Chroniques

De la nécessité de repenser le problème de l’immigration

Par Ozan Aküyrek, avocat au barreau de Paris.

Nous nous sommes tous émus dernièrement de la photo du petit syrien qui s’est échoué sur les côtes turques. Aylan Kurdi, de son nom, s’est par cette photo hissé au rang de symbole de la souffrance qu’endurent les migrants venant frapper aux portes de l’Europe. Celui-ci s’était échoué sur une plage de Bodrum alors qu’il tentait de fuir avec ses parents les atrocités de la guerre syrienne.

Ce problème a assez duré. Les mêmes raisons justifient depuis des années que des bateaux s’échouent sur nos côtes. Des migrants qui tentent encore et toujours de fuir l’extrême pauvreté qui entraîne corruption, violence et guerre civile dans leur pays. Une immigration qui cherche une vie meilleure au prix de sa propre vie mais qui se trouve à l’arrivée confrontée à  une hostilité sociale et politique.

Pour les territoires qui voient accoster ces migrants sur leurs côtes, cet exode n’a pas lieu d’être. Confrontés à une double peur combinant crainte de l’inconnu et crainte que leur situation économique ne se dégrade, ces territoires riches, du moins aux yeux des migrants, se replient sur eux-mêmes. Mais ils ne sont pas à blâmer. Les médias et certains hommes politiques, peu scrupuleux voire populistes, contribuent à entretenir des peurs que l’on peut facilement attiser.

Cette situation, qui dure depuis plusieurs années, a conduit à ce qu’on appelle communément aujourd’hui une « crise des migrants ». Une crise des migrants qui à son tour a conduit à une montée de la xénophobie, et à des ripostes violentes aux portes de l’Europe, à nos portes. Tout le monde aura entendu parler de la construction d’une muraille en Hongrie pour essayer d’endiguer ce phénomène d’immigration, muraille devenue le symbole de la lutte contre l’immigration massive.

Tout le monde aura également entendu des déclarations telles que : « on ne peut recevoir toute la misère du monde ». On ne contredira pas cette position. Il est d’ailleurs clair et évident qu’une immigration massive n’est pas souhaitable. Il est tout aussi clair et évident qu’un exode massif du Sud vers le Nord bouleverserait particulièrement l’équilibre du Nord, conduisant par la suite à des phénomènes catastrophiques pour les deux côtés.

Toutefois, rendons-nous à l’évidence. La construction de forteresses ou de campements pour contenir les immigrés ne résoudra pas le problème. Comme le disait le Secrétaire général des Nations unies Philippe Douste-Blazy, «  nous avons aujourd’hui une vague de trois centimètres qui va devenir une vague de 30 mètres de haut ».  Il s’avère plus que nécessaire de repenser le problème de l’immigration.

Nous gagnerions plus à traiter l’extrême pauvreté en contribuant au développement des peuples qui subissent ces inégalités de plein fouet, qu’à traiter exclusivement le problème de l’immigration en tentant de l’endiguer. Nous n’appelons toutefois pas à une générosité gratuite.

« Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours », dit le dicton. Cette phrase résume notre vision : il est du devoir des territoires riches de fournir à ces peuples de quoi se développer et de les encadrer dans leur développement, par un transfert de compétences notamment. Il s’agit là du meilleur moyen pour lutter contre l’immigration de ces populations en souffrance, mais aussi d’un « moyen commun de développement des peuples ». Le Nord et le Sud gagneraient à coup sûr dans cette collaboration.

Pour conclure sur cet appel à « une mondialisation de la solidarité », selon l’expression chère à P. Douste Blazy, rappelons-nous, comme le disait Pan Bouyoucas, que « nous sommes tous des immigrés, il n’y a que le lieu de naissance qui change ».

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