Politique

Coalition : le processus de négociations « bloqué »

Pour le président du CHP (Parti républicain du peuple) Kemal Kılıçdaroğlu, le processus de négociations entre le gouvernement et le principal parti d’opposition pour la formation d’une coalition serait mis à mal par l’omniprésence du président Erdoğan. Dans un contexte aux relents chaotiques depuis l’attentat de Suruç survenu le lundi 20 juillet, le spectre des élections anticipées se matérialise chaque jour un peu plus.

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Les négociations entre AKP et CHP semblaient pourtant en bonne voie dans les semaines précédant l’attentat de Suruç, qui a ensuite complétement bouleversé la scène politique turque. Les deux partis étaient engagés dans un dialogue affable et respectueux, teinté de bon vouloir, et le premier tour de négociations mené par le Premier ministre Ahmet Davutoğlu s’était déroulé à merveille. De son côté, le MHP (Parti d’action nationaliste) campait sur un refus net d’une participation à un gouvernement de coalition, tout comme le HDP (Parti démocratique des peuples). Et si le Premier ministre se réservait tout de même le droit de s’entretenir avec le MHP en marge des négociations de coalition, c’était à titre « indicatif ». Ces rapports de force se sont complétement inversés en l’espace de deux semaines.

Kılıçdaroğlu à Erdoğan : « Êtes-vous le Premier ministre ou le président ? »

Le leader du CHP est finalement sorti du long silence qu’il avait su respecter tout au long du processus de négociations. Un silence que les récents événements en Turquie ne permettaient probablement plus de tenir. Quand Kılıçdaroğlu s’est exprimé au sujet du président Erdoğan, tard dans la nuit de dimanche à lundi, le chef du premier parti d’opposition n’a fait aucun cadeau au chef de l’Etat : « Je le dis avec toute ma sincérité : M. Davutoğlu est vraiment prêt à former un gouvernement et à résoudre les problèmes du pays. Je le sens. Mais la personne qui occupe le siège présidentiel ne veut pas le permettre. Il [le président] n’apporte que des problèmes », a-t-il dit.

Kılıçdaroğlu a lancé l’offensive : « C’est le Premier ministre qui dirige le pays. Laissez-le faire son travail. Laissez-le s’exprimer. Pourquoi parlez-vous [le président Erdoğan] sans cesse, nuit et jour ? Le président est arrivé à un stade où il est devenu la source de tous les problèmes. » Selon lui, le président serait en train de mettre le pays « à feu et à sang », tout cela pour garantir « son propre pouvoir et sa position ».

Le chef de file du CHP n’a pas non plus hésité à dénoncer la rupture du processus de paix entre la Turquie et le PKK, entamé en 2013, comme une manipulation politique orchestrée par le président, considéré comme « la raison principale du déraillement du processus de paix ».

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Kemal Kılıçdaroğlu, président du CHP

Créer un climat de terreur

Allant plus loin encore, le leader du CHP a même lancé : « Si l’idée est de retourner aux urnes en faisant de la politique sur le sang des autres, alors les conséquences en seront désastreuses. J’en appelle à toutes les mères ; vos enfants sont nos enfants. Et les politiciens sans vision d’avenir pour notre pays devraient arrêter de faire de la politique avec le sang de nos enfants. » Une attaque en bonne et due forme contre un président accusé d’avoir délibèrement provoqué une atmosphère de chaos en Turquie.

En s’attaquant aux militants du PKK sur le territoire turc et au-delà, en Irak, où une série de frappes aériennes a déjà fait plus de 260 victimes en une semaine, le gouvernement s’est effectivement exposé aux représailles.

Kılıçdaroğlu a donc rejoint l’interprétation des événements faite plus tôt par son homologue du HDP, Selahattin Demirtaş, selon lequel le parti au pouvoir tentait d’instaurer un climat de terreur en Turquie à des fins politiques. Selon eux, l’AKP espère ainsi pouvoir rétablir sa majorité absolue au Parlement lors des élections anticipées en novembre prochain, en rassemblant par la peur les électeurs qui lui avaient fait défaut lors du scrutin législatif de juin dernier, au profit de partis d’opposition parmi lesquels le parti pro-kurde HDP.

Dans un sondage organisé peu de temps après les opérations du gouvernement contre le PKK, l’Institut de recherches Gezici a découvert que l’opinion publique considérait à près de 50% le président Erdoğan comme l’obstacle principal à la formation d’un gouvernement de coalition, tandis que presque deux tiers des personnes interrogées jugeraient le chaos ambiant de ces dernières semaines comme une orchestration politique destinée à influencer les résultats des prochaines élections anticipées.

 

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