Economie, Société

La discrimination au travail a encore de beaux jours devant elle

Vous êtes jeune ou dans la fleur de l’âge ? De surcroît, une femme ? Soyons honnêtes, votre carrière professionnelle risque de ressembler au parcours du combattant. À en croire l’étude Workforce View in Europe 2018, menée par l’agence indépendante Opinion Matters pour le compte d’ADP auprès de 10 000 actifs dans huit États européens (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Suisse), un tiers des salariés (34 %) estiment avoir été discriminé dans leur environnement professionnel pour diverses raisons, mais en premier lieu en raison de leur âge et, sans surprise, de leur sexe.

On passe tous un jour par ce processus – parfois douloureux — qu’est le recrutement. Quand on finit par décrocher un entretien, on a l’impression d’avoir décroché le Graal ! Pourtant, c’est là que le chemin de croix prend une tout autre dimension ! Vous pensez que vos connaissances, vos compétences, vos expériences ainsi que votre personnalité comptent plus que tout ? Rien n’est moins sûr. Les critères discriminatoires – en premier lieu l’âge et le sexe – sont encore bien réels dans tous les secteurs du monde du travail ! Mais, avant de s’y attarder, posons-nous la question : qu’est-ce que la discrimination au travail ?

Au sein de l’Union européenne (UE), l’égalité de traitement est un droit fondamental garanti par les traités et lois européens. À contrario, discriminer directement ou indirectement un individu en raison de son sexe, de son âge, d’un quelconque handicap, de sa religion ou de ses convictions, de son origine raciale ou ethnique, ou encore de son orientation sexuelle est strictement illégal que ce soit lors de l’analyse de la candidature à un emploi ou dans le traitement porté au salarié, à la personne en stage ou en formation – rémunération, protection, formation, affectation, promotion, licenciement, avantages, etc. Si le point commun des discriminations est le fait de nuire au salarié, au stagiaire ou au candidat à l’embauche à cause de critères subjectifs, notons que, dans certains pays, les critères de discrimination sont bien plus nombreux – il existe 25 motifs de discrimination en France selon la loi.

Où en est-on en Europe ? Selon l’étude Workforce View in Europe 2018, l’âge est le premier critère de discrimination dans l’environnement professionnel puisqu’il est cité par un collaborateur sur dix interrogé, et cela ne concerne pas que les ainés, les jeunes de moins de 26 ans en étant victimes à parts égales (17 %). Ce critère de traitement inéquitable engendre des inégalités de traitement en général et, sans surprise, nuit aux demandeurs d’emploi, mais freinerait aussi les possibilités d’avancement (18 %) alors que, comme le souligne Carlos Fontelas De Carvalho, Président d’ADP en France et en Suisse, « nous voyons pour la première fois cinq générations travailler côte à côte dans nos entreprises. Pour les employeurs, c’est une opportunité fantastique de tirer parti des compétences de toutes les classes d’âge et un vrai défi de gestion du capital humain de les faire travailler ensemble de la façon la plus efficiente possible ».

Le second motif de discrimination le plus cité ne fera sursauter personne depuis l’éclatement, en octobre dernier, de l’affaire Weinstein et la vague du mouvement #MeToo : le genre ! En effet, toujours selon l’étude Workforce View in Europe 2018, 12 % des femmes – soit plus d’une salariée sur dix — estiment être victimes de discrimination en raison de leur sexe ! La première manifestation de ce traitement injuste est bien évidemment le salaire : les femmes sont encore payées en moyenne 16,3 % de moins que leurs homologues masculins en Europe ! En France, en 2017, selon le dixième baromètre de Défenseur des droits en France, une femme sur deux âgée de 18 à 34 ans déclarait subir des discriminations dans son emploi surtout en raison de la possibilité qu’elle soit une mère potentielle. Les chiffres font bondir, notamment ceux de décembre dernier du Forum économique mondial qui, dans son rapport annuel sur la parité, souligne que l’égalité salariale entre les hommes et les femmes ne sera atteinte que dans deux siècles !

Ces motifs de discrimination ne peuvent vous être appliqués ? Vous avez pu souffler ? Méfiez-vous, cela ne signifie pas que vous êtes sorti d’affaire puisque l’apparence, l’origine ethnique et la religion sont également les motifs de discrimination les plus cités par les salariés européens. Selon le baromètre du défenseur des droits publié en septembre dernier, l’origine – « réelle » ou « supposée » – serait le principal facteur – avec le genre — de discrimination au travail en France. Les comportements handiphobes et homophobes ne sont d’ailleurs pas en reste. En outre, votre situation est d’autant plus critique si votre profil cumule ce qui est considéré encore comme des « handicaps » ! Ainsi, comme le soulignait le Défenseur français des droits sur la discrimination dans l’emploi en mars de l’année dernière : mieux vaut être un homme blanc âgé de 35 à 44 ans et avoir des enfants de plus de six ans ! Mais le pire dans tout ça c’est que, malheureusement, personne n’est surpris.

Camille Saulas

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