Economie, International, Politique

Crise du monde agricole : 24 mesures pour sauver le secteur

Manuel Valls a présenté en Conseil des ministres un plan d’urgence pour répondre à la crise qui paralyse le monde rural depuis une semaine.

Blocus des agriculteurs

Le bras de fer imposé par le monde agricole a fini par payer. Opération escargot en Bretagne, blocus du Mont Saint-Michel et de la grotte de Lascaux et autre actions coup de poing révèlent un malaise toujours plus grand, en particulier dans les secteurs laitier et bovin. Leur comptabilité s’écroule. La situation est urgente au point que Stéphane Le Foll, le ministre français de l’Agriculture, a alerté sur le risque que 10% des éleveurs pourraient être en situation de faillite d’ici la fin de l’année. Sous pression, il a été forcé de se déplacer à Caen mardi soir pour discuter avec les agriculteurs et a demandé que le médiateur Francis Amand remette son rapport sur les prix de viande un jour en avance. Le lendemain, Manuel Valls présentait une série de mesures censées calmer les tensions. En cette fin de semaine, la plupart des barrages était levée, mais l’inquiétude subsiste chez les agriculteurs.

Manuel Valls a présenté son plan mercredi.

Les raisons de la colère

La crise dont ils font face est d’une ampleur sans précédent, parce qu’elle est le point de convergence de plusieurs phénomènes. Le lait, d’abord, a vu ses cours chuter depuis l’automne dernier. La baisse de la demande chinoise et l’embargo russe décidé suite à la crise ukrainienne ont réduit le nombre de débouchés. Alors que, dans le même temps, une météo favorable, couplée à la fin des quotas laitiers au niveau européen, a fait exploser la production. Résultat, les prix sont en chute libre. L’achat de 1 000 litres de lait est désormais fixé à 300 euros, pour des coûts de production atteignant les 360 euros. Un problème de compétitivité que l’on retrouve également dans les filières bovine et porcine. Selon Le Monde, une vache est en ce moment vendue au prix moyen de 1 710 euros, pour des coûts d’élevage sur 7 ans de 2 550 euros. Sans compter les coûts supplémentaires (fiscalité, cotisations patronales et salariales, intérêts de la dette…). Les marges de l’ensemble du monde agricole ont ainsi fondu ces derniers mois.

Pour répondre à la crise, le Premier ministre Manuel Valls a appelé chacun « à prendre ses responsabilités ». Mais tout le monde se refile la patate chaude dans ce dossier. La hausse du prix en magasin n’est selon le gouvernement pas assez répercutée dans le prix d’achat aux éleveurs. Les distributeurs de la grande consommation (Auchan, Carrefour, Leclerc…) accusent les industriels de l’agroalimentaire et autres transformateurs d’être responsable de cet état de fait, et vice versa. Les distributeurs affirment notamment acheter français, et ce bien plus qu’ils ne le devraient à leurs yeux. Les prix de la viande sont en effet nettement moins chers en Allemagne, qui pratique en masse le dumping social. Pour la grande distribution, c’est donc tout le système productif qu’il faut repenser afin de s’aligner sur les prix des concurrents, plutôt que de tenter de les fixer à l’avance.

Le gouvernement débloque 600 millions pour éteindre l’incendie

Pour redonner de l’oxygène aux agriculteurs, le gouvernement a donc présenté un plan d’urgence de 600 millions d’euros. Il propose 24 mesures, dont notamment une restructuration des dettes des agriculteurs en difficultés en partenariat avec le Crédit Agricole, et des reports de charges (TVA, impôt sur les revenus…) à hauteur de 500 millions. En outre, il s’engage à continuer les discussions avec les professionnels du secteur agricole et de la distribution afin de trouver un accord sur les prix qui convienne à tous.

A plus long terme, un label pour consommer de la viande française va voir le jour, a annoncé François Hollande. Une plate-forme Viande France Export, fondée sur un partenariat public-privé, va être mise en place afin de faciliter l’exportation des produits, et surtout en Grèce où le marché s’est effondré. Enfin, par le biais de la BPI (Banque Publique d’Investissement), des fonds seront déloqués afin de financer des investissements permettant d’aligner la compétitivité française sur celle des voisins, ainsi que d’aider à la transition énergétique.

Ces annonces ont, semble-t-il pour un temps calmé la jacquerie. Les barrages ont quasiment tous été levés en ce vendredi. Les syndicats agricoles, la FNSEA en tête, ne baissent pour autant pas les armes. Ils ont appelé à des actions ciblées sur des abattoirs et distributeurs pour maintenir la pression. Et s’ils saluent les mesures prises et la discussion engagée, ils les estiment insuffisantes. « Les mesures ont le mérite d’exister », estime Xavier Beaulin, président de la FNSEA cité par Le Monde. « C’est une réponse à court terme. Cela ne donne pas de perspectives durables. »

Le monde politique reste sceptique

A gauche, seul le PS salue ces mesures. Pour Didier Guillaume, chef de file des socialistes au Sénat, la restructuration de la dette est un « acte fort envers les éleveurs (…), et notamment les jeunes ». A EELV (Europe Ecologie Les Verts), on est en revanche moins enthousiaste. Julien Bayou, porte-parole de l’organisation écologiste, regrette que l’exécutif « cède à toutes les mobilisations corporatistes en promettant de nouveaux allègements fiscaux » et réclame un changement du modèle productif agricole.

L’opposition est quant à elle reste sévère. Si l’UDI (Union des Démocrates Indépendants) salue « la bouffée d’oxygène » que constituent les 600 millions d’euros, ils regrettent qu’aucune « réforme structurelle » ne soit engagée, notamment sur « le système de protection sociale qui étouffent les filières agricoles et agroalimentaires. » Au Front National, on dénonce « un plan de communication ». Enfin pour Les Républicains, le principal parti d’opposition, le plan est « largement insuffisant » et « ne règle pas le problème de fond de la compétitivité agricole ». Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Agriculture, a quant à lui appelé à valoriser les produits français, notamment dans les cantines scolaires, et à reprendre les négociations avec la Russie pour lever l’embargo. « Si les agriculteurs sont dans la rue, c’est parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. La balle est dans le camp du gouvernement », a-t-il prévenu.

Antoine Rolland

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *