Economie, International

Dette de la Grèce : un « sommet de la dernière chance » avant l’ultimatum du 30 juin

En attendant le sommet exceptionnel des chefs d’Etat et de gouvernement qui se tient aujourd’hui à Bruxelles pour plancher sur l’avenir de la Grèce, les rapports restent encore tendus entre le gouvernement Tsípras et ses créanciers.

grece_couv

La situation n’a jamais été aussi tendue pour l’Union européenne. Empoisonnée depuis près de cinq ans par l’encombrant dossier grec, son avenir est pour le moins incertain. Depuis que les négociations de l’Eurogroupe de vendredi dernier n’ont débouché sur aucun accord concret, l’heure n’est plus à la discussion entre la Grèce et ses créanciers.

Plus que jamais menacé par un défaut de paiement qui plongerait le pays dans un marasme financier imprévisible, « un sommet de la dernière chance » doit se tenir aujourd’hui pour tenter une dernière fois d’éclaircir la situation. Réunis exceptionnellement à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement devront, à une semaine de l’échéance tant redoutée, trouver une alternative à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Devant la tournure critique que prend le problème, des voix s’élèvent pour appeler à la raison les acteurs de la crise. « Nous nous rapprochons du point où le gouvernement grec va devoir choisir entre accepter une bonne proposition des créanciers ou aller droit vers le défaut de paiement », a averti le président du Conseil européen Donald Tusk, vendredi 19 juin, à l’issue des négociations infructueuses de l’Eurogroupe.

En discussion depuis maintenant cinq mois, l’accord « réformes contre argent frais » n’a toujours pas été concrétisé, et ce en dépit d’une série de réunions intergouvernementales pourtant porteuses d’espoirs. Le gouvernement d’Aléxis Tsípras se refuse toujours à poursuivre les efforts alors que la situation financière du pays n’a jamais été aussi critique. En début de semaine dernière, les retombées économiques ne se sont d’ailleurs pas fais attendre.

Alors que les investisseurs anticipent le pire, à savoir un défaut de paiement et une hypothétique sortie de la Grèce de la zone euro, les fuites de capitaux s’intensifient. La semaine dernière a notamment été enregistrée une perte colossale de cinq milliards d’euros pour l’économie grecque. Face à l’ampleur du phénomène, la BCE a injecté d’urgence 1,8 milliards d’euros, de quoi tenir jusqu’à la réunion d’aujourd’hui.

Mais, à la veille de ce sommet déterminant pour l’avenir de l’Europe, les chances de trouver une solution honorable restent tout de même minces.

Un rapport de force inchangé

Impensable pour certains, envisageable pour d’autres, la possibilité d’une sortie de crise ne met pas tout le monde d’accord. Pour certains, la mauvaise volonté dont fait preuve depuis le début le gouvernement d’extrême gauche d’Aléxis Tsípras rend inéluctable un défaut de paiement de la Grèce. À l’opposé, il existe des commentateurs plus optimistes qui pensent qu’une résolution négociée de la crise n’est l’ affaire que de quelques jours.

Mais, pour le moment, la ligne défendue par les différents parties n’a pas évoluée. Alors que les créanciers d’Athènes demandent avec vigueur une réforme des retraites et de la TVA, Tsipras fait quant à lui savoir que tout nouvel effort sera soumis à une renégociation de la dette du pays.

lagarde_grece

Christine Lagarde, patronne du FMI.

Du reste, c’est peu dire que les signaux décourageants se sont multipliés depuis ces derniers jours. Tsípras, dont les soutiens s’effilochent peu à peu, a même accusé les créanciers de « piller la Grèce », le jeudi 18 juin dernier. Dans la foulé, Christine Lagarde, présidente d’un des créanciers d’Athènes à savoir le FMI, interpellait ironiquement les négociateurs envoyés par le gouvernement grec, demandant « s’il y a des adultes dans la salle ». C’était avant que le Premier ministre grec ne fasse un dernier pied de nez à L’Union européenne. En visite à Moscou vendredi dernier, Tsípras, qui venait signer la construction d’un gazoduc entre le Grèce et la Russie, exprimait ainsi son souhait de se rapprocher de Vladimir Poutine, marginalisé par l’Union depuis sa gestion du conflit ukrainien.

tsipras-poutine

La réunion de ce lundi s’annonce donc sous tensions. Le gouvernement grec, habitué à une certaine désinvolture depuis le début des négociations, ne semble pas prêt à renforcer le dialogue. Seulement, dans ce contexte imprévisible, il n’est pas interdit d’espérer une sortie crise, plusieurs éléments plaidant en effet en faveur d’un accord.

À commencer par un des piliers de la communauté européenne : le fameux couple franco-allemand. Très impliqués au plus fort des évènements, Angela Merkel et François Hollande ont clairement fait savoir qu’ils n’envisageaient en aucun cas une sortie de la Grèce et la remise en cause du projet européen qui en procéderait. Il en est de même pour Tsípras qui semble désormais avoir les mains liées. Car un défaut de paiement, même anticipé, aurait raison d’un système bancaire grec très affaibli, et offrirait l’occasion aux marchés financiers d’achever une économie déjà à terre.

Les risques encourus par Athènes

Si la date du 30 juin sonne comme un ultimatum adressé à la Grèce, c’est que les enjeux pour l’économie européenne mais également mondiale sont colossaux. A tel point que, confrontés à l’urgence, beaucoup d’intervenants proches du dossier n’ont que peu d’espoir de trouver une solution durable pour la Grèce. L’enlisement de la situation oblige désormais à se diriger vers une alternative, bien loin des ambitions premières qui prévoyaient à terme un plan de redressement du pays.

Plus endettée que jamais, Athènes a d’ailleurs déjà profité d’un second plan d’aide en 2012 qui lui a permis de recevoir de la part de plusieurs institutions financière (BCE, UE, FMI) plus de 142 milliards d’euros au total. Début 2015, en dépit de ses efforts, le gouvernement connaissait toujours de grandes difficultés pour tenir ses engagements. Avant le 30 juin, c’est en effet près de 1,6 milliards d’euros qui doivent être remboursés au FMI sous peine de renoncer à la rallonge de 7,2 milliards d’euros que lui ont promis ses débiteurs.

Si aucune décision n’aura été prise avant cette datte, les conséquences pourraient s’avérer terribles pour le pays ainsi que pour l’UE. Même si aucun scénario ne peut être totalement prédit, il n’en reste pas moins que la Grèce devra sans aucun doute faire face à une grave crise de liquidités. Pire encore, la fuite massive des capitaux et la crise de confiance qui s’ensuivra sur les marchés financiers ne permettront plus au pays de financer sa dette à des taux raisonnables. À terme c’est la banqueroute pure et simple qui guette le pays et, avec elle, le phénomène d’entraînement qui menace les autres partenaires européens.

Mais, sans aller aussi loin, si aucune mesure d’importance n’est décidée à l’issue du sommet d’aujourd’hui, le gouvernement Tsípras devra probablement décréter un « Bank Holiday », c’est-à-dire une fermeture provisoire des distributeurs de billets pour préserver les banques de l’insolvabilité.

Néanmoins, il est pour l’heure peu probable que le scénario catastrophe ait lieu, Bruxelles se voulant même rassurante. Pour éviter la propagation de la crise, les acteurs européens préfèreraient instaurer, en dernier recours, une extension provisoire du plan d’aide financier pour que la Grèce franchisse sereinement l’échéance de remboursement qui expire dans un peu plus d’une semaine.

Matéo Garcia

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *