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Deux jeunes yézidies lauréates du prix Sakharov « pour la liberté de l’esprit »

Jeudi 27 octobre, le Parlement européen a remis le prix Sakharov à deux jeunes femmes yézidies : Nadia Murad et Lamia Haji Bachar. Des jeunes femmes au courage remarquable, deux exemples pour chacun d’entre nous.2016-10-27-14-15-34Elles ont vécu les pires horreurs, elles se tiennent pourtant aujourd’hui debout. Réduites en esclavage par Daech, elles sont devenues de véritables icônes de leur communauté et luttent pour que le monde entier agisse enfin pour venir en aide aux plus vulnérables.

Hier, c’est ce courage et cette détermination qui ont enfin été récompensés par le Parlement européen qui lui ont remis le prix Sakharov 2016 « pour la liberté de l’esprit ». Ce prix, décerné chaque année, a pour objectif de mettre en lumière des personnes qui se sont illustrées dans le domaine de la défense des droits de l’Homme.

Le journaliste d’opposition turc, Can Dündar, ainsi que le leader historique des Tatars de Crimée, Moustafa Djemilev, étaient aussi en lice pour ce prix. Mais, en raison de leurs profils plus sensibles sur le plan diplomatique, c’est finalement Nadia et Lamia qui ont succédé au blogueur et écrivain saoudien, Raef Badaoui, toujours emprisonné pour « insulte » dans son pays où il subit régulièrement des sévices corporels révoltants et inhumains malgré la mobilisation d’une partie de la communauté internationale.

Nadia Murad, âgée de 23 ans, a été enlevée durant l’été 2014. Lors de ce rapt, elle a perdu non seulement six de ses frères, mais aussi sa mère. Elle sera conduite dans le bastion de Daech : Mossoul. Elle y a été torturée et a subi des sévices sexuels inhumains dans les mains du groupe djihadiste puis a été vendue comme esclave sexuelle à plusieurs reprises. Heureusement, celle-ci a réussi à échapper à ses geôliers et à ses bourreaux grâce à une famille musulmane de Mossoul. Après s’être réfugiée dans le Kurdistan Irakien, elle a pu rejoindre, saine et sauve, sa sœur en Allemagne.

En septembre dernier, elle est devenue ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains. Depuis qu’elle est en sécurité, elle ne cesse de se battre pour que les persécutions commises à l’encontre de sa communauté soient considérées comme un génocide et que les responsables soient punis. En octobre 2016, le Conseil de l’Europe lui avait déjà décerné le prix des droits de l’Homme Václav Havel.

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Moins médiatisée, l’histoire de Lamia Haji Bachar, qui a seulement 18 ans, a commencé au même endroit que Nadia, dans le village de Kocho où elle fut enlevée avec ses six soeurs alors qu’elle n’avait que 16 ans. Ses frères et son père ont été exécutés par des combattants de Daech. Durant 20 mois, elle fut la prisonnière des djihadistes de Daech qui l’ont forcé à fabriquer des bombes et des ceintures d’explosifs. Quand elle a enfin réussi à s’enfuir, celle-ci est tombée dans les mauvaises mains et fut violée.

Malheureusement, Lamia a eu moins de chance que Nadia. Lors de sa fuite, elle a été défigurée par une mine, tandis qu’une amie d’infortune a perdu la vie à ses côtés.

Aujourd’hui, elle vit aussi avec sa sœur dans le sud de l’Allemagne. Malgré tout ce qu’elle a enduré, elle s’accroche à la vie, continue à sourire, à faire rire ses nombreux amis et chérit un rêve honorable, celui de devenir institutrice.

Selon des experts de l’ONU, environ 3 200 femmes et jeunes filles yézidies subissent encore le joug de Daech. Pour elles, le cauchemar continue. Si nous ne devons pas les oublier, c’est aussi à chacun d’entre nous de faire pression sur nos gouvernements pour qu’enfin les multiples massacres qui se déroulent en Syrie et en Irak, qu’ils soient commis par les forces gouvernementales ou les groupes armés non étatiques, prennent fin !

Ces deux jeunes femmes sont des forces de la nature, déterminées à déplacer des montagnes pour venir en aide aux victimes des violences sexuelles. Nadia et Lamia sont les porte-drapeaux de leur communauté, mais aussi des sources d’inspiration pour chacun d’entre nous.

Camille Saulas

 

 

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