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Coalition : l’AKP clôture sa tournée de négociations avec le MHP

Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu a aujourd’hui conclu sa tournée de négociations avec les partis d’opposition élus le 7 juin dernier lors des élections générales en rencontrant le leader du MHP [parti d’action nationaliste] Devlet Bahçeli. Le chef du gouvernement s’était également entretenu avec le leader du CHP Kemal Kılıçdaroğlu ce lundi afin de discuter de la mise en place d’un gouvernement de coalition.

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Delvet Bahçeli à l’issue de sa rencontre avec Ahmet Davutoğlu.

Le 9 juillet dernier, le président Recep Tayyip Erdoğan remettait au  premier ministre Ahmet Davutoğlu le mandat nécessaire à la formation d’un nouveau gouvernement, après plus d’un mois d’attente. Suite à la perte de sa majorité absolue au Parlement, le parti présidentiel AKP est aujourd’hui contraint de rompre avec plus de dix ans de gouvernance unique de la Turquie, un problème de taille que seule une coalition pourrait résoudre. Des élections anticipées ont aussi été évoquées par le pouvoir, dans le cas où les différents partis ne parviendraient pas à former un gouvernement. Pour ce faire, le Premier ministre et les principaux partis d’opposition (CHP et MHP) disposent d’un délai de 40 jours au-delà duquel un nouveau scrutin législatif sera annoncé. Bien qu’une coalition réunissant l’AKP et le MHP ait été la plus discutée dernièrement, rien n’est moins sûr à présent.

La longue mise en place des rapports de force

L’appareil politique turc, qui n’avait pas connu le multipartisme depuis 1999, semble comme figé dans un processus de négociations qui tarde à s’organiser depuis plus d’un mois. En effet, au lendemain des élections générales, aucune des trois forces politiques d’opposition élues au Parlement n’était prête à s’allier avec le parti présidentiel. Le MHP [droite nationaliste] déclarait un tel scénario impensable, de même que le HPD [Parti démocratique des peuples]. Quant au CHP [Parti républicain du peuple], l’entente avec l’AKP semblait également compromise. En l’espace d’un mois cependant, les rapports de forces se sont sensiblement modifiés, le CHP et le MHP s’ouvrant progressivement à la perspective d’une cohabitation. Ce sont d’ailleurs les seuls partis d’opposition en négociations ouvertes avec l’AKP, le HDP pro-kurde refusant d’y participer.

Le CHP s’était rapidement déclaré ouvert à la perspective d’une coalition, et ce une semaine seulement après les résultats des élections. Cette déclaration avait toutefois été nuancée par un véritable programme formulé en 14 points conditionnels pour une alliance avec l’AKP. Ces points comprennent la mise en place d’une législation solide contre la corruption, thème majeur de ce programme, ainsi que l’élargissement des libertés civiles et de la liberté de la presse. Une réduction des pouvoirs présidentiels figure également parmi les exigences du premier parti d’opposition à l’assemblée.

Le MHP est quant à lui resté vague tout au long du mois sur sa position réelle envers l’AKP. Son leader Bahçeli a déclaré qu’il envisagerait une alliance avec le parti gouvernemental dès lors qu’on lui « livrerait Bilal », le fils du président mêlé à une vaste affaire de corruption courant 2014. Par la suite, cette même déclaration n’a eu de cesse d’être contredite par les dénis répétés de Bahçeli au sujet d’un futur commun pour son parti et l’AKP.

L’élection du président du Parlement, le 1er juillet dernier, a néanmoins permis de prendre la mesure de la position volatile du MHP. En effet, lors du quatrième et dernier tour du scrutin, Bahçeli avait fait circuler une consigne de vote à ses députés afin que ces derniers favorisent l’AKP face au CHP, permettant la victoire du candidat İsmet Yılmaz.

Kemal Kılıçdaroğlu lors de sa rencontre avec Ahmet Davutoğlu

Kemal Kılıçdaroğlu (droite) lors de sa rencontre avec Ahmet Davutoğlu (gauche).

Rencontre décisive du Premier ministre avec le CHP

Aux yeux de nombreux politologues, la ligne idéologique très similaire entre le MHP et l’AKP laisse présager une coalition de ces deux partis au sein d’un même gouvernement. Une lecture des événements que la main tendue de Bahçeli à l’AKP lors de l’élection du président de l’assemblée semblait avoir confortée. Néanmoins, il n’en est rien, comme le démontre les déclarations du Premier ministre à l’issue de son entretien avec Bahçeli. En effet, très tôt dans l’après-midi, Davutoğlu a rendu compte aujourd’hui de la volonté du MHP de rester « en dehors de tout gouvernement de coalition ».

À l’inverse, la première tournée de négociations avec le CHP avait fait couler beaucoup d’encre dans la presse. Davutoğlu avait alors décrit sa rencontre avec Kılıçdaroğlu comme « extrêmement sincère et fraternelle ». Le Premier ministre, à la recherche d’une « base de confiance mutuelle afin de composer un gouvernement à même de dessiner le nouvel horizon de la Turquie », avait également mentionné les 14 conditions du CHP, déclarant les avoir entendues.

Lors d’une conférence de presse séparée, le porte-parole du CHP Haluk Koç avait donné un écho positif à cette déclaration, précisant : « Il est nécessaire de régler la question des dysfonctionnements tels que nous les avons connus dans la pratique du pouvoir telle qu’elle fut ces dernières années. C’est de cela dont nous nous sommes entretenus lors de cette rencontre»

Si l’échange d’hier marquait donc le retour en grâce du parti kémaliste, de même que la bienveillance de l’AKP à l’égard d’un programme politique plus progressiste, l’annonce d’un MHP hors de course achève donc de placer le CHP en favori pour une coalition. Le scénario tant redouté des élections anticipées semble quant à lui s’éloigner lentement du grand tableau des hypothèses, de nombreux députés AKP ayant confié que leur parti aurait tout à perdre si le gouvernement tentait de les organiser. Néanmoins, en l’espace de 40 jours, un coup de théâtre est toujours possible, à l’heure où l’avenir politique de la Turquie n’a jamais été aussi incertain depuis vingt ans.

 

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