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Conflit ukrainien : l’Europe maintient ses sanctions économiques.

La réunion du G7 d’hier se clôturait sur une touche redondante, à savoir l’ajout d’une ligne supplémentaire à la liste des sanctions prononcées à l’encontre de la Russie depuis 2014. L’Europe avait déjà mis en place un système de punitions impliquant les 28 pays membres, ce dès l’annexion de la Crimée le 18 mars 2014. Des mesures dont les conséquences se sont faites ressentir dès la fin de la même année, le rouble enregistrant une chute historique. Mais la banque fédérale russe, forte en réserve d’or, et les relations économiques florissantes du pays avec la Chine et, comble de l’ironie, les États-Unis, semblent avoir eu raison de ces tentatives de pression. Le temps est-il venu pour la communauté internationale de changer de stratégie ?

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Un conflit qui s’enlise

La trêve du traité de Minsk rappelle celle de Maïdan lors de la révolution ukrainienne. Tout comme le président Ianoukovitch, destitué par le peuple ukrainien en février 2014, Poutine est maître dans l’art de gagner du temps. Avançant lentement, mais prudemment, pilotant les troupes pro-russes depuis Moscou depuis plus d’un an. À ce titre, chaque traité signé, chaque trêve annoncée, constitue l’unité de mesure de la progression des troupes pro-russes appuyées par le Kremlin. Une progression que la communauté internationale ne s’était pas pressée de dénoncer, préférant, elle aussi, prendre son temps, déviant l’implication russe tantôt par euphémisme, tantôt par d’élégantes formules tournées au conditionnel. Certes les États-Unis ont décrié la présence russe en Crimée lors du référendum du 16 mars 2014, mais seulement près de dix mois après les événements. Les preuves de cette présence étaient pourtant avérées dès le premier jour, de même en ce qui concerne les livraisons d’armes ou la présence de troupes russes dans le Donbass à l’est de l’Ukraine. Une guerre des mots donc, qui s’ajoute aux dimensions économiques et militaires d’un conflit qui a fait à ce jour plus de 6000 victimes.

Un chiffre qui va croissant, non pas de manière spectaculaire mais tranquillement, patiemment, dans un conflit militaire qui en est à sa phase d’usure, autant dans l’arène internationale que sur le terrain ukrainien. Les pro-russes bombardent régulièrement les mêmes positions ici et là autour de Donetsk (fief des séparatistes) ainsi que dans la banlieue de Mariupol, deuxième capitale économique du pays. De légères incursions donc, des provocations, mais pas de véritable offensive depuis la prise de Debaltseve, deux semaines après le traité de paix Minsk II de février dernier, maintes fois rompu depuis sa signature. Plus récemment, c’était à Marinka, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Donetsk, que les pro-russes avaient tenté d’encercler les forces ukrainiennes le 3 juin dernier, faisant 28 morts. Un assaut sans grand intérêt stratégique, une incursion à caractère gratuit dont le but était pour les pro-rebelles de rappeler leur présence. Le conflit s’enlisant depuis plus d’un an dans cette trêve inconstante, régulièrement troublée par les provocations de l’un ou de l’autre des belligérants, qui enregistrent chaque mois de 10 à 30 morts depuis la signature de Minsk II.

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Les lendemains qui chantent de l’économie russe

On note également une perte de vitesse dans les offensives économiques menées par l’Occident contre une Russie qui s’en sort pour l’instant avec plus de peur que de mal : la récession annoncée pour 2015 n’aura pas lieu. Les sanctions économiques n’ont pas eu raison du rouble, qui a pu redresser la pente dès le lendemain de son mardi noir du 16 décembre dernier où la monnaie russe avait perdu 20% de sa valeur. Il semblerait même que les sanctions européennes soient plus dommageables à l’Europe elle-même qu’à la Russie : tandis que les échanges commerciaux ont chuté de 4% entre ces deux acteurs, c’est surtout les secteurs européens de l’automobile et du bâtiment qui en subissent les conséquences. La Russie, elle, parvient à tirer son épingle du jeu avec ses échanges avec la Chine, mais surtout avec… les États-Unis, pour une augmentation en volume des échanges commerciaux de plus de 7%, comme le notait récemment l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

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Quelle marche à suivre pour la communauté internationale ? Le traité de Minsk II, initié par François Hollande et Angela Merkel, a récemment fêté sa première année, et si aucun front majeur ne s’est ouvert à l’est de l’Ukraine, il apparaît néanmoins clair que le texte n’impose pas le respect escompté auprès de ses signataires. Il ne traduit qu’un changement de phase militaire dicté par le Kremlin pour voir d’importants mouvements de troupes partir à la rencontre des grandes villes ukrainiennes de l’est comme Mariupol, dont la banlieue est régulièrement pilonnée au mortier en guise de rappel. Les sanctions économiques ont quant à elles fini par peser à la fin 2014, mais ont rapidement été balayées par le plan de recapitalisation d’urgence de 1000 milliards de roubles (13 milliards d’euros) effectué en décembre dernier par la banque fédérale russe sous pression de la douma. Une intervention efficace mais que la Russie ne pourra pas se permettre à nouveau, d’autant plus si les nouvelles sanctions annoncées au cours du G7 s’attaquent frontalement à la devise russe. Mais rien n’est moins sûr, la communauté internationale dansant sur le tempo russe, lentement, mais sûrement. Reste donc à savoir qui lancera la prochaine offensive significative pour briser l’atmosphère pesante de ce jeu de patience qui, pour les pro-Kiev comme pour les pro-russes, n’a que trop duré.

 

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