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La contestation des « gilets jaunes » prend de l’ampleur

Depuis le 17 novembre, le mouvement des « gilets jaunes », déclenché sur les réseaux sociaux, fait entendre sa colère en France. Alors que le dialogue semble impossible, les manifestations prennent de l’ampleur tandis que les autorités affichent elles aussi leur détermination au risque de s’enfoncer dans une nouvelle crise politique.

Tout est parti d’un mouvement de colère contre la hausse du prix des carburants. Sans leaders ni structures définies, le mouvement des « gilets jaunes » a organisé trois week-ends de mobilisation durant lesquels de nombreux Français mécontents ont bloqué les axes de circulation et ont manifesté dans les grandes agglomérations de l’Hexagone.

Aujourd’hui, la contestation et les revendications ne se limitent plus au prix du carburant qui n’a finalement été que l’élément déclencheur de ce mouvement.

En effet, nombreux sont les gilets jaunes qui dénoncent le coût de la vie, la diminution du pouvoir d’achat, ou encore l’injustice sociale et attendent des solutions concrètes. D’autres descendent dans les rues en scandant des « Macron démission », dénonçant ainsi ce qu’ils estiment être du « mépris » de la part des dirigeants politiques et appelant à changer un système qu’ils considèrent non représentatif et sourd aux véritables préoccupations des Français. En résumé, les sources de mécontentements accumulées depuis des années sont aujourd’hui en train de s’exprimer – parfois violemment – en France.

À mesure que les week-ends défilent, le pays semble s’embraser ; signe qu’une partie du mouvement se radicalise.

Selon le ministère de l’Intérieur, le 17 novembre, date de la première manifestation, ce n’est pas moins de 282 000 personnes qui se sont mobilisées. Une semaine plus tard, le mouvement semblait s’essouffler avec un peu plus de 166 000 gilets jaunes (dont 8 000 à Paris), tandis que les heurts émaillant les manifestations, à l’inverse, augmentaient avec 60 arrestations à Paris. Enfin, samedi 1er décembre, le mouvement semble avoir pris une autre tournure. Alors qu’ils étaient moins nombreux à manifester (environ 136 000), l’ambiance fut cette fois-ci on ne peut plus délétère avec un troisième décès survenu en marge de la mobilisation.

Au grand désarroi de certaines figures de proue du mouvement des gilets jaunes, certains ont profité de ces mobilisations pour mettre le feu aux poudres. Ainsi, le 1er décembre, 682 personnes ont été interpellées sur le territoire, tandis que 263 personnes ont été blessées. À Paris, 110 personnes ont été blessées – dont 17 policiers – et 412 personnes ont été interpellées. Les scènes d’émeutes, notamment sur les Champs-Elysées, et les exactions commises contre l’Arc de triomphe ont largement été relayées par les médias nationaux comme internationaux ainsi que par les réseaux sociaux. Les scènes sont violentes, chaotiques et risquent de faire passer au second plan le message de ceux qui désirent, pacifiquement, faire entendre leurs revendications.

Face à l’ampleur de la crise, le président français est sorti de sa réserve habituelle lorsqu’il se trouve à l’étranger. De Buenos Aires, où il participait au Sommet du G20 ce week-end, Emmanuel Macron a tenté de faire preuve d’équilibrisme en disant prêter l’oreille aux manifestants en colère tout en restant ferme avec ceux qui font preuve de violence : « Je respecterai toujours la contestation, j’écouterai toujours les oppositions, mais je n’accepterai jamais la violence ». Ce dernier a poursuivi en ces termes : « Les coupables de ces violences ne veulent pas de changement, ne veulent aucune amélioration, ils veulent le chaos : ils trahissent les causes qu’ils prétendent servir et qu’ils manipulent. Ils seront identifiés et tenus responsables de leurs actes devant la justice […] Aucune cause ne justifie que les forces de l’ordre soient attaquées, que des commerces soient pillés, que des bâtiments publics ou privés soient incendiés, que des passants ou des journalistes soient menacés, que l’Arc de triomphe soit ainsi souillé. Ce qu’il s’est passé aujourd’hui à Paris n’a rien à voir avec l’expression pacifique d’une colère légitime. »

Dimanche 2 décembre, Emmanuel Macron s’est rendu place de l’Étoile pour constater les dégâts avant de participer à une réunion de crise du gouvernement. Lundi et mardi, le Premier ministre doit s’entretenir avec les chefs de partis représentés au Parlement – alors que certains dans l’opposition, à commencer par Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI), appellent à une dissolution de l’Assemblée, quand d’autres, tel Laurent Wauquiez (LR), réclament un référendum sur la transition énergétique —, alors que des représentants des manifestants qui ont fait part, dans une tribune publiée par le Journal du dimanche, de leur volonté de « nouer un dialogue avec le gouvernement » ont finalement refusé de rencontrer Édouard Philippe – notamment pour des « raisons de sécurité ».

Les autorités françaises sont sur le qui-vive alors qu’a été annoncé un quatrième samedi de mobilisation qui pourrait être de nouveau marqué par les violences, et ce d’autant plus que le dialogue peine à s’instaurer. Vendredi 30 novembre, les rencontres entre le Premier ministre Édouard Philippe et deux représentants du mouvement ainsi que des représentants d’organisations syndicales n’ont permis aucune avancée à Matignon.

La situation est d’autant plus délicate pour le gouvernement, qui tente péniblement de distinguer les casseurs et les véritables gilets jaunes — à qui il désire « tendre la main », selon Christophe Castaner —, qu’une grande majorité des Français soutiennent les manifestants.

Selon un sondage BVA publié le 23 novembre, 72 % des répondants disent se reconnaître dans le mouvement tandis que 59 % d’entre eux désiraient qu’il prenne davantage d’ampleur. Le 28 novembre, selon l’Institut Odoxa, ils étaient 84 % à estimer la mobilisation « justifiée ». Mais, si les scènes de ce 1er décembre se répètent, qu’en sera-t-il ? Une chose est sure, pour le moment, le gouvernement ne peut pas compter sur un essoufflement du mouvement protéiforme qui désire se montrer aussi inflexible que le président.

Camille Saulas

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