs – 250 000 ayant été mis sur écoute et ayant chacun parlé à 20 personnes en moyenne – ont été écoutées illégalement en 2012. 26 officiers de police suspectés d’avoir mis en place cette surveillance ont été arrêtés. Le Gouvernement accuse le mouvement Gülen d’en être à l’origine.

Une surveillance à large échelle

Selon Efkan Âlâ, les personnes et institutions ciblées par les écoutes étaient Abdullah Gül et Recep Tayyip Erdoğan, à l’époque respectivement président de la République et Premier ministre, mais également la Cour constitutionnelle, les quartiers généraux des forces armées, les ministères, le MİT (Les services de renseignement turcs, qui dépendent directement du cabinet du Premier ministre), des ONG, la présidence des Affaires religieuses, divers hommes et femmes d’affaires, des partis politiques, et certains bureaucrates et journalistes. Au total, on atteint la somme vertigineuse de 5 millions de personnes écoutées en l’espace de seulement une année.

À la recherche de coupables

Déplorant cette nouvelle, le ministre de l’Intérieur a indiqué que les informations recueillies avaient servi à menacer ou à faire chanter les victimes d’espionnage. Le Gouvernement s’est donc mis en quête des responsables et, à l’heure actuelle, 26 officiers de police soupçonnés d’avoir mis sur écoute des politiciens et fonctionnaires ont été arrêtés. Il y a un mois déjà, une audience s’était tenue à Ankara pour une affaire de micros posés dans les bureaux d’Erdoğan. Mustafa Varank, actuellement son conseiller et à l’époque des faits sous-secrétaire d’État, assure en effet avoir été témoin de la récupération des micros par les criminels.

Des enquêtes sont menées pour retrouver les enregistrements, les suspects-clés n’ayant pas pu être appréhendés. D’autre part, plus de 3 300 employés des services de police font l’objet d’un examen gülentandis que 510 autres ont été démis de leur fonction. 251 ont été officiellement renvoyés, et 776 autres, qui pourraient bien être contraints de quitter leur poste à leur tour, sont dans l’attente d’une décision les concernant. Des juges et procureurs ont déjà connu le même sort.

Pour le président Erdoğan et Efkan Âlâ, toutes les personnes incriminées sont à la botte du mouvement Gülen. Le mois dernier, Fethullah Gülen, le théoricien éponyme du mouvement, a vu publier à son égard un mandat d’arrêt au motif qu’il serait à la tête d’une organisation criminelle. L’ancien imam, qui vit depuis de nombreuses années en Pennsylvanie, soutient n’être engagé dans aucun complot contre le gouvernement turc.

Gülen et AKP, une guerre ouverte

Fethullah Güllen est un influent intellectuel turc qui a fondé le mouvement Gülen (aussi appelé Cemaat ou encore Hizmet). Longtemps allié de l’AKP, le groupe s’en est finalement éloigné. Ils avaient des visions très différentes de la société et des opinions parfois dissonantes, comme par exemple concernant le traitement des Kurdes. Les avantages que chacune des parties tirait du soutien de l’autre ont fini vers 2011 par ne plus compenser ces désaccords. Voulant porter un coup à l’influence grandissante de la « néo-confrérie », le président Erdoğan l’a déclarée illégale, a fait fermer ses écoles et a conduit des purges au sein de l’administration turque. Les deux institutions ont alors commencé à mener des campagnes l’une contre l’autre, le mouvement Gülen ayant été accusé d’avoir infiltré le milieu de la justice et d’avoir formé un « État parallèle » pour faire obstacle à Erdoğan, tandis le parti au pouvoir s’était vu reprocher de nombreuses malversations ainsi que sa tendance à l’autoritarisme. En décembre 2013, un scandale explose lorsque les « Gülénistes » manquent de faire tomber le gouvernement pour corruption. Exilé depuis longtemps aux États-Unis, Gülen fait depuis quelques mois l’objet d’une demande d’extradition officielle de la part de la Turquie. Une demande toujours vaine à l’heure actuelle et donc un statu quo pour l’instant maintenu.

Victoria Coste

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