International, Politique

Donald Trump face à Joe Biden dans un premier débat télévisé pas comme les autres

Aux États-Unis, les élections présidentielles se tiendront le 3 novembre 2020, soit dans presque un mois. Cependant, l’année électorale avait d’ores et déjà commencé en février dernier avec les primaires démocrates et républicaines. Pour le camp républicain, peu de suspense, c’est évidemment Donald Trump qui a été choisi pour briguer un second mandat. Aux États-Unis, aucun président sortant n’a perdu le soutien de son camp depuis 1884. Pour le parti démocrate, les candidats étaient nombreux, pas moins de 21 au départ de la course à l’investiture. C’est finalement Joe Biden qui a fini par remporter cette primaire et représenter ainsi le camp démocrate. Les deux candidats se sont affrontés dans un débat télévisé ce mardi 29 septembre à Cleveland. 

Un « shitshow » 

La journaliste américaine de CNN, Dana Bash, a résumé le premier débat présidentiel de « shitshow ». En français, cela se traduirait par « spectacle de merde ». Le langage est certes grossier, mais résume assez bien les avis unanimes face à ce premier débat qui a opposé les deux candidats à la Maison-Blanche. 

Pendant 90 minutes, les Américains ont eu le droit à un échange ponctué de coupures de parole, d’insultes et d’attaques personnelles. Ce qui n’a pas facilité la tâche au journaliste de Fox News, Chris Wallace. Ce dernier a dû arbitrer des échanges tendus et agressifs à l’image de cette phrase lancée par Joe Biden : « avez-vous la moindre idée de ce que ce clown est en train de faire ? », ou encore « tu vas la fermer mec ? ». À son tour, Donald Trump a lancé des attaques contre son adversaire : « En 47 mois, j’ai fait plus que vous en 47 ans », « Il n’y a rien d’intelligent en vous ». Le locataire de la Maison-Blanche a également de nouveau dépeint son adversaire comme une marionnette de la « gauche radicale ». 

Malgré de nombreuses tentatives de modération lors du débat par Chris Wallace, de multiples questions de fond n’ont reçu comme écho que des réponses floues. Ce fut le cas de la question autour de la stratégie officielle contre la pandémie. Pour rappel, les États-Unis enregistrent plus de 200 000 décès sur 6,9 millions de cas recensés dans le pays, selon le bilan de référence de l’université Johns Hopkins, sise à Baltimore. Les États-Unis figurent donc parmi les pays les plus touchés au monde, mais se retrouvent avec deux candidats septuagénaires qui se chamaillent en direct comme dans une cour de récréation. 

Un débat a l’image d’un pays plus divisé que jamais 

L’un des moments les plus marquants de cette rencontre est certainement le moment où le journaliste Chris Wallace a demandé au président Donald Trump s’il était prêt à condamner les suprématistes blancs. Le président sortant a alors donné une réponse trouble et hésitante avant de déclarer : « OK Proud Boys, reculez et tenez-vous prêts », avant d’ajouter « mais je vais vous dire, on doit faire quelques choses au sujet des antifas ». Cet épisode a mis en lumière les divisions liées à la question raciale déjà présentes au sein du pays. 

On se souvient tous de la mort de George Floyd, une affaire de violence policière américaine remontant au 25 mai dernier lors de laquelle cet homme noir est décédé. Cette mort a déclenché une vague d’indignation à travers le monde, et surtout aux États-Unis où les manifestations se sont multipliées un peu partout alors même que la consigne donnée était de rester à la maison à cause de la crise sanitaire. 

Le président américain a contribué à faire monter la pression lorsque des émeutes ont éclaté en publiant, comme à son habitude, des tweets du type : « si des pillages commencent, on commencera à tirer ». Une phrase employée par le chef de police de Miami lors des violences raciales des années 1960 en Floride. La plateforme Twitter avait à ce moment-là masqué les tweets pour « apologie de la violence ». 

C’est dans ce contexte de trouble que des groupes de l’alt-right tels que les « Proud Boys », qui ne cessent de gagner en popularité, se sont opposés aux « Antifas ». Les Proud Boys se décrivent comme des « chauvinistes occidentaux » qui « refusent de s’excuser d’avoir créé le monde moderne ». La fermeture des frontières, le droit aux armes à feu et la vénération de la femme au foyer sont des « valeurs » défendues par ce groupe qui devient incontournable lors des rassemblements antiracistes aux États-Unis face aux Antifas. Ce collectif « Antifa » est utilisé par plusieurs et différents groupes de façon informelle. Ce qui distingue ce groupe, c’est leur action directe contre l’extrême droite qui peut parfois aller jusqu’à la destruction de biens matériels et la violence physique. Les deux camps sont donc prêts à employer la violence. Certains spécialistes vont jusqu’à craindre une montée en puissance des violences dépassant la simple révolte ou insurrection, mais bel et bien une guerre civile dans le pays. 

Le débat de ce mardi 29 septembre est loin d’avoir apaisé les tensions dans le pays.

Que dit ce débat pour la suite des élections présidentielles ? 

L’autre sujet brulant de ce débat, c’est l’intégrité de l’élection. Le candidat démocrate s’est engagé à reconnaitre le résultat tandis que le président Trump a de nouveau joué l’ambiguïté quant au respect du processus démocratique : « on pourrait ne pas connaître [les résultats] avant des mois ». 

Alors que, en raison de la crise sanitaire, les votes par voie postale risquent d’augmenter, ce qui pose des problèmes de logistique et potentiellement un retard de l’annonce des résultats, Donald Trump ne cesse de dénoncer le vote par voie postale qui, selon lui, favorise la fraude — une affirmation qui n’a jamais été prouvée — et est bénéfique au candidat Joe Biden. Selon BPC (Bipartisan Policy Centre), entre 50 et 70 % des bulletins pourraient être déposés par correspondance, une pratique qui serait davantage utilisée par les électeurs démocrates. 

Il est donc possible que l’on ne connaisse pas les résultats définitifs le soir des élections même si des résultats initiaux, non officiels, seront publiés. Si les résultats préliminaires sont favorables à Donald Trump, il pourra annoncer sa victoire et contester l’ensemble des autres résultats qui relèveraient pour ce dernier de la « fraude ». Ainsi, le transfert de pouvoir sera compliqué et pourrait prendre des jours, voir des semaines. 

En attendant l’élection, les deux autres débats présidentiels sont prévus les 15 et 22 octobre.

Lamia Bensid 

1 Comment

  1. Lou

    Bel article

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