santé, Société

Débat sur l’IVG en France en période de crise sanitaire

Une autre problématique qui a fait moins de bruit durant le confinement a été celle de l’IVG. Ce droit, pourtant fondamental, a connu de nombreuses limites et questionnements. En France, une femme, quel que soit son âge, peut recourir à l’avortement jusqu’à la douzième semaine de sa grossesse. La sécurité sociale prend en charge la totalité des coûts liés à l’IVG afin de leur assurer la liberté d’y procéder. Cependant, durant le confinement, la limitation des déplacements, la peur de sortir et d’attraper ou de transmettre le virus, la peur de la police, l’isolement, la désinformation par des sites antiavortement, et la culpabilité ont empêché nombre d’entre elles à accéder à l’avortement.

Les jeunes filles qui vivent chez leurs parents ont du mal à expliquer la raison de leur sortie, voire même à demander de les emmener dans un centre médical pour avorter. Parfois, la désinformation quant aux soins et droits associés les mène à désespérer. Sans compter le danger d’y procéder en cachette, chez soi, sans suivi médical. En France, une femme peut avorter dans l’anonymat complet afin que son droit soit au maximum protégé. Avec la période actuelle et la restriction des libertés d’aller et venir de chacun, en particulier durant le confinement, il est plus difficile pour les femmes d’expliquer leurs déplacements à leurs proches, mais également à la police.

Pour répondre à cette problématique, une mesure exceptionnelle a été mise en place : l’IVG médicamenteuse au domicile ou en hôpital qui peut être réalisé jusqu’à sept semaines contre cinq auparavant, afin de laisser plus de temps aux femmes pour recourir à l’avortement de chez elle et également pour éviter de surcharger les hôpitaux durant la crise sanitaire. « Cette IVG fait appel à des médicaments qui peuvent être donnés par des médecins ou des sages-femmes en ville ou par des médecins hospitaliers, et la patiente va effectuer le geste depuis chez elle », explique le Dr Patrick Fournet, gynécologue-obstétricien à Rouen au journal France Bleu. Il poursuit : « C’est valable pour les IVG en dessous des sept semaines d’aménorrhée. Entre sept et neuf semaines, cette IVG ne peut être faite qu’à l’hôpital. Au-delà et jusqu’à quatorze semaines, là, on proposera à la patiente une IVG chirurgicale ». L’IVG médicamenteuse avait ensuite été rallongée jusqu’à un délai de neuf semaines d’aménorrhées (date des dernières règles) au domicile début avril 2020, à titre exceptionnel du fait du confinement.

Après le confinement, la Maison des femmes, en Seine-Saint-Denis, a déjà accueilli une dizaine de femmes hors délai ces 15 derniers jours. La gynécologue Ghada Hatem, fondatrice de la structure, craint que les femmes se mettent en danger en tentant d’avorter par leurs propres moyens, par exemple avec des médicaments commandés sur internet. C’est pourquoi la Maison des femmes demande de nouvelles mesures afin de faciliter l’IVG lorsque le délai de 14 semaines est dépassé.

60 parlementaires de la majorité et de gauche, dont Laurence Rossignol, plaident actuellement pour l’allongement de ces délais ainsi que la simplification de l’accès à l’interruption médicale de grossesse pour raisons psychosociales. Tous les amendements déposés au Parlement à ce sujet ont été rejetés.

Anaëlle Barthel

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