International, Politique

Donald Trump en quête de renouveau

 

En chute dans les sondages, critiqué dans son propre camp, le candidat républicain tâche de se composer un programme et une image reposant sur autre chose que des sorties provocantes. Une inflexion tardive qui pourrait bien se révéler insuffisante.Donald_Trump_New_Hampshire_Town_Hall_(cropped)Comportement inédit pour l’homme d’affaires le plus médiatisé des États-Unis : Donald Trump a exprimé, devant les caméras, des regrets pour certains des propos qu’il a tenus ces derniers mois. Quant à savoir lesquels, c’est une autre histoire – tant la fréquence des polémiques engendrées par ses paroles est haute. Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine s’est récemment trouvé sous le feu de critiques plus virulentes que d’habitude, à la suite de ses attaques envers la famille d’un jeune Américain musulman mort en Irak, ou encore à cause de propos ambigus pouvant être interprétés comme un appel au meurtre de sa concurrente, Hillary Clinton.

C’est que la stratégie de rendre coup sur coup a des limites : l’équipe de campagne d’Hillary Clinton l’a bien compris, et profite de ses réactions d’amour-propre quasi instantanées pour le décrédibiliser. « Un homme que l’on peut appâter avec un tweet n’est pas un homme à qui l’on peut faire confiance sur les armes nucléaires », a asséné Hillary Clinton à Philadelphie.

Remis en cause dans son propre camp – une cinquantaine de fonctionnaires des administrations Reagan et Bush père ont publié une lettre le désignant comme potentiellement le « président le plus dangereux de l’histoire américaine » –, le milliardaire peine à remonter la pente. La principale attaque concerne son ignorance en matière de sécurité, beaucoup d’ex-responsables de ce domaine figurant parmi les signataires.

Un tournant dans la campagne ?

Les préoccupations du camp républicain semblaient tourner ces dernières semaines autour des moyens de rendre ce candidat bien peu orthodoxe présidentiable – notion très floue faisant appel tant à la crédibilité d’un programme qu’à une certaine stature de leader responsable. C’est en tout cas la direction que prennent les efforts de la nouvelle équipe de campagne de Donald Trump – après un deuxième remaniement en deux mois –, et probablement le sens à donner à ces soudains remords, quand le candidat avait auparavant plutôt l’habitude de nier ses propos.

Un sondage Reuters/Ipsos du mardi 23 août révèle en effet l’ampleur des difficultés que traverse le prétendant à la Maison-Blanche. 33 % des intentions de vote iraient en sa faveur, contre 45 % pour son adversaire démocrate. Pour expliquer sa soudaine descente, Donald Trump a ressorti le discours propre à la frange la plus conservatrice des républicains depuis Barry Goldwater, qui consiste à conspuer le monde des médias, supposément acquis aux démocrates. « Annoy the media, vote… » peut-on lire régulièrement sur les badges de campagne du parti républicain. Cette dénonciation d’un « système » qui manipulerait les consciences trouve en général un écho important au sein de la base électorale conservatrice.

Autre stratégie, peut-être plus constructive, bien que peu efficace jusqu’à présent : rallier des électorats que le candidat a jusqu’à présent soit froissés soit simplement laissés de côté. L’homme d’affaires tâche par exemple de se réconcilier avec l’électorat féminin, qui lui est a priori peu acquis après ses différentes sorties sur le physique des femmes et sur la manière appropriée de punir un avortement. Il a notamment proposé une mesure de déduction fiscale des frais de garde d’enfants. Sa tentative de rallier l’électorat noir a pour l’instant surtout suscité les sarcasmes, le milliardaire s’étant contenté d’énumérer les fléaux touchant la communauté noire (« vos écoles sont mauvaises », « 58 % de votre jeunesse est au chômage »…), avant de conclure sur un enthousiasmant : « qu’est-ce que vous avez à perdre ? »

Des sujets de prédilection qui persistent

Pour autant, l’homme d’affaires n’a pas renoncé à toutes ses marques de fabrique. Un sondage du Pew Research Center du 18 août, comparant les préoccupations des électeurs de Clinton et de Trump, a en effet mis en valeur la prédominance de l’immigration et du terrorisme dans les sujets les plus cités par les sympathisants républicains, là où les inégalités sociales et l’environnement prennent davantage de place chez les démocrates.

Attentif aux attentes de son électorat, Donald Trump a donc continué sur sa lancée en ce qui concerne le sujet des immigrés, agitant par exemple le spectre du migrant venant prendre le travail des mains de l’Américain auprès de la communauté noire. Son premier spot publicitaire télévisé, dévoilé tardivement, est un clip sécuritaire associant Hillary Clinton à l’immigration clandestine et au désordre, par opposition au retour à la sécurité que marquerait l’élection de Donald Trump.

Ses efforts pour se détacher de son image de caractériel imprévisible ne suffisent pourtant pas à convaincre tout le monde : dernièrement, c’est sur la santé mentale même du candidat que se sont portées les remarques, certains psychiatres avançant que le milliardaire est le type même de la personnalité narcissique. Assiste-t-on alors à l’épuisement d’une figure iconoclaste, que les observateurs se sont acharnés à prédire pendant des mois, à tort, lors de la primaire ? Il reste à trouver un discours plus net sur de nombreux sujets, le candidat pouvant se montrer très flou, voire contradictoire, sur les sujets d’économie et de société.

Zoé Lastennet

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