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Démission de « Sepp » Blatter : « mon mandat n’a pas le soutien de l’intégralité du monde du Football »

Joseph Blatter, président de la FIFA depuis 1998, a annoncé hier qu’il démissionnait de son poste à la tête de la Fédération internationale de football (FIFA). Largement plébiscité par un collège d’électeurs mercredi dernier, à commencer par le président de la fédération française Noël Le Graët, le Suisse a néanmoins cédé face à la virulence des critiques. Une démission qui laisse désormais le champ libre à ses concurrents à l’instar de son ancien compagnon de route : Michel Platini.

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Une présidence affaiblie

« Je souhaite rester avec vous, je souhaite continuer avec vous, c’est une question de confiance », avait rétorqué Joseph Blatter, mercredi 27 mai, quelques heures avant un scrutin décisif pour la Fédération internationale de Football (FIFA). Attaqué de toute part, désavoué par les plus hauts responsables politiques à l’image du Premier ministre britannique David Cameron, le président sortant tentait de faire bonne figure face à ses détracteurs.

Mais même empêtré dans cette scandaleuse affaire de corruption, la stature du chef aux allures de parrain n’avait pas vacillée. Sans surprise, l’immense majorité des 133 chefs de fédération lui témoignait son soutien à l’issue d’un scrutin dont les résultats ne laissaient guère de doute.

Pourtant c’est un souverain controversé qui avait débuté son cinquième mandat à la tête de la FIFA. Malgré une très nette victoire sur son rival, le prince Ali Bin Hussein de Jordanie, l’indéboulonnable Joseph Blatter n’avait été consacré qu’après le second tour des élections.

Une première pour le Suisse qui bénéficiait depuis son arrivée à la tête de l’omnipotente organisation, d’un soutien indéfectible de la part des six grandes confédérations représentées à Zurich (Suisse).

Il n’était pas interdit de voir dans cette légère inflexion du collège les stigmates du scandale qui touchent le « système Blatter » depuis les révélations du début de semaine dernière. Fallait-il pour autant espérer une disparition des scandales qui affligent depuis trop longtemps l’emblématique FIFA ?

À en croire la fréquence des intrigues judiciaires qui ponctuent l’histoire de l’organisation internationale, rares sont ceux qui entrevoyaient la faillite du « système Blatter ». L’intéressé lui-même, comme un pied de nez à ses adversaires, déclarait, amusé, que les critiques « glissaient sur (lui), comme l’eau chaude sur la cuisse de Jupiter ». Pourtant, c’est sans grande gloire que « Sepp » Blatter tire sa révérence tandis que l’Empire qu’il a construit depuis 17 ans s’effondre.

La fin du « système Blatter » : paroxysme d’une histoire en dents de scie

Si la FIFA a fait de l’éthique une de ses priorités lors du 56ème Congrès organisé en 2006, force est de constater les difficultés rencontrées par l’organisation pour mener à bien cet ambitieux projet. Depuis l’arrivée du Suisse Joseph Blatter, à la tête de la Fédération internationale de football, c’est une instabilité chronique qui frappe cette haute instance.

Déjà en 2001, trois ans seulement après l’accession de « Sepp » à la présidence de la FIFA, celle-ci se trouvait en pleine tourmente suite aux révélations de « l’affaire ISL », du nom de la société suisse International Sport & Leisure. Déclarée en faillite dès 2002, l’entreprise avait bénéficié des largesses de la direction de la FIFA en obtenant l’exclusivité des droits sur les produits marketing vendus lors des Coupe du monde de football.

Même s’il était déjà question des dérives du « système Blatter », sans doute celui-ci puisait-il ses racines dans l’héritage de la présidence de l’ancien dirigeant de la FIFA, le Brésilien João Havelange, accusé lui aussi a plusieurs reprises de corruption.

Plus récemment en 2011, le New York Times mettait en avant des faits de corruption au sein des élites dirigeantes de la FIFA, des faits auxquels venaient se rajouter des accusations de matchs truqués au profit des bookmakers.

La banalisation des malversations atteignit même la Coupe du monde de 2014 organisée au Brésil. La police locale, après une vaste enquête, avait démantelé un trafic de billet d’entrée organisé par plusieurs membres de la FIFA.

Une démission inattendue

À cette affaire est venue s’ajouter la semaine dernière celle mise au jour par les autorités américaines. À l’issue d’une longue enquête diligentée par la justice fédérale, sept hauts responsables de la fédération internationale furent arrêtés, accusés principalement de corruption et de blanchiment d’argent dans le cadre de l’attribution des Coupe du monde 2018 et 2022 respectivement à la Russie et au Qatar.

Plus que les sept cadres incriminés, tous les regards se sont alors portés sur « Sepp » Blatter. Coutumier des imbroglios médiatiques, le Suisse, qui s’apprêtait à rempiler pour un énième mandat à la tête de la FIFA, n’a pas dérogé à sa ligne de conduite réfutant en bloc les soupçons sur sa participation. C’était sans compter sur l’intervention de Michel Platini, son fidèle bras droit à la direction de l’UEFA.

Longtemps pressenti en successeur de Joseph Blatter, Platini s’empressait de désavouer celui qui fut un temps son mentor, l’enjoignant à démissionner. Il devenait ainsi aux yeux du grand public le chef de file des opposants à la réélection du Suisse. Il suffit d’ailleurs que Platini refuse de se lever lors de la standing ovation qui suivit l’élection de ce dernier, pour que la dissidence s’affiche au grand jour.

Pourtant, alors qu’on croyait les paroles du Français sans écho, à la grande surprise du monde du football, Joseph Blatter a décidé de raccrocher. « Je me suis représenté car j’estimais que c’était la meilleure option pour l’organisation », a t-il déclaré lors d’une conférence de presse exceptionnelle tenue hier avant d’ajouter, blême : « Même si un nouveau mandat m’a été confié, il semble que je ne sois pas soutenu par tous dans le monde du football ».

Le départ annoncé de Blatter laisse ainsi planer le doute sur le nom de son successeur. Mais il y en a un qui revient bien sûr plus que les autres : celui du président de l’UEFA, Michel Platini.

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Michel Platini : un successeur tout désigné ?

Dans cette nouvelle distribution des rapports de force au sein de la FIFA, nombreuses sont les tentations de voir en la figure de Michel Platini -ancien joueur emblématique de l’équipe de France, de l’AS Saint-Étienne et de la Juventus Turin- le meneur d’un nouveau courant moralisateur et favorable à un renforcement de l’éthique dans une institution réputée opaque.

Celui qui saluait hier une « décision courageuse » de « Sepp » Blatter, rencontre d’ailleurs de nombreux soutiens. En France notamment, le président de la Fédération française de football Noël Le Graët mais également Frédéric Thiriez, le dirigeant de la Ligue de football professionnel, ont témoigné dans les médias leur préférence pour l’ancien footballeur.

Cependant, si le scandale dévoilé la semaine dernière a éclaboussé la réputation de Blatter, il n’a pas laissé celle de Michel Platini intacte. En effet le Français voit désormais revenir sur le devant de la scène les accusations formulées à son égard par France Football en janvier 2013 dans son dossier intitulé : « Qatargate ». Fruit d’une longue enquête, le quotidien français avait révélé la participation de la France et de Michel Platini dans l’attribution de la Coupe du monde de 2022 au Qatar.

Quelques mois plus tard, comme un aveux,  le Qatari Mohamed Bin Hammam, était banni à vie de la FIFA, confortant les soupçons de corruption qui avaient entaché les votes. Un lien que s’était empressé d’établir à l’époque le Daily Telegraph qui affirmait détenir la preuve que Michel Platini, dont le fils Laurent est entre-temps arrivé à la tête de l’équipementier qatari Burrda, avait déjeuné avec l’homme fort de la candidature qatarie quelques jours seulement avant le vote des instances du football. De son côté, Michel Platini a toujours démenti une quelconque influence du Qatar, mais le doute subsiste.

Reste que si la candidature du français s’impose, il devra s’attaquer à un chantier colossal pour espérer redresser la FIFA. Car même si la démission de Blatter fait croire à un renouveau au sommet de l’institution qui chapeaute le monde du ballon rond, les traces du scandale sont loin d’être effacées.

Lundi, l’affaire prenait même une nouvelle tournure. Le New York Times pointait du doigt le rôle du secrétaire général de la FIFA, le Français Jérôme Valcke, dans l’attribution de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Cet ancien journaliste de Canal + que l’on décrit comme l’actuel bras droit de « Sepp » Blatter aurait versé un total de dix millions d’euros à Jack Warner, l’ancien vice-président de la FIFA arrêté le 27 mai dernier avec les sept autres cadres de l’institution. Mais pour l’instant ni Joseph Blatter ni Jérôme Valcke ne sont inquiétés par la justice.

Matéo Garcia

 

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