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Crise syrienne : la Turquie répond aux critiques et rappelle sa ligne de conduite régionale

Alors que la frontière turco-syrienne fait plus que jamais l’actualité ; entre l’afflux massif de réfugiés, la prise de la ville de Tall Abyad par les forces kurdes du YPG ou encore l’attentat de l’État islamique à Kobané, un communiqué du bureau des affaires étrangères est venu rappeler les grandes lignes de la politique d’Ankara vis à vis de son voisin syrien.

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Depuis quatre ans, la Syrie est en proie à une guerre civile qui oppose de nombreux groupes parmi lesquels les forces de Bachar el-Assad, les Kurdes du nord-est du pays (PYD), l’Armée syrienne libre, et, bien sûr, le nouvel ennemi public numéro un : l’État islamique.

Dans ce conflit devenu crise humanitaire, la Turquie a été à plusieurs reprises critiquée par l’Occident qui l’estimait laxiste dans la gestion de sa frontière sud, par laquelle transitent de nombreux volontaires au djihad. Une certaine porosité qui révèle néanmoins une autre réalité : l’accueil de millions de réfugiés syriens – près de deux millions selon les dernières estimations – fuyant la guerre civile. Cette aide apportée au « peuple frère », selon les mots du président Recep Tayyip Erdoğan, s’inscrit dans le courant de la politique étrangère « d’ouverture des frontières », faisant de la Turquie le premier pays d’accueil de réfugiés au monde. Un statut récemment confirmé par le dernier rapport de l’ONU du 18 juin dernier. Il devient toutefois nécessaire pour le pays de recevoir une aide financière de l’Occident afin de résoudre les nombreux problèmes que pose l’accueil de tous ces réfugiés syriens sur le sol turc : logement, sécurité sociale, santé, éducation des enfants, etc. Une aide qui, malgré les négociations avec l’Union européenne, tarde à venir selon les autorités turques.

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Dans un même temps, le pays est critiqué pour son rôle ambigu vis à vis de l’État islamique. Accusée en mai dernier par le quotidien Cumhuriyet d’avoir livré des armes aux djihadistes – des informations qu’Ankara a toujours démenties – la Turquie reste floue sur son objectif. Inquiet de la poussée séparatiste kurde qui touche la région du nord-est syrien, le gouvernement voit dans le PYD (Parti de l’union démocratique, mouvement autonomiste kurde de Syrie) et sa branche armée du YPG une menace à venir pour l’intégrité de son propre territoire. L’objectif politique est double : repousser les forces islamiques tout en évitant de contribuer au renforcement des organisations kurdes de la région.

Cette politique paradoxale fait débat dans la sphère géopolitique et médiatique, notamment autour de la fameuse « question kurde ».

Quelle politique adoptée vis à vis des Kurdes de Syrie ?

Il est difficile pour les autorités turques de conduire une politique de lutte contre l’État islamique tout en évitant une montée en puissance des forces kurdes qui combattent le groupe terroriste. L’aide américaine et internationale apportée au mouvement kurde rend fébrile la Turquie. Pour le pays, sa position politique reste claire : le PKK et son allié syrien, le PYD, sont des groupes terroristes ; aucun soutien dans la formation d’un État ou d’une autonomie ne leur sera apportée.

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Un bâtiment en ruines à Kobané.

Pourtant, la Turquie réfute les accusations qui laissent entendre que le pays favoriserait l’avancée des troupes islamiques en Syrie, dans le but de contrer les forces kurdes. Les autorités turques rappellent que l’objectif principal est de normaliser la situation en Syrie pour que les réfugiés puissent rentrer chez eux et non s’installer définitivement dans le pays. La Turquie défend l’intégrité du territoire syrien comme elle défend l’intégrité de son propre territoire. Si le pays craint une poussée séparatiste dans le nord de la Syrie, elle ne condamne pas pour autant les forces employées par les Kurdes pour combattre l’État islamique, à ses portes.

Florie Cotenceau

1 Comment

  1. Les pays de l’Union européenne devraient aussi aider la Turquie pour l’accueil des réfugiés.
    Depuis le début de la rébellion en Syrie, la Turquie avant pris position et avait fait des proposition pour que la paix revienne en Syrie. Pour des raisons obscure l’Union européenne, et les Etat Unis n’ont pas voulu suivre la Turquie, et c’est dommage, vu le résultat.

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