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Création d’une base scientifique turque en Antarctique d’ici 2019

Ce jeudi 7 juin 2018, à Ankara, le ministre de la Science, de l’Industrie et de la Technologie, Faruk Özlü, a annoncé l’ouverture du premier centre de recherches turc en Antarctique d’ici 2019.

Cette déclaration s’inscrit dans un projet de longues dates, puisque la première expédition turque sur le continent austral date de 2017. Une délégation de neuf scientifiques turcs s’était alors rendue en Antarctique afin d’y étudier l’impact du réchauffement climatique ainsi que la faisabilité d’une base scientifique sur le continent.

L’intérêt de la Turquie pour le continent blanc est double. D’abord scientifique, les conditions climatiques et météorologiques difficiles du continent rendent son exploration difficile. L’Antarctique n’a pas encore dévoilé tous ses secrets, ce qui en fait donc une région attractive pour les chercheurs. Désert glacé, lieu le plus froid sur Terre, biodiversité riche et rare font de l’Antarctique un lieu unique attirant les scientifiques du monde entier. Une soixantaine de bases scientifiques y sont actuellement présentes. Cette région souffre du réchauffement climatique, la fonte des glaces entrainant une hausse du niveau de la mer menace certaines régions de la planète et en fait donc une préoccupation mondiale.

Cette base a également un enjeu diplomatique et s’inscrit dans la politique étrangère de la Turquie, désireuse de prendre son rôle dans la communauté scientifique internationale.

Le statut de l’Antarctique est actuellement régi par les règles du Traité sur l’antarctique signé en 1959 et ratifié par la Turquie en 1996 en tant que « membre observateur ». Ce traité a pour but de protéger le continent en régulant les relations entre les États et les activités menées ; la priorité étant donnée à la recherche scientifique. Il reconnait l’Antarctique comme une réserve consacrée à la paix et à la science.

La Turquie souhaite que son statut de « membre observateur » évolue en « membre consultant » afin d’avoir son mot à dire dans le processus décisionnel. Cette ambition est parfaitement assumée par le ministre Özlü qui a déclaré vouloir « obtenir un statut de conseiller en référence au traité sur l’Antarctique et l’ensemble des accords qui ont été conclus », ajoutant que la recherche scientifique est importante pour « l’image de marque » de la Turquie. Interrogée par le quotidien Daily Sabah, le professeur Burcu Özsoy, chef de la dernière expédition en Antarctique, a également souligné « l’importance d’avoir une zone d’influence en Antarctique ».

Le ministre turc a voulu rappeler lors de son discours, que « nous (les Turcs) sommes les premiers à faire état de l’existence d’un lieu appelé Antarctique sur la carte de Piri Reis », célèbre Amiral de l’Empire ottoman, et que des « scientifiques turcs ont commencé leurs travaux de recherches dans la région en 1967 », comme légitimation du projet et de la présence turque en Antarctique.

Burcu Özsoy a précisé que ce programme avait aussi pour but de développer la formation de scientifiques trucs dans ce domaine et d’éveiller les consciences quant au changement climatique.  Elle a tenu à mentionner que l’élaboration de la base se fera dans le respect de l’environnement puisque cette « base verte » utilisera des énergies renouvelables.

La base devrait être installée à Horsehoe Island. L’université ITU d’Istanbul coordonnerait le travail ; cette même université qui abrite depuis 2015 le PolRec, le premier centre de recherche polaire de Turquie, créé pour promouvoir la coopération scientifique entre l’université ITÜ et les autres universités du pays.

Les ambitions de la Turquie ne s’arrêtent pas au continent austral, le ministre truc a déclaré lors de son discours que « les travaux relatifs à l’Arctique seront également à l’ordre du jour ». Le ministre souhaite que la Turquie participe au Conseil de l’Arctique, Conseil dont elle n’est pas membre à ce jour.

Marie Boyenval

 

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