Economie, International

Dette de la Grèce : des négociations tendues en vue de la réunion de l’Eurogroupe

Alors que les tractations entre la Grèce et ses créanciers devraient connaître leur dénouement le 18 juin prochain, à l’occasion d’une réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles, la Commission européenne, contrairement à ses habitudes, a levé le voile hier matin sur l’état d’avancement des négociations entreprises depuis plusieurs mois déjà.

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« Réformes contre prêts supplémentaires », voici en quelques mots la conclusion des âpres discussions qui agitent le gouvernement Tsípras et les financeurs (institutions qui financent) la dette grecque depuis le début de l’année.

Si la situation financière du pays n’a jamais autant mobilisé l’attention, cela risque fort de continuer dans les prochaines semaines. En effet, si les dirigeants européens n’arrivent pas à s’accorder sur un nouveau plan de sauvetage avant le 30 juin, le défaut de paiement sera inévitable. Repoussée à chaque fois sur le fil depuis le début de la crise financière en 2010, la faillite de l’État grec serait aussi catastrophique pour la population que pour les autres pays de l’Union européenne qui ont toujours refusé de consentir à la sortie de la Grèce pour le moment.

Sur ce point, autant dire que les efforts n’ont pas été mesurés. À l’aube d’un mois décisif pour l’avenir de l’Europe, c’est pas moins de trois réunions de chefs d’États qui ont été organisées depuis le début du mois de juin pour résoudre l’imbroglio grec. Mais avant le rendez-vous crucial des grands argentiers européens demain, force est de constater que le problème est encore loin de sa résolution.

reunionLe 10 juin dernier, une troisième rencontre en l’espace de dix jours après les sommets de Berlin et du G7 en Bavière, réunissant cette fois la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre grec Aléxis Tsípras et le chef d’État français François Hollande, témoignait encore de la persistance des désaccords qui animent le représentant grec et les autres dirigeants européens.

Le chef du parti d’extrême-gauche Syriza continue pour le moment à s’opposer à toutes mesures qui accableraient un peu plus une population habituée depuis 2010 à l’austérité. Mais, de leurs côtés, les positions du couple franco-allemand ne faiblissent pas : Athènes doit encore couper dans les dépenses, et le système des retraites de même que la politique fiscale du pays sont pointés du doigt.

Des points de blocage qui subsistent

Désormais, tous les espoirs sont tournés vers la réunion de l’Eurogroupe qui réunira ce jeudi l’ensemble des ministres européens de l’Économie. Comme pour poser les bases de cette rencontre aux enjeux déterminants, la Commission a pris tout le monde de court lundi en livrant quelques détails sur la nature des propositions actuellement en cours de discussion.

« Il y a de la marge pour discuter un package juste et progressif (…) Sur le papier, l’accord est encore possible car on est d’accord sur les objectifs mais pas encore sur les moyens d’y parvenir. », assurait une source proche du dossier lundi au quotidien français Le Monde.

Et c’est peu dire que les objectifs sont à la hauteur des montants en jeu. Depuis qu’Athènes voit son adhésion à la Communauté européenne remise en cause par ses difficultés financières, ce sont plus de 195 milliards d’euros que les pays européens ont versés indirectement à la Grèce. 53 milliards d’abord, dans le cadre du premier programme d’aide initié en 2010, puis presque trois fois plus deux ans plus tard quand le montant exorbitant de 142 milliards d’euros avait été injecté pour maintenir l’État à flot.

Ainsi, concernant le troisième plan financier qui s’annonce, la contrepartie risque d’être pour le moins contraignante. Mais certains point litigieux du dossier aboutiront semble-t-il plus vite au consensus que d’autres. C’est le cas par exemple de la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement grec, traduite par la notion de surplus primaire, dont le montant a été décidé lundi dernier par la Grèce et ses financiers (FMI, UE, BCE).

Initialement proposé à hauteur de 3,5% du PIB, ce montant jugé irréaliste par Athènes sera finalement ramené à 1% du PIB pour l’année 2015. Outre cette question, plusieurs sujets brûlants discutés depuis le début de l’année restent pour l’heure en suspens, à commencer par celui de la dette souveraine. Bruxelles l’assure, celle-ci ne sera renégociée qu’une fois les réformes demandées entreprises par le gouvernement Tsípras.

Quant à l’autre point sensible du dossier, le déficit budgétaire, les estimations pour 2015 varient du tout au tout entre les chiffres d’Athènes et ceux de la Commission. L’institution financière table sur un déficit avoisinant les quatre milliards pour l’année prochaine, tandis que du côté grec les prévisions n’atteignent même pas les deux milliards d’euros.

austeriteEn signe de bonne foi, l’État grec s’est empressé d’annoncer une hausse de la TVA pour les entreprises afin de résorber en partie le fossé financier. Mais, même si dans le camp européen on salue « de petits progrès », l’heure est plus à une refonte totale du système fiscal, les Grecs refusant de faire peser sur leurs citoyens une TVA de près de 23% sur les biens de consommation courants.

Les mêmes difficultés se profilent concernant le système des retraites, dont les départs anticipés et l’organisation complexe en font l’un des plus coûteux d’Europe. Si la Commission se défend d’inciter à couper dans les retraites individuelles, cette dernière rappelle cependant qu’une réforme serait un message bienvenu adressé aux investisseurs de l’économie du pays, gage de la bonne volonté du gouvernement nouvellement élu.

Enfin, la réforme du marché du travail occupera également les esprits des dirigeants lors de la réunion de l’Eurogroupe. Néanmoins, pour cette mesure chère aux débiteurs de la dette grecque, il sera davantage question d’une révision du système des conventions collectives, que d’une réelle baisse des salaires

Matéo Garcia

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