Economie, International

Crise du porc : un modèle économique à bout de souffle ?

Après les maraîchers et les laitiers, c’est désormais au tour des éleveurs de porc de connaître la crise. Depuis le 10 août, certains industriels du secteur dénoncent un prix au kilo trop élevé alors que les éleveurs en font une question de survie.

 Photo porc

1,40 euro le kilo. Le montant peut paraître dérisoire et pourtant il est l’élément déclencheur d’une crise porcine sans précédent. Le 10 août 2015, pendant près d’une semaine, la cotation du Marché du Porc Breton (MPB) à Plérin a été suspendue car boycottée par les deux plus gros industriels du secteur, Cooperl et Bigard. La raison de ce blocage, un montant au kilo trop cher qui, selon eux, ne leur permet pas de maintenir des prix compétitifs face à leurs concurrents espagnols et allemands.

Les agriculteurs de leur côté l’assurent, cette somme leur permet tout juste de rentrer dans leur frais et de survivre. Le consommateur, lui, veut payer toujours moins cher et oblige les distributeurs à faire la course aux prix bas. Tout le monde prêche donc pour sa paroisse et la situation s’enlise.

Lundi 17 août 2015, Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, a organisé une table ronde d’urgence. Mais malgré la reprise du Marché du Porc Breton mardi, Cooperl et Bigard refusent toujours d’y participer et la crise porcine s’embourbe.

Une crise aux multiples facettes

La France est le troisième pays producteur de porc en Europe, après l’Espagne et l’Allemagne. Mais l’économie porcine a toujours connu des cycles dans l’Hexagone. Les éleveurs investissent lorsque les prix sont hauts et quelques années plus tard la filière se retrouve alors avec un excédent. C’est le cas aujourd’hui où la France produit 107 % de sa consommation de porc. Or ce phénomène de surproduction a pour effet de tirer les prix à la baisse.

Outre ces cycles économiques, le secteur porcin est aussi touché par une crise structurelle. Le premier problème est la compétitivité française par rapport à ses voisins européens. Les éleveurs doivent s’acquitter de nombreuses charges, augmentant ainsi le coût de production. Un coût que les industriels jugent trop élevé pour rester compétitif à l’export. Le serpent se mord donc la queue.

Le deuxième problème structurel est la conséquence de la conjoncture politique. L’embargo russe en place depuis un an a des conséquences économiques désastreuses pour les agriculteurs français. Il a pénalisé les secteurs du maraîchage, du lait et maintenant du porc en réorientant la marchandise destinée à la Russie sur un marché européen très concurrentiel.

Repenser un système

Ce problème est finalement plus global que national. Le 7 septembre 2015, le Conseil européen de l’agriculture se réunira à Bruxelles pour tenter de trouver des solutions à la crise. Certains acteurs plaident pour l’harmonisation des salaires au niveau européen pour endiguer le dumping social et matérialiser une Europe sociale. D’autres acteurs aimeraient une Europe plus interventionniste qui puisse réguler le marché, comme c’est le cas aux Etats-Unis.

Mais ne serait-il pas le moment de repenser complètement l’agriculture mondiale ? D’abandonner un système libéral à bout de souffle ? De construire un nouveau modèle ?

C’est en tout cas le pari de quelques agriculteurs français. 3% d’entres eux produisent biologiquement en France. Ils ont choisi de bannir l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques,  un mode de production à contre-courant de l’agriculture intensive. Outre le bio, les circuits courts ont aussi la côte. Ce système promeut la vente directe du producteur au consommateur dans un périmètre géographique restreint. Un mode de consommation qui rétablit la communication avec le producteur, pour que consommer ne soit plus un acte impersonnel. Dis moi ce que tu veux dans ton assiette et je te dirais dans quel monde tu veux vivre. C’est au consommateur désormais de choisir.

Claire Villalon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *