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La crise ukrainienne à l’automne 2014 : vers une nouvelle « guerre froide » ?

En septembre 2014 la situation aux marches de l’Union européenne ne va pas en s’arrangeant

En effet depuis le début de la crise ukrainienne au printemps 2014, depuis l’annexion pure et simple de la Crimée et son rattachement à la fédération russe, depuis l’extension de cette guerre aux provinces de l’Est ukrainien avec un soutien objectif de Moscou aux séparatistes pro russes et enfin à la lisière de l’automne 2014 la présence constatée non seulement de matériel militaire russe mais aussi de milliers de soldats russes venant en appui à ce qui ressemble de plus en plus la conquête par la Russie de la partie russophone de l’Ukraine, le monde semble de plus en plus s’enfoncer dans ce qui ressemble à un nouvel affrontement direct avec la Russie de Vladimir Poutine.

Comment en sommes nous arrivés là ?

Kiev, Ukraine

Kiev, Ukraine

À l’origine de cette situation de plus en plus inquiétante il y a certainement le fait que les états occidentaux à savoir principalement les États-Unis et ses alliés européens de l’OTAN ont pensé dans un premier temps que des mesures de rétorsions économiques suffiraient pour forcer Vladimir Poutine à reculer dans sa tentative de « resatelliser » l’Ukraine autour de la Russie. Malgré ça il n’en demeure pas moins que l’on a laissé se réaliser les ambitions russes sur la Crimée et que le viol du droit international est constaté puisqu’une partie d’un état souverain qu’était l’Ukraine a été purement et simplement annexé en mars 2014 avec le rattachement de cette province à la Fédération de Russie après un référendum que les Occidentaux ont refusé de reconnaître. À partir de là, la tension internationale n’a cessé de monter au travers de la guerre qui se développait dans l’Est même cette fois-ci de l’Ukraine.

Si les sanctions économiques vont en montant en intensité, et l’occident en annonce encore d’autres pour l’automne 2014 ; la France a également gelé début septembre la livraison de sa frégate « Mistral » à la marine russe. Parallèlement bien évidemment Moscou réagit avec un embargo sur les livraisons agricoles européennes fin août 2014 et des menaces sur une augmentation des prix du gaz livré à l’Union européenne. Pour cet hiver, les analystes prédisent en effet une augmentation de 3 à 4 % à compter d’octobre 2014.

En marge du sommet de l’OTAN un fragile cessez-le-feu a pu être conclu le 5 septembre dernier entre le Président Ukrainien Petro Porochenko, élu rappelons le 25 mai dernier et les séparatistes russes avec bien entendu la garantie de la Russie de Vladimir Poutine.

De son côté le sommet de l’OTAN qui s’est tenue à Newport au Pays de Galles en Grande-Bretagne les 4 et 5 septembre dernier était le 24e depuis la naissance de l’organisation transatlantique en 1949. Il aura été marqué de manière très nette par la concrétisation de la montée de la tension militaire entre ce que l’on va de nouveau devoir appeler demain l’Est et l’Ouest ? En effet beaucoup d’analystes parlent d’un retour à une certaine forme de guerre froide depuis le début de l’année 2014 et de ce qui est à l’évidence un affrontement majeur entre l’Est et l’Ouest inédit depuis le début des années 1990 et la fin de la guerre froide.

En effet deux attitudes, deux tendances sont en présence, d’une part des scénarios d’aides directes à l’Ukraine sur le plan militaire avec livraisons d’hommes et de matériels et voire même, on a parlé, l’évocation de frappes aériennes pour contraindre les Russes à reculer. L’autre tendance se cristallise par contre sur un autre scénario d’aide qui serait celui de l’apport d’un appui technique par l’OTAN au Président Petro Porochenko avec évidemment une intégration de l’Ukraine à terme dans l’organisation militaire transatlantique.

Pour le moment nous ne savons pas lequel de ces scénarios va aboutir après le sommet de Newport mais il est manifeste que le renforcement de la présence de l’OTAN dans les régions frontalières de la Russie poutinienne, c’est-à-dire principalement la Pologne et les Pays Baltes sera désormais effective et ce n’est pas ça qui va faire retomber la tension internationale entre l’occident et la Russie.

En cela nous pouvons dire que même si la crise ukrainienne se réglait et que le cessez-le-feu du 5 septembre aboutissait à un début de désescalade, la situation d’affrontement manifeste entre l’Est et l’Ouest demeurerait sans doute, et ce dans la mesure où d’autres secteurs de l’Europe pourraient être de nouveau lieux d’affrontements dans un proche avenir, comme dans le cas de la Moldavie par exemple où existe une enclave pro russe qu’est la République de Tiraspol capitale de la Transnistrie sécessionniste, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Il y a deux facteurs qui selon nous semblent mener vers ce retour à une forme de guerre froide entre l’Est et l’Ouest. Le premier est de ne pas avoir suffisamment compris cette première alerte qu’a été la crise géorgienne du mois d’août 2008 où Vladimir Poutine a fait reculer le dirigeant pro-occidental Mikhaïl Saakachvili par une opération militaire qui fut un succès. On avait alors assisté à un retour en force de la Russie comme puissance militaire. Il fallait avoir compris à cette époque-là que la période Eltsinienne était terminée dans la fédération russe et que désormais il allait falloir compter avec la vision politique d’un retour de la puissance russe que voulait imposer Vladimir Poutine. En 2008 la diplomatie européenne avait permis de régler ce qui aurait pu là aussi devenir une crise grave.

Le second facteur enfin est sans doute de ne pas avoir réagi avec plus de vigueur lors de l’annexion de la Crimée en 2014 par Vladimir Poutine. Les séries de sanctions économiques qui ont alors été prises ne semblent pas avoir fait reculer Moscou bien au contraire.

Tout cela nous mène à l’état de cette crise au début de l’automne 2014 où il semble à présent bien difficile d’imaginer dans l’immédiat un retour au statu quo. Les Occidentaux semblent réagir enfin via l’OTAN mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Un nouveau secrétaire général de l’OTAN succède à Anders Fogh Rasmussen le 1er octobre prochain en la personne Jens Stoltenberg et une nouvelle administration européenne sera mise en place cet automne : Présidence, Haut Représentant de l’UE pour les Affaires Étrangères et Commission.

Peut-être que ces données nouvelles feront évoluer les choses dans le bon sens ? Peut-être que la solution à cette crise serait européenne ? Une occasion de relance alors que le contexte politique, social et économique en Europe est si mauvais ? L’avenir le dira.

Olivier Buirette

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