International, Politique

Démantèlement de la « jungle de Calais »

Lundi 24 octobre, commençait le démantèlement tardif, mais plus que nécessaire, du camp de migrants de Calais. Depuis des années, une dizaine de milliers de réfugiés, tous déterminés à traverser la Manche, avaient commencé à établir des campements aléatoires dans ce qui est devenu un bidonville aux abords du littoral français.overview_of_calais_jungleCe que certains osent appeler « jungle » était en réalité un bidonville dont les confins de vie et d’hygiène ont souvent été dénoncés. La maire de Calais, Natacha Bouchart (LR), qui appelle depuis longtemps le gouvernement et les autres municipalités à réagir, a enfin été entendue.

Depuis le début de la semaine, 6.500 migrants sont peu à peu répartis dans les 80 différents centres d’accueil et d’orientation (CAO) régionaux. Mais, avant leur sortie du camp, ils doivent se présenter au guichet de l’office français de l’immigration et de l’intégration. La semaine d’évacuation a donc commencé ce lundi dans « le calme et la maîtrise » et sous protection policière d’après Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur.

Divisés en plusieurs catégories – adultes, mineurs isolés, familles et personnes vulnérables -, ceux qui espéraient encore pouvoir demander l’asile outre-Manche ne sont pas encore sur le point d’atteindre ce qu’ils considèrent comme étant une terre d’asile, le Royaume-Uni.

Afghans, Somaliens, Érythréens, Soudanais, Syriens ou encore Irakiens fantasment tous sur l’Angleterre. Un pays où ils espèrent retrouver des proches, ou simplement un eldorado aux conditions d’asile plus favorables où ils pourront décrocher un emploi et des conditions de vie plus prometteuses espérant y trouver un marché du travail plus souple et misant sur le fait qu’on y parle anglais, une langue qu’ils sont nombreux à maitriser.

Mais, au moment où ils se sont mis cette idée en tête, les Britanniques n’avaient pas encore voté pour ne plus faire partie de l’Union européenne. À l’exception de la langue, les facteurs qui poussent irrémédiablement les migrants vers les côtes anglaises seront-ils toujours des particularités propres au Royaume-Uni ?

Réactions belges

Du côté de la Belgique, qui partage une frontière avec la France, on est loin d’être rassuré par le démantèlement du camp de Calais. Beaucoup de migrants, parfois en provenance de Calais, passent la frontière franco-belge pour atteindre le port de Zeebruges d’où il est possible de prendre les ferrys pour l’Angleterre.

Le gouvernement a donc pris des mesures à l’annonce du projet d’évacuation du camp de Calais de Bernard Cazeneuve. C’est ainsi que le plan Medusa2 a vu le jour.

Jan Jambon, le ministre fédéral de l’Intérieur belge, a mobilisé pas moins de 50 policiers, en plus des 120 membres des forces de l’ordre déjà présents, afin de renforcer les contrôles déjà intensifs en Flandre occidentale.

Les autorités belges craignent notamment la formation d’un nouveau camp, identique à celui de Calais, à La Planne, située à 60km de l’ancien bidonville.

Medusa2 n’a pas forcément été approuvé par la police belge, épuisée et très sollicitée depuis l’attentat à l’aéroport Zaventen du 22 mars dernier. À l’annonce de ce plan, ils avaient émis un préavis de grève pour le 24 octobre.

Leur mission consistera en des patrouilles 24h sur 24. Ils devront notamment procéder aux enregistrements d’empreintes digitales à la frontière et rediriger les migrants, s’ils sont demandeurs d’asile, vers des CAO dans l’attente de l’examen de leur demande. Dans le cas contraire, ils raccompagneront ceux qui ont fui leurs pays pour des raisons économiques vers la frontière.

C’est d’ailleurs ce dernier volet de la mission des policiers qui les inquiètent le plus. Ils s’interrogent quant à la légalité de la reconduite vers les frontières. On se rappelle qu’il y a quelque mois des renvois en voiture des migrants de Calais avaient provoqué un incident diplomatique.

Une fois cette semaine achevée, soit une fois qu’un des plus grands camps de migrants en Europe sera démantelé, qu’elle sera la politique européenne qui sera adoptée ? Aujourd’hui, la politique des migrants pourrait relancer l’Union européenne. L’enjeu sera donc d’en établir qui intégrerait de façon effective une partie de ce flux migratoire, et ce, en installant des moyens de gestion dans les pays de départs tout en ouvrant le dialogue avec ces derniers.

Pascale-Mahé Keingna

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