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Débat présidentiel de l’entre-deux-tours : le duel Macron – Le Pen continue

Le débat de l’entre-deux-tours – non obligatoire, mais incontournable dans la Ve république – opposait mercredi 3 mai, devant des milliers de personnes, les deux gagnants du premier tour de la présidentielle : E. Macron et M. Le Pen. Un exercice à haut risque où les enjeux sont plus grands que jamais alors que, depuis leur victoire, tout n’est qu’image et attaques virulentes entre les deux candidats. Un face à face qui promettait d’être animé.À 21heures, sur TF1, France 2 et BFM-TV, Emmanuel Macron apparaissait à la droite de nos écrans, Marine Le Pen à gauche. Le libéralisme à outrance et le nationalisme se font face.

Pendant deux heures trente, les Français – du moins, les plus courageux – ont assisté à un débat inaudible.

Pour animer ce débat politique qui pourrait être l’un des plus importants depuis 30 ans, nous pouvions compter sur Nathalie Saint-Cricq, responsable du service politique de France 2, et sur Christophe Jakubyszyn, chef du service politique de TF1, qui ont remplacé Gilles Bouleau et David Pujadas. Ces derniers ont vite été submergés par les échanges musclés entre les deux prétendants à l’Élysée.

Un débat électrique et fermé

Après 7 mois d’affrontement, nous savions que cet ultime débat allait être agité… Exit les poulpes et les ballons de football, bonjour agressivité, tensions et intox !

Contrairement à Jacques Chirac en 2002, Emmanuel Macron a accepté de débattre avec la candidate frontiste. Mais, débat, il n’y a pas eu. Marine Le Pen est restée campée sur ses positions à coup d’intox et d’agressivité. Le tout a donné un débat inaudible de deux heures trente, le pire des onze débats organisés pour les présidentielles.

Dès la première question, les paroles de Marine Le Pen donnent le ton. Agressive, celle-ci dévoile déjà son jeu en fustigeant son rival de « candidat de la mondialisation sauvage, de la précarité, du communautarisme ». Ce à quoi Emmanuel Macron a répondu qu’elle était une « héritière d’un nom, d’un parti politique, d’un système qui prospère sur la colère des Français depuis tant et tant d’années », avant d’ajouter que sa rivale n’était « pas la candidate de l’esprit de finesse, de la volonté d’un débat démocratique, équilibré et ouvert ».

Dès lors, il était difficile d’envisager un débat ouvert, apaisé et encore moins constructif. Pourtant, le programme était chargé et aurait pu être intéressant : économie, protection sociale, Europe et international, mais aussi questions de société… Il y en avait pour tous les goûts.

Marine Le Pen, noyée et sur la défensive en ce qui concerne les questions économiques, s’enlise durant la première partie du débat. Mais celle-ci comptait bien reprendre l’ascendant quand il fut question de sécurité et de lutte contre le terrorisme, ses sujets de prédilection, son « fonds de commerce », puisqu’il en appelle à outrance aux amalgames et aux peurs.

Si Emmanuel Macron a tenté de démontrer que les stratégies du FN pour protéger les Français ne pouvaient en aucun cas se révéler efficaces et a tenté à plusieurs reprises de calmer le débat en proposant de parler « posément », Marine Le Pen n’a pas baissé la garde et n’a cessé de renvoyer dans les cordes le candidat d’En Marche ! en rappelant son bilan sous le quinquennat de François Hollande.

Quand il fut le temps de se prononcer sur l’Europe, encore une fois, Marine Le Pen s’est retrouvée en difficulté et a manqué – sans parler de sang froid – de cohérence. Le tout au profit d’Emmanuel Macron qui maitrise ce dossier.

Sur le plan social, Marine Le Pen s’est posée – sans surprise – en candidate de la défense des familles et a repris certaines intox de La Manif pour tous face à un Emmanuel Macron qui s’est dressé en faveur de l’ouverture, de l’inclusion et de la diversité, tout ce que rejette en bloc Marine Le Pen.

Quant à l’écologie, aucun n’a pris la peine de se pencher sur la question, incapable de prendre conscience de l’importance de cette dimension pour notre avenir à tous. En revanche, les candidats n’ont pas été avares quant aux attaques frontales – notamment concernant leurs « affaires respectives » – et insultes qui n’apporteront rien de positif à la France, bien au contraire.

Intox en tout genre

À quatre jours avant l’élection présidentielle, on pouvait espérer un débat basé sur des faits véridiques, que les candidats arrivent préparés et qu’ils maitrisent leurs dossiers. Que nenni ! C’était plutôt leur scénario, leur dramaturgie qui était on ne peut plus rodée.

Si M. Macron a parfois tenu des propos approximatifs, Mme Le Pen a battu tous les records. Même si cette dernière nous a habitués aux fake news, force est de constater qu’elle aura surpassé nos attentes !

Persuadée de faire mouche, la candidate frontiste n’a pas hésité à utiliser et à réutiliser les griefs qu’elle fait valoir à son encontre depuis le début de cette triste campagne : « candidat du système », « candidat du fric », ou encore « candidat des islamistes », « fils spirituel de François Hollande », le tout soutenu par un enchainement impressionnant d’informations erronées ou manipulées par ses soins. Les mots sont violents. Parmi les vindicatives lancées, soulignons que Marine Le Pen n’a pas hésité à accuser M. Macron d’être tout bonnement « complaisant à l’égard du fondamentalisme islamiste », qui le « tiendrait ». Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pas manqué d’accuser sa rivale de « raconter n’importe quoi ».

Quant au fond, si M. Macron a tenté d’exposer clairement ses idées et a démontré les approximations et les faiblesses des propositions du programme de Marine Le Pen, la candidate frontiste a écarté cette dimension au profit, comme à son habitude, de la propagation de la peur, du jeu des groupes et des classes sociales, de propos simplistes et réducteurs.

Un débat brutal, fleuri et qui se mord la queue, une discussion impossible où Mme Le Pen a eu du mal à contrôler ses nerfs et qui devrait profiter au candidat d’En Marche !

Mais ce débat influencera-t-il les électeurs ? Réponse dimanche…

Camille Saulas

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