Politique

Commission Européenne : quelle direction ?

Jean-Claude Juncker semble être l’homme désigné pour incarner le prochain Président de la Commission Européenne, sa formation (Parti Populaire Européen, conservateur) étant la première force politique au sein du Parlement suite aux élections du 25 mai dernier. Pourtant, son nom ne fait pas l’unanimité chez les députés et chefs de gouvernements.

Jean-Claude Juncker ne fait pas l'unanimité

Jean-Claude Juncker ne fait pas l’unanimité

« L’Europe ? Quel numéro de téléphone ? » Résumait ainsi le diplomate américain Henri Kissinger en 1970, qui se demandait qui appeler en Europe en cas de besoin. Et le vieil adage a de quoi faire recette encore aujourd’hui quand on observe l’imbroglio institutionnel et électoral sur le vieux continent.

L’ex-Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, porté par les récents résultats, se voit vainqueur du scrutin pour remplacer le Portugais José Manuel Barroso, qui présida la Commission pendant près de 15 ans. Mais alors que le vote des citoyens européens devrait faire office de légitimité (du moins l’idée circulait pendant la campagne), voilà qu’une fronde contre Juncker se dessine sur les capitales européennes. En tête, le Premier ministre britannique David Cameron s’oppose à la candidature du chef de fil des conservateurs européen, entraînant François Hollande et la Chancelière allemande Angela Merkel, eux-mêmes désireux de ne pas froisser Londres par un soutien prononcé. S’ensuit aussi la franche hostilité du Hollandais Mark Rutte, du Hongrois Viktor Orban, du Suédois Fredrik Reinfeldt ou du Finlandais Jyrki Katainen, dont le nom est parfois donné pour le poste alors que le dirigeant nordique en personne n’a jamais fait campagne…

David Cameron (à gauche), principal opposant à Juncker

David Cameron (à gauche), principal opposant à Juncker

Pour la majorité d’entre eux, Juncker est « un homme du passé » qui ne redonnerait pas confiance aux citoyens après la vague d’europhobie et de scepticisme perçue à la sortie des urnes du 25 mai dernier, notamment en France ou au Danemark. Une solution semble désormais envisageable pour ses opposants : le retrait du Luxembourgeois afin de laisser la place à une personnalité de droite plus consensuelle. À ce stade, le nom du Commissaire européen au marché intérieur Michel Barnier est par exemple cité.

Quoiqu’il en soit, ce qui va se jouer ces prochains jours, c’est la place de l’équilibre des pouvoirs dans l’Union, tiraillée entre la nécessité d’un leadership européen, la volonté des citoyens via les parlementaires, et l’opiniâtreté des chefs d’État. Le nouveau président devra donc habilement satisfaire cet ensemble tout en incarnant son rôle d’exécutif ainsi que celui de représentant international.

Si les règles du jeu pour y arriver paraissent encore bien floues aux yeux de l’Européen lambda, un nom sera au final proposé lors d’un prochain sommet de chefs d’État et de gouvernement les 26 et 27 juin à Bruxelles, et la proposition sera examinée en session plénière à Strasbourg dès la mi-juillet.

Florent BELLE

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