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Le conflit syrien et le Moyen-Orient ?

Commencé en 2011, voilà déjà sept ans qu’une guerre atroce se déroule sous nos yeux. Au départ, il s’agissait d’un mouvement d’opposition nationale contre la dictature dans le pays. Un scénario semblable à ce qui s’était passé en Libye, mais dont l’évolution fut toute autre. Très vite, la Syrie est devenue le théâtre d’une guerre entre les grandes puissances. Début 2011, Bachar al-Assad, l’homme de confiance des Occidentaux dans la région, celui qui défilait en 2010 aux côtés de Nicolas Sarkozy lors du défilé de 14 juillet, était devenu indésirable. Dès lors, l’Occident soutenait et armait l’opposition contre le régime de Bachar al-Assad tandis que ce dernier été soutenu par Moscou. D’après les chiffres officiels, cette guerre a causé 330 000 morts ainsi que le déplacement forcé de millions de personnes. Ce conflit a aussi nourri les mouvements terroristes tels l’État Islamique (EI) qui ont fait régner la terreur dans la région et en Europe avec de terribles attentats.

En septembre 2015, la Russie a commencé à mener des frappes aériennes en Syrie, permettant ainsi à l’armée du régime de reprendre à l’EI la cité antique de Palmyre, mais aussi de chasser les rebelles d’Alep. Le régime renforcé, le président russe tente de régler définitivement le conflit avec l’aide de l’Iran, qui a toujours soutenu Bachar al-Assad, et de la Turquie qui soutient des groupes rebelles syriens. Ces trois pays sont à l’origine du processus d’Astana qui a permis de diminuer les tensions dans le pays grâce à l’établissement de quatre « zones de désescalades » sur le territoire syrien.

Après le processus de Genève, organisé par l’ONU depuis 2014, voilà donc qu’un second processus de pourparlers politiques concernant la Syrie s’est mis en place. La photo réunissant à Sotchi Vladimir Poutine, Hassan Rohani et Recep Tayyip Erdoğan serait-elle le symbole d’une démonstration de force face à l’Occident ou bien représenterait-elle une étape décisive dans la résolution du conflit syrien ? La fin de celui-ci pourrait-elle en provoquer un autre dans la région ?

La journaliste turque Nilgün Cerrahoğlu analyse la situation dans la région : « Le retrait de l’EI de la Syrie a placé l’Arabie saoudite dans une position inconfortable lors de la redéfinition de la carte du Moyen-Orient. En effet, ses zones d’influence sont désormais sous le contrôle de l’Iran tandis que sa politique étrangère concernant le Yémen et la Syrie est un échec. Néanmoins, l’Arabie saoudite se dit être une puissance régionale et veut sa part dans le « nouveau Moyen-Orient ». C’est pourquoi elle joue la carte du Liban. L’Arabie saoudite est un soutien de la famille Hariri et elle s’en servira pour rompre l’équilibre qui existe au Liban afin de créer un front sunnite face à l’Iran chiite. C’est ce qui explique les récentes agitations du nouveau prince Mohammed ben Salmane. Mais ce front sunnite a encore moins de chance de réussir qu’en Syrie. Car, à l’heure actuelle, ni la Turquie ni l’Égypte ne souhaitent intégrer un front contre l’Iran. Ainsi, la guerre d’influence dans la région se fera entre deux blocs : d’un côté les États-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite, et de l’autre la Russie, l’Iran et la Turquie ». Étrangement, dans ce constat, aucune trace de l’Europe.

Dans un article intitulé « Du Golfe à la Méditerranée, les Iraniens disposent aujourd’hui d’un corridor terrestre continu », le journaliste français Alain Frachon fait des constats similaires, souligne particulièrement la position actuelle de l’Iran : « Les dirigeants de la République islamique contrôlent la ‘maison chiite’ dans une bonne partie de la région – de Beyrouth à Bagdad. Ils ont un droit de veto sur les affaires du Liban, de la Syrie, de l’Irak, peut-être du Yémen (…) C’est une situation sans précédent ».

Il rappelle d’une part la méfiance réciproque entre l’Iran et la Russie malgré leur coopération étroite sur le dossier syrien, et d’autre part la politique très hostile du président Trump à l’endroit de l’Iran. Il souligne par ailleurs qu’Israël a rejoint la « coalition sunnite » en entretenant « les meilleures relations avec la Russie ». Les Israéliens ont prévenu Vladimir Poutine : pas question pour eux de tolérer un « front oriental (syrien, NDLR.) d’où l’Iran, directement ou par l’entremise du Hezbollah, braquerait ses missiles sur Israël. Une prochaine ‘petite’ guerre pourrait naitre de cette situation ».

« La redéfinition de la carte du Moyen-Orient » reste toujours d’actualité. La région reste sous tension et un nouveau conflit pourrait surgir à tout moment.

Mireille Sadège, rédactrice en chef

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