International

Crise de Crimée : un bataillon musulman créé pour contrer les forces pro-russes

L’Ukraine s’apprête à créer un bataillon de soldats musulmans pour protéger la frontière criméenne, a révélé le lundi 3 août, un des leaders des Tatars de Crimée, Mustafa Abdülcemil Kırımoğlu, en exil à Kiev depuis que les nouvelles autorités russes lui ont interdit l’accès à l’ancien territoire ukrainien passé sous le giron russe.

Le président Recep Tayyip Erdoğan et un des leaders des Tatars de Crimée, Mustafa Abdülcemil Kırımoğlu.

Le président Recep Tayyip Erdoğan et un des leaders des Tatars de Crimée, Mustafa Abdülcemil Kırımoğlu.

Les soldats en question seront déployés dans la région de Kherson (sud de l’Ukraine), à la frontière de la Crimée. Ils seront chargés de surveiller le transport des marchandises et des personnes entre l’Ukraine et la péninsule, a-t-il précisé, selon Hürriyet Daily News. Cette unité spéciale sera composée de soldats d’origines différentes : Tatars de Crimée, Tatars de Kazan, Ouzbeks, Tchétchènes, Azéris, Turcs meskhètes et autres groupes musulmans de la région, a indiqué M. Kırımoğlu.

Minorité musulmane, les Tatars criméens sont restés, dans une certaine mesure, fidèles à Kiev, se montrant hostiles au rattachement de la péninsule à la Russie en mars 2014. Une défiance dont les racines sont historiques. Ce peuple turc a été en effet sous l’autorité de l’Empire ottoman jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Suite à la conquête russe de la Crimée, ils vont subir plusieurs vexations. Celle qui a marqué les esprits reste la déportation massive en Asie centrale par Staline en 1944. Les survivants et leurs descendants ont pu revenir en Crimée au moment de la chute de l’Union soviétique, mais la cohabitation avec la population russe a demeuré parfois difficile.

Deuxième congrès mondial des Tatars de Crimée à Ankara

Soutenus par Kiev, les Tatars sont aujourd’hui engagés dans la bataille contre Moscou pour reprendre le contrôle de la Crimée. L’annonce de la constitution du bataillon musulman est ainsi le signe d’une plus grande coopération entre les autorités ukrainiennes et les leaders de cette minorité. Mais au-delà de cela, il y a aussi la volonté de mettre en avant la cause tatare. M.Kırımoğlu ne cache pas son dessein de créer une République tatare autonome de Crimée, appelant le peuple criméen à prendre un rôle actif dans la politique ukrainienne. Un souhait qui serait partagé, selon lui, par la diaspora tatare, particulièrement présente en Turquie.

Celle-ci s’est faite remarquer ces derniers jours, à travers l’organisation du deuxième Congrès mondial des Tatars de Crimée qui se déroulait ce week-end à Ankara avec la participation de 180 organisations de la société civile de 12 pays.

« Il s’agit d’un forum qui réunit ceux qui refusent la nouvelle réalité juridique de la Crimée en tant que partie intégrante de la Fédération de Russie », explique Vasvi Abduraimov, président de l’organisation publique républicaine de Crimée (Milli Firka) (Parti populaire).

Le congrès a vu également la participation du président Recep Tayyip Erdoğan. Par sa présence, il a voulu montrer son soutien à la communauté tatare en dénonçant les persécutions dont elle ferait l’objet ces dernières années. « Malheureusement, à travers l’histoire, le droit du peuple tatar de Crimée à vivre dans la dignité dans sa propre patrie a été miné par les déportations collectives et la répression. Aujourd’hui, nous assistons à l’annexion illégale de la Crimée et à d’autres événements regrettables. », a déclaré M. Erdoğan après avoir rencontré des dirigeants exilés de Crimée. Cette préoccupation marquée tient au désir de la Turquie d’établir une nouvelle influence sur les anciens territoires ottomans. Le pays entend ainsi protéger cette minorité au risque de se brouiller avec son allié russe.

A l’issue du congrès, les organisateurs ont plaidé quant à eux pour que « toutes les mesures nécessaires » soient prises pour que la Crimée revienne à l’Ukraine, sans donner de grandes précisions. Intervenant peu après lors d’une conférence, Mustafa Abdülcemil Kırımoğlu a tenu pour sa part à rappeler la situation difficile que vivent certains de ses compatriotes, soulignant que « 10 000 musulmans tatars ont dû quitter la péninsule de la mer Noire depuis l’annexion russe ».

Trackbacks / Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *