Economie

Dollar fort : quelles conséquences ?

dollar_1Pendant les quinze derniers mois, le dollar a gagné plus de 30% contre l’euro, s’appréciant globalement de plus de 15%. Quelles sont les causes de cette évolution ? Quels impacts la situation peut-elle engendrer aux États-Unis, au sein de l’Union européenne, et finalement dans les pays émergents ? Éléments de réponse avec le britannique Adam Slater, du cabinet Oxford Economics.

La hausse récente du dollar, établie à 15%, a entraîné une montée en monnaies dévaluées des indices boursiers européens et japonais. Aussi, l’euro a chuté face au dollar d’à peu près 30%. L’économiste Adam Slater du cabinet Oxford Economics nous éclaire : « Nous pensons que la force acquise par le dollar au cours de l’année dernière est principalement le résultat d’une performance économique divergente et de positions faisant partie de la politique monétaire entre les États-Unis et d’autres économies avancées, notamment la zone euro et le Japon. L’économie américaine s’est renforcée et la Réserve fédérale a commencé à préparer le terrain pour relever les taux d’intérêt plus tard cette année. Parallèlement à cela, une croissance assez faible combinée à des risques de déflation a incité les autorités monétaires de la zone euro et du Japon à assouplir leur politique monétaire. En conséquence, l’écart entre les taux d’intérêt du marché américain et ceux de la zone euro et du Japon s’est creusé. La perspective d’une hausse des rendements américains semble également avoir éloigné les capitaux des pays émergents ».

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Adam Slater.

La force actuelle du dollar n’est bien entendu pas sans conséquences. Ainsi, ses impacts sont selon les pays aussi bien positifs que négatifs en termes de croissance économique, de pouvoir d’achat, ou encore de balance import-export. Pour M. Slater, « aux États-Unis, l’appréciation du dollar semble avoir freiné la croissance économique avec le recul à la fois des exportations et des investissements. Néanmoins, le consommateur américain a de quoi rester optimiste puisque les États-Unis devraient encore afficher une nette croissance, légèrement inférieure à 3%, cette année et l’année prochaine. La force du dollar signifie également une certaine tendance à la baisse pour l’inflation américaine, même si elle est assez limitée du fait que ce ne soit pas une économie très ouverte ». Il poursuit en analysant l’impact sur l’UE : « Pour l’UE, la hausse du dollar est essentiellement positive, car elle donne un coup de pouce aux exportateurs européens vers le marché américain ainsi que vers les marchés tiers, ce qui représente une amélioration de la compétitivité et de la balance commerciale. Toutefois, la hausse du dollar représente aussi pour les pays de la zone euro une légère hausse des prix à l’import, mais cet effet a été compensé par l’effondrement des prix du pétrole. »

Finalement, les conséquences d’un dollar plus fort semblent moins reluisantes pour les pays émergents : « Un dollar fort peut frapper les pays émergents à travers plusieurs canaux : en tirant vers le bas les prix des produits de base, et donc en endommageant les exportations et la balance extérieure ; en réduisant les entrées de capitaux et en resserrant les conditions monétaires domestiques à travers un niveau de liquidités bancaires et l’application de taux d’intérêt internes plus élevés (particulièrement risqué pour les pays ayant déjà une forte inflation) ; en générant des effets de bilannégatifs, ce qui augmentera le fardeau de la dette libellée en dollars due par les pays émergents ; et en déclenchant un cycle de surendettement dans les pays émergents fortement endettés », détaille l’économiste britannique.

Il semble donc que les États ayant le moins à gagner d’une hausse du dollar soient les pays émergents. Effectivement, les facteurs de risque auxquels ils devront alors faire face sont multiples : le stock de la dette extérieure, les flux de capitaux et taux d’intérêt, les prix des matières premières, les prix enregistrés dans les bilans, et, enfin, le processus de désendettement de la dette privée. Par conséquent, quelles seraient les mesures concrètes à prendre afin de contrer ces risques, ou tout du moins de minimiser leur impact ? D’après M. Slater, « les banques centrales peuvent être à même de prendre des mesures afin de rendre plus aisé l’accès au dollar en liquidité, et, par conséquent, d’éviter des dépréciations monétaires très exagérées résultant d’une préférence pour le dollar en liquide. Ces mesures comprennent la mise en place d’accords swap avec d’autres banques centrales – cela renvoie à des lignes réciproques de crédit à long terme entre la Réserve fédérale et 14 banques centrales étrangères, mais également avec la Banque des règlements internationaux. Il est également judicieux d’essayer de décourager les emprunts à court terme en devises étrangères, en particulier via des entreprises sans couvertures naturelles en dollars. Les pays avec de grandes réserves de change peuvent par ailleurs essayer de lisser l’impact de la hausse du dollar par l’intervention de la devise, mais cela peut devenir un jeu dangereux s’il est poussé trop loin. Finalement, pour certains pays avec une faible inflation, réduire les taux d’intérêt intérieurs est également une option pouvant diminuer le risque de surendettement ».

Les semaines à venir nous en diront plus sur cette situation du dollar dans laquelle chacun ne trouve pas son compte. Un touriste américain voyageant à Paris, Madrid ou Rome pourra profiter de ses vacances à un prix assez doux. À l’inverse, le patron d’une entreprise exportant des produits Made in America bénéficiera quant à lui nettement moins de la situation ; qui plus est, en l’espace de quelques mois, la compétitivité de son entreprise s’est écroulée.

Sara Ben Lahbib

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