Chroniques, Le choix de la rédaction

« La devinette de la crise »

Janet Yellen a été nommée à la tête de la banque centrale américaine (FED). Si le Sénat confirme la nomination de cette économiste de 67 ans, elle sera la première femme présidente de la Réserve fédérale américaine ; avec en plus la lourde tâche de sortir le monde d’une crise économique qui dure maintenant depuis 2008, voire même comme certains l’estiment depuis 2006 ou 2005.

On parle de cycles de 2 à 5 ans en théorie…

Dans une période où en Europe les gens qui ont passé 40 ans n’arrivent plus à trouver de travail, où l’âge de la retraite obligatoire, en Turquie et dans certaines catégories de professions supérieures, a été rabaissé, les États-Unis se permettent de nommer une dame de 67 ans à la tête de son économie pour gérer la crise et qui pourra, à cette occasion, redessiner l’économie mondiale et a fortiori celle de la Turquie.

* * *

Cela veut donc dire qu’après un certain âge, au fil des expériences, on acquiert enfin la sagesse pour assumer ce niveau de responsabilité et cela indépendamment du fait que cela soit un homme ou une femme.

Tout le monde parle de la crise ; mais je ne me souviens pas d’une année où l’on n’a pas parlé de la crise. Peut-être qu’au lieu d’employer le mot « crise » on devrait dire « dépression permanente » Comme il s’agit d’une crise permanente, cela signifie que nous en souffrirons, mais nous la survivrons.
Crise, crise, crise…
Le célèbre musicien francophone Timur Selçuk dans sa chanson intitulée « Ekonomi Bilmecesi » (la devinette de l’économie) chante « c’est la crise, c’est la crise ». « L’économie est sur ses rails, c’est la crise, c’est la crise, c’est la dépression ».
* * *
J’ai dans les mains, le livre d’un intellectuel qui a dirigé la France directement ou indirectement : Jacques Attali, Urgences françaises, Fayard, Paris, 2013.
Dans le livre Urgences françaises, l’auteur nous explique les raisons de la crise en France et expose ses propositions de réformes pour envisager une sortie de crise.
Il y est écrit que celles-ci sont à appliquer obligatoirement dans les douze mois à venir après la sortie du livre. Selon l’auteur, si elles ne sont pas appliquées, la France s’expose à une catastrophe irréversible. En soulignant le fait que les Français n’aiment pas les réformes, il attire l’attention sur le risque d’explosion sociale en intitulant son cinquième chapitre : « La France n’avance que par des révolutions ».

couv Attali
Ce livre est divisé en dix chapitres mais je le diviserai plutôt en deux parties : l’analyse de la situation et les idées pour résoudre les problèmes…
Dans mon article de ce mois-ci, je veux partager avec vous cette première partie.
Les institutions financières, les employeurs et surtout les médias qui font la surenchère de la crise entraînent une baisse de la consommation. Ce qui se répercute sur les autres niveaux de l’échelle économique ; c’est pourquoi l’économie stagne. Si cela continue ainsi, comme le dit Jacques Attali : « La crise est là. Et peut-être pour longtemps. Elle est économique, sociale, culturelle et politique ».
Avec ce constat, on arrive déjà à percevoir la solution dès l’introduction du livre. La crise n’est pas seulement économique, elle est à la fois sociale, un peu culturelle et également politique. Et si l’on ne perçoit pas cette nuance, on risque de ne pas en trouver d’issue.
D’abord, il faut une réforme politique. La politique ne devrait plus être « une profession ». Cela ne peut que être un service vis-à-vis de la nation et il devrait être de courte durée. Cette réforme devrait d’ailleurs être appliquée au niveau mondial. Une fois élue à un poste, la personne ne pourrait donc plus prétendre à un autre poste. Il ne devrait pas exister de profession de politicien. A la fin de chaque mandat politique, on redeviendrait alors un simple citoyen. Même si certains prétendent qu’ils sont élus par le peuple, il doit y avoir cette même intransigeance, pour tous les pays.
Les crises idéologiques et politiques que nous vivons montrent que le marché est global et dictatorial. Dans les démocraties locales où l’on défend les libertés, les crises sont permanentes. Ces idées que je défends depuis longtemps, Attali les a rapprochées ainsi : « Ce marché globalisé sans globalisation de la règle de droit peut engendrer une aggravation de la crise de l’économie légale et rendre possible l’épanouissement de l’économie illégale et criminelle, de la fraude fiscale et des mafias. (…) La dégradation encore à venir de l’emploi, l’accumulation de dettes, le dérèglement du climat, l’aggravation des inégalités ».
Ainsi, cela ouvre la voie à la déshumanisation des sociétés où la règle du chacun pour soi domine et chacun cherche à gagner le plus rapidement possible. Les dirigeants et les politiciens, sans le vouloir, participent aussi au renforcement de cette idée, sans réfléchir aux conséquences à moyen et long terme.
« Les États-Unis, dont les dettes sont aujourd’hui hors de contrôle et financées pour près de la moitié par la Chine et le Japon, seront peut-être pour un temps financés sans trop de difficulté par leur banque centrale, qui se substitue à un exécutif et un législatif incapable de s’entendre sur une politique cohérente. Puis, après de nouvelles secousses profondes, les dettes publiques et privées seront absorbées par l’inflation et par un retour de la croissance provoqué par le jeu du progrès technique dans tous les secteurs de pointe… »
Il y a quelque chose qui n’étonne plus. D’un côté, mettre en circulation des billets pour améliorer le confort et la qualité de vie d’un pays au détriment d’un autre. Et à chaque occasion, on parle d’un pays qui est privé de démocratie, qui fait travailler des gens entre soixante et cent dollars par mois, dont on a besoin du soutien et à qui en échange on vend le rêve de devenir la plus grande économie du monde.
« Plus de 27 millions d’Européens sont au chômage, dont 14 millions de jeunes de 15 à 29 ans, (…) Le ratio dette/PIB de la zone euro est de 92,8 % en 2012 ; il est de 158,5 % en Grèce, de 127 % en Italie, de 123,6 % au Portugal, de 90,3 % en France, de 82 % en Allemagne. Le FMI prévoit une récession de la zone euro en 2013 et un très faible retour à la croissance en 2014 ».
La partie la plus intéressante du livre se trouve à la page 52. Cette partie s’intitule : « Une Langue de communication mondiale ». A mon avis, les directeurs des institutions françaises, qui organisent leurs réunions en anglais, devraient encadrer ces pages.
« Le français est une langue majeure, élément qui sera de plus en plus important pour le développement économique et politique. En effet, tout renforcement de la diffusion d’une langue entraîne à terme un renforcement parallèle de l’économie (…) 220 millions de personnes parlent aujourd’hui le français, dont 96 millions en Afrique (…) C’est la langue officielle ou co-officielle de 75 Etats, qui produisent tous ensemble, chaque année, avec 14 % de la population mondiale, 14 % du PIB mondial. (…) Le français est aujourd’hui la troisième langue utilisée sur Internet (5 % des pages) »
On peut lire aussi à la 65ème page du livre, l’une des plus grande cause de cette crise : « Une des conséquences majeures de cet écart de compétitivité est le départ des usines des grands groupes industriels, pas toujours justifié par l’ambition de servir de nouveaux marchés (…) Au-delà des activités purement productives, certains des plus grands groupes délocalisent aussi leurs centres de décision, et internationalisent la détention de leur capital. Trois entreprises du CAC 40 ont d’ores et déjà implanté leur siège à l’étranger : ArcelorMittal au Luxembourg, ST Microelectronics en Suisse et EADS aux Pays-Bas. En 2013, plus de 40 % du capital de trente-sept autres sociétés du CAC 40, dont le siège encore en France, appartient à des personnes physiques ou morales ne résidant pas en France, contre moins de 35 % en 1999 ».
Maintenant on comprend mieux la réalité. Si l’on continue à ce même régime, rien ne changera. Si toutes les usines et les sièges sociaux déménagent dans un autre pays, il est évident que les comptes de l’État seront déficitaires. Et, la montée du chômage sera exponentielle.
« … les Français respectent de moins en moins leurs élus : 72 % pensent que la démocratie fonctionne plutôt mal en France et que leurs idées ne sont pas représentées ».
Lorsque les citoyens regardent les débats télévisés de l’Assemblée nationale et du Sénat, ils peuvent constater que la majorité des élus n’est pas présente au sein de l’hémicycle. Cela intrigue le peuple qui se demande pourquoi l’on a besoin d’autant de députés, si ces derniers ne prennent pas la peine de se présenter lors des séances de discussion et de vote.
« Par ailleurs, la démocratie souffre de la fragilité de la presse : le chiffre d’affaires de la presse écrite a reculé de 15,7 % entre 2007 et 2011, du fait de la chute des ventes (-7,6 %) et de l’effondrement de la publicité (-25,9 %). (…) Malgré un soutien financier de l’Etat de près de 5 milliards d’euros sur la période 2009-2011 ».
La lecture du livre est tellement édifiante que l’on apprend à la page 67 que la presse a bénéficié d’un soutien de l’État de 5 milliards d’euros sur la période 2009 – 2011 ; alors que pour notre journal, nous avons bénéficié de zéro euro.
Les lecteurs d’Aujourd’hui la Turquie qui volent à bord d’Air France nous font part de leur regret de ne pas trouver le journal dans les présentoirs aux portes d’embarquement.
Et enfin « La liberté de la presse n’est pas non plus totale : en 2013, Reporters sans frontières classe la France à la 37e place sur 179 pays, juste devant… le Salvador ».
En conclusion, je recommande le livre de Jacques Attali Urgences françaises, ainsi on comprendra mieux les raisons de la crise. En cause, la mauvaise répartition de l’argent, l’utilisation des fonds et l’abus de pouvoir.

* EKONOMİ BİLMECESİ (Y. Onay / T. Selçuk)

Hüseyin Latif

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *