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Coton : l’or blanc des champs

En septembre, j’ai accompagné les élèves du club d’Environnement et de la vie durable de deux établissements d’enseignement bilingue français d’Istanbul – Notre-Dame de Sion et Saint-Michel – dans le cadre de l’exposition de photos intitulée « le voyage du coton », organisée par les deux professeurs responsables du club, Seval Erol et Inci Kimyonşen, avec le soutien de la société textile Kıvanç.

Durant trois jours, les élèves du club ont été photographiés par Alberto Modiano alors qu’ils découvraient les étapes de la transformation du coton : de la récolte dans les champs, à la fabrication du tissu. Notre destination fut la ville d’Adana, au sud-ouest de la Turquie, un centre industriel et agricole important qui doit sa croissance essentiellement aux industries textiles et à la culture du coton. La ville est construite sur les rives du fleuve Seyhan. Ses terres fertiles ainsi que son climat chaud et très humide la rendent parfaitement propice à la culture du cotonnier.

La Turquie est le septième producteur mondial de coton. En revanche, ces dernières années, les agriculteurs se sont détournés de cette culture qui coûte cher au bénéfice d’autres, beaucoup plus rentables, comme la culture du maïs. Ainsi, la production du coton est passée de 858.000 tonnes en 2012/2013 à 645.000 tonnes en 2016/2017. Pour faire face à la demande de l’industrie du textile et des vêtements, le pays se transforme peu à peu en un importateur du coton. Mais, sur place, nous avons appris que la culture du coton est en augmentation et que la hausse du prix d’achat de ces deux dernières années va certainement conforter cette tendance.

Le moment le plus extraordinaire de ce voyage fut lors de la récolte et la découverte des champs blancs de coton qui s’étendent à perte de vue. Sous une chaleur accablante et équipés de chapeaux, de lunettes de soleil, de bottes et de gants, nous avons avancé parmi les cotonniers afin de cueillir le coton. À l’extrémité de l’arbuste pratiquement sec, les fibres du coton, qui jaillissent de leurs capsules, sont prêtes à être cueillies. À bien y regarder, cela ressemble à une rose blanche dans le désert, car le coton est entouré de branches, de feuilles et de bractées sèches. Et c’est une rose blanche magnifique !

Tout en procédant à la cueillette, nous écoutions l’ingénieur agronome responsable de la récolte, Kazım Bölükgiray. Celui-ci explique que « les graines sont plantées en rangées en avril, et la récolte commence en septembre. Le fruit du cotonnier s’appelle la ‘capsule’. Arrivée à maturité, celle-ci éclate et libère de longues et soyeuses fibres sous la forme de boules qui contiennent les graines. Ces dernières servent à la fabrication de l’huile végétale. La récolte est mécanisée, car plus rentable et beaucoup plus rapide, et ce particulièrement dans les très grandes plantations. Le cotonnier a besoin d’une terre fertile et perméable, il est sujet à de nombreuses maladies, mais aussi aux attaques des insectes et des acariens, d’où l’usage des pesticides et des fertilisants ». Néanmoins, Kazım Bölükgiray souligne que « l’usage excessif de ces produits entraîne une pollution des sols et donc une baisse des rendements. Ainsi, le dosage de ces produits reste indispensable ».

La culture du coton ne contribue pas uniquement à l’économie du pays, elle a aussi permis de développer des traditions uniques à Adana et a certainement été une source d’inspiration pour les grands écrivains contemporains turcs. Originaire de cette région, comment ne pas évoquer Yaşar Kemal qui, dans son roman « Ortadirek » (l’autre face du montage), décrit les champs de coton en ces mots : « Les paysans descendent dans la vallée de Çukurova, ils installent leurs tentes au bord des champs, car les capsules n’ont pas encore éclaté pour libérer leurs fibres. Ils patientent alors en les fixant et comptent, chaque jour, celles arrivant à maturité et qui libèrent leurs cotons. Un jour, il y en aura cinq, puis dix, quinze et un autre jour cent … Leur nombre augmente chaque jour. Et enfin un jour, au crépuscule, ils découvraient que tout est devenu blanc comme s’il avait neigé ».

Mireille Sadège, Rédactrice en chef

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