Société

Des députés CHP rencontrent des journalistes emprisonnés

veliLe deux août dernier, Veli Ağbaba et Utku Çakırözer, deux députés du CHP, ont rendu visite en prison à Hidayet Karaca, le responsable du groupe de média Samanyolu, et à divers journalistes. La première étape d’un « Tour de Turquie » des prisons.

Deux députés du CHP, Parti républicain du peuple, crédité de 24,95 % des suffrages aux dernières élections parlementaires, ont rendu visite en prison à Hidayet Karaca, au directeur du groupe de média Samanyolu, et aux journalistes Mehmet Baransu, Erol Savar, Hatice Duvar et Sami Tunca.

Il s’agissait lors de cette visite, organisée le dimanche 2 août dernier, d’observer les conditions d’incarcération des détenus concernés, et leur état d’esprit. La petite délégation était composée de Veli Ağbaba, vice-président du CHP, et d’Utku Çakırözer, député CHP à Eskişehir.

C’est un véritable « Tour de Turquie » des prisons que s’apprêtent à mener ces derniers puisqu’ils compte « passer dire bonjour » et rencontrer les quelque 22 hommes et femmes des médias actuellement derrière les barreaux. Au sujet des deux principaux détenus, les raisons de leur emprisonnement diffèrent.

Arrêté le 14 décembre dernier, Hidayet Karaca est accusé d’avoir voulu ourdir une conspiration. Il lui est reproché d’avoir encouragé, à travers la diffusion d’une série télévisée sur la chaîne Samanyolu TV et sur la base d’un présumé lien entre Al-Qaïda et le groupe religieux Tahşiyeciler (« les Annotateurs »), une action policière. Il tombe sous le chef d’accusation de « fondation et direction d’une organisation terroriste ».

karaca

Hidayet Karaca (Samanyolu TV).

La délégation des députés a déclaré au journal Zaman que Karaca était retenu prisonnier pour une accusation sans fondement : un prétendu rendez-vous fixé par téléphone le mettant en cause mais qui n’aurait, selon lui, jamais eu lieu. De même, l’absence de hiérarchie dans l’organisation Tahşiyeciler serait la preuve qu’il ne s’agit pas d’une organisation terroriste. Pour les membres de la délégation, cette arrestation servirait les intérêts du pouvoir turc, qu’ils accusent d’avoir utilisé le prétexte d’un complot pour étouffer Samanyolu TV, réputé critique envers le gouvernement.

Mais Karaca n’est pas le seul à être aux prises avec la justice dans cette affaire. Le cas de Mehmet Baransu est non moins problématique. Le journaliste du quotidien Taraf avait été arrêté en mars dernier pour avoir publié des documents classés confidentiels émanant d’un Conseil national de sécurité datant de 2004. Au menu de ladite réunion : le mouvement Gülen et les modalités d’un éventuel plan d’action contre cette communauté à fondement religieux.

Mehmet Baransu (Taraf), risque jusqu’à 52 ans de prison.

Le sujet était brûlant et le journaliste a été accusé de vouloir intenter à la sécurité nationale. Baransu est aujourd’hui sous la menace d’une incarcération pouvant aller jusqu’à 52 longues années. C’est de fait l’incompréhension qui domine chez les détenus face au caractère disproportionné des peines encourues, ou le sentiment d’injustice pour des faits loin d’être prouvés, mêlant de prêt ou de loin le pouvoir politique en place. Il s’agit donc d’une question éminemment politique. Mais aussi une question de vie. Car les portes du pénitencier pourraient bientôt se refermer derrière eux …

Pierre Debly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *