International, Politique

Donald Trump au Bureau ovale, un réveil douloureux

Après un an et demi de campagne électorale intense qui a suscité un grand intérêt, nombreux sont ceux qui dans le monde se sont réveillés mercredi 9 novembre dans la stupeur. Celui que les médias et les observateurs qualifiaient d’outsider a créé la surprise. Contre toutes attentes, Donald Trump sera le prochain président des États-Unis. 2016-11-09-22-30-24On croyait à une mauvaise blague tant il semblait improbable que l’homme de 70 ans aux multiples frasques remplace Barack Obama. Huit ans après avoir élu le premier président américain noir. La rupture est nette, la régression déplorable, et le changement risque d’être violent.

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La soirée fut longue, mais, qu’on le veuille ou non, la carte des États-Unis s’est peu à peu colorée en rouge alors que les marchés se sont affolés pour finalement se calmer peu à peu le lendemain.

La lutte fut serrée. Au départ, Trump distançait d’ailleurs de très peu la candidate démocrate. Tout s’est joué dans les régions rurales et dans deux États fédéraux : le Michigan et le Wisconsin, deux États d’habitude donnés aux démocrates. Mais pas cette année. Dans la nuit, le Michigan et le Wisconsin ont finalement viré au rouge. Tout était alors fini. Il n’y aura pas de femme à la tête de ce pays qui se dit le grand promoteur des droits de l’Homme, de l’égalité et de la démocratie.

Plus frustrant encore c’est qu’au suffrage universel direct, Hillary Clinton serait devenue la première femme à la tête des États-Unis puisque c’est elle qui a gagné le vote populaire en récoltant 47,7% des voix contre 47,5 % pour Donald Trump !

Malgré tout, dans le système électoral américain, basé sur le suffrage universel indirect, ce qui compte c’est le nombre de grands électeurs. Or, le magnat de l’immobilier en a remporté 290, lui assurant une victoire écrasante puisqu’il n’en avait besoin que de 270 pour se retrouver dans le bureau ovale.

Notons le fort taux d’abstention qui n’a pas aidé la candidate démocrate. Selon les premiers chiffres de l’Elections Project, le taux de participation s’élève qu’à 54,2%… Mordez-vous les doigts, vous qui ne vous êtes pas déplacés pour aller voter, pour dresser une barrière, un mur, pour contrer tout ce que représente Donald Trump : le sexisme, la xénophobie, le racisme, la haine … Grâce à vous, c’est ce populiste aux propos réducteurs, intolérables et vulgaires qui a remporté la victoire.

Mais, avouons-le, le faible taux de participation aux élections n’est pas le seul facteur qui a porté Donald Trump au pouvoir. S’il a eu tant de succès, c’est aussi, car son discours a fait échos chez une grande partie des Américains – blancs, mais pas seulement -. Ceux qui ont donné leur voix à Donald Trump se sont reconnus dans ses propos, fatigués de l’establishment, des guerres systématiques, de l’idée que les États-Unis sont le « gendarme du monde », épuisés des crises financières, et portés par l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie et, pour certains, de retrouver un emploi. C’est ainsi que tous les sondages ont été démentis.

La défaite a été douloureuse pour les démocrates qui estimaient que la partie était déjà gagnée. Malgré son sourire, l’ex-secrétaire d’État qui n’a finalement pas détruit le plafond de verre auquel se heurtent encore de trop nombreuses femmes a fait preuve de dignité quand elle est finalement sortie de son mutisme pour se prononcer sur les résultats électoraux dans la journée du 9 novembre : « Donald Trump sera notre président, il mérite que nous lui laissions une chance de se réaliser ». Sous les applaudissements, Hillary Clinton était vraisemblablement très émue : « Faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour faire avancer les causes et les valeurs qui nous sont chères : protéger notre pays, notre planète et abattre les barrières qui empêchent les Américains d’accomplir leurs rêves ». Elle en a aussi profité pour conclure cette longue course sur un message d’espoir envers les jeunes générations et particulièrement envers les jeunes femmes.2016-11-09-13-16-17Le 9 novembre, des manifestations se sont déroulées à travers tout le pays, réunissant des milliers d’Américains qui refusent ce verdict, manifestent leur désarroi et leur colère. Déjà mardi soir, ils étaient nombreux ceux qui ne pouvaient retenir leurs larmes alors qu’ils s’attendaient à fêter la victoire de leur candidate. Ce sont eux qui sont désormais dans la rue et qui sur les réseaux sociaux ont remplacé leur photo de profil pour un carré noir sous-titré du message #TwitterBlackOut et #NotMyPresident. Mercredi soir, dans les rues, des drapeaux américains ont été brulés et des Américains se sont affrontés verbalement à coup de propos racistes et haineux.2016-11-09-13-10-39La société américaine est plus divisée que jamais. Certains pensent tout bonnement à quitter le pays pour rejoindre le Canada. Durant la nuit du 8 au 9 novembre, le site de l’immigration du Canada a d’ailleurs « crashé » du fait du nombre d’Américains qui se rendaient dans la panique sur celui-ci.

Dans la journée, Donald Trump s’est lui aussi exprimé mercredi matin, et contre toute attente a voulu apaiser, rassurer et réunir le pays en déclarant qu’il serait « le président de tous les Américains ».2016-11-09-13-07-18

Quant à celui qui reste encore le locataire de la maison blanche jusqu’au 20 janvier prochain, il a félicité Donald Trump pour sa victoire et l’a invité à venir à la maison blanche afin de préparer la transition. Il n’a pas manqué non plus d’appeler celle qu’il a défendue durant cette longue campagne afin de faire part à Hillary Clinton de son « admiration » pour tout ce qu’elle a accompli. Le président américain s’est aussi exprimé sur le perron de la Maison-Blanche et a souligné le travail de celle qui a subi un revers douloureux : « Je suis très fier d’Hillary Clinton. Elle a mené une vie extraordinaire, en tant que candidate démocrate. Je suis très fier d’elle », avant d’ajouter à l’intention des citoyens américains et particulièrement aux citoyennes et aux jeunes : « C’est la première fois qu’une femme était candidate. C’est un message à toutes les femmes : vous pouvez viser les postes politiques les plus élevés […] Pour les jeunes, je voudrais leur dire de ne surtout pas baisser les bras, ne devenez pas cyniques, vous pouvez faire la différence »

L’onde de choc a frappé de nombreux pays, chefs d’État et sociétés civiles. François Hollande a peiné à camoufler son inquiétude : « Le peuple américain a élu Donald Trump. Je le félicite comme il est naturel entre deux chefs d’États démocratiques. Cette élection ouvre une période d’incertitudes. Je dois l’aborder avec lucidité et clarté. Les États-Unis constituent un partenaire de tout premier plan. Ce qui est en jeu, c’est notamment la paix, la situation au Moyen-Orient. Sur tous ces sujets, j’engagerai sans tarder une discussion avec la nouvelle administration américaine, mais je le ferai avec vigilance et franchise, car certaines positions  prises par  Donald Trump pendant la campagne doivent être confrontées aux valeurs et aux intérêts que nous partageons avec les États-Unis […] Nous devons trouver les réponses, elles sont en nous et elles doivent justement être capables de dépasser les peurs, mais aussi de respecter les principes qui nous fondent: la démocratie et le modèle social ».

En revanche, ces résultats ont fait le bonheur de certains et notamment de Marine Le Pen qui n’a pas hésité à envoyer ses félicitations au futur président américain, et ce avant même que les résultats définitifs soient annoncés.

Il y a 27 ans, jours pour jours, le mur de Berlin tombait… Aujourd’hui, de façon tragique, de nouveaux murs sont sur le point de se dresser.

Camille Saulas

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