Culture, Société

Décès d’Adalet Ağaoğlu, célèbre femme de lettres turque

Passionnée de littérature et engagée dans la défense des droits de l’Homme, Adalet Ağaoğlu était l’une des plus éminentes écrivaines turques de notre époque. Depuis la publication de son premier roman en 1973, elle a écrit sept romans et plusieurs pièces de théâtre. Née le 23 octobre 1929 à Ankara, elle est décédée le 13 juillet dernier à Istanbul, à l’âge de 90 ans. 

Pionnière littéraire

Ayant étudié la littérature et la langue française à l’Université d’Ankara, elle se rend à Paris pour poursuivre sa carrière. Cependant, elle rentre vite en Turquie où elle travaille pour la Türkiye Radyo Televizyon Kurumu (TRT). En 1971, elle quitte ce poste pour se consacrer à ses oeuvres littéraires et au théâtre. 

Estimant qu’il est impossible de moderniser une société sans l’émancipation des femmes, son premier roman, intitulé Se coucher pour mourir, est publié en 1973. Il est acclamé par la critique. 

Adalet Ağaoğlu est l’auteure de nombreuses oeuvres (romans, nouvelles, pièces de théâtre et essais). Parmi les plus célèbres, on compte les romans Une nuit de noces (1979), Hauteur de vue (1991), Fin d’été (1996) et Un romantique policier viennois (1997). 

Réfléchissant au cours de sa carrière littéraire sur les changements sociaux en Turquie à partir des années 1970, Adalet Ağaoğlu cherchait à saisir l’expérience humaine. Critiquant les moeurs de la société, elle encourage son audience à réfléchir sur leur vie. Commençant sa carrière en écrivant des pièces de théâtre, elle estime qu’avec les romans elle serait plus libre d’interpréter le monde autour d’elle. Néanmoins, elle reprend le chemin du théâtre en 1991 et écrit sa pièce célèbre de théâtre, Çok Uzak Fazla Yakın.

La disparition d’une grande lumière

En 1995, elle se voit décerner le Grand Prix de la culture et des arts de la présidence de la République de Turquie. 

Animée par la défense des droits de l’Homme, elle se bat sans cesse pour la liberté d’expression. À l’annonce de son décès, l’Université Boğaziçi a d’ailleurs rappelé que son deuxième roman, La rose fine de mes pensées, publié en 1976, a été retiré par les autorités dans tout le pays sur le motif qu’il engendrait l’ « humiliation et (la) dérision des forces armées. » Après un long procès de deux ans, elle sera finalement acquittée. 

« Nous avons perdu un grand nom de notre littérature, la précieuse écrivaine Adalet Ağaoğlu, qui est titulaire d’un doctorat honorifique de l’Université Boğaziçi. Elle vivra toujours à travers ses œuvres », a déclaré l’Université de Boğaziçi.

Avec la mort d’Adalet Ağaoğlu, une grande lumière de la littérature turque et mondiale s’éteint. N’ayant jamais arrêté de se battre pour les droits de l’Homme, elle était bien plus qu’une simple écrivaine. Femme éduquée à l’esprit aiguisé, Adalet Ağaoğlu sera toujours reconnue comme l’une des plus grandes écrivaines du XXe siècle. 

Natasha Voase

2 Comments

  1. Un extrait de son théâtre est disponible en français dans le livre Un oeil sur le bazar, anthologie des écritures théâtrales turques, sous la direction de Dominique Dolmieu et Zeynep Su Kasapoglu, avec la collaboration de Sedef Ecer, aux éditions l’Espace d’un instant (en vente sur ce site).

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