International, Politique

Donald Trump ou l’épine dans le pied à l’influence américaine

Depuis quelques mois, l’image des États-Unis ne cesse de se dégrader. C’est le constat d’une enquête du Pew Research Center, un think tank indépendant de Washington, rendu public le 26 juin dernier, qui évalue la popularité des présidents de trente-sept pays dans le monde. En cause : le 45e président américain. Les résultats de l’étude du Pew Research Center sont sans appel : l’image qu’exportent désormais les États-Unis est on ne peut plus négative dans de nombreux pays du monde. Depuis le changement d’administration, 51% des personnes sondées portent un regard négatif sur les États-Unis et 74% des 20 447 répondants répartis sur les cinq continents ne voient pas le président américain d’un bon oeil.

En haut du classement, l’Espagne semble le pays où l’on émet le plus de doutes quant à la capacité du nouveau président à « prendre la bonne décision » quand il est question des affaires internationales (92%). Ce sentiment est partagé chez tous les alliés traditionnels des États-Unis, à commencer par la Suède (90%), l’Allemagne (87%), le Mexique (93%), mais aussi la France (86%) et le Canada (75%). Ses deux voisins, le Canada et le Mexique, n’ont jamais été si circonspects face à un locataire de la Maison-Blanche depuis 2002.

Une image qui dénote clairement avec celle qui transparaissait sous l’administration Obama puisque 64% des personnes interrogées répondaient avoir « confiance » dans le 44e président américain à la fin de son second mandat. Mais, après son départ, la situation s’est inversée : ils n’étaient plus que 22% à avoir confiance en D. Trump qui se classe derrière ses homologues russe (27%) et chinois (28%). Ainsi, en seulement quelques mois, la situation s’est dégradée de façon catastrophique à une vitesse incroyable. En cause : la personnalité et la politique du sulfureux magnat de l’immobilier. Mais cette situation pourrait bien avoir des conséquences tangibles sur la dynamique des relations internationales.

Si Donald Trump a une si mauvaise image – la pire enregistrée depuis 2008 sous George W. Bush -, cela n’est pas un hasard, mais s’explique au contraire par le rejet que suscite sa personnalité. « Arrogant » (75%), « intolérant » (65%), ou encore « dangereux » (62%), voilà les qualitatifs qui sont attribués au nouveau président. Des traits de personnalités qui transparaissent sur sa politique ; et c’est bien là tout le problème. Son projet – toujours au point mort – de construire un mur à la frontière avec le Mexique suscite le rejet à travers le monde avec 76% d’avis négatifs, tandis que son comportement envers les traités commerciaux internationaux ne suscite guère plus d’engouement. Que dire de sa politique anti-immigration et notamment de son fameux muslim ban qui a engendré l’indignation à travers le monde. À cela s’ajoutent les scandales à répétition et la violence politique qui caractérise le début de son mandat, tant d’éléments qui ne donnent pas une image de Donald Trump sous son meilleur jour. Finalement, sa sortie de l’Accord de Paris aura été la dernière pierre posée à l’édifice de son impopularité.

Les slogans tels « Make America Great Again » ou « America First » que Donald Trump a tant rabâché durant sa campagne s’éloignent toujours plus et se voient rapidement remplacés par les libellés « Make America Small Again » et « America Alone ». Car quand le visage de la première puissance mondiale suscite tant de rejet, c’est l’image et l’influence américaine qui en pâtit comme le prouve le faible niveau d’opinion favorable envers la version américaine de la démocratie dans le monde (46%). C’est d’ailleurs ce qui inquiète de nombreux géopolitologues américains, dont Frank G. Wisner, un ancien diplomate, qui explique dans les colonnes du Washington Post : « L’opinion publique mondiale compte parce qu’elle détermine en partie l’engagement des dirigeants étrangers en faveur des intérêts américains ».

La défiance envers Donald Trump s’exprime déjà chez les chefs d’État à travers le monde qui ont du mal à se faire à cette nouvelle diplomatie américaine qui se fait à coup de tweets, de remarques virulentes et de revirements inattendus. Cela s’est exprimé lors des Sommets de l’OTAN et du G7, mais aussi durant le Sommet du G20 où l’on n’a pu passer à côté des regards gênés et des sourires nerveux d’Angela Merkel, mais aussi de Justin Trudeau, soit les chefs d’État de deux alliés traditionnels des États-Unis. Le président américain est alors apparu en décalage et isolé en raison de cette méfiance qu’il suscite et que l’on retrouve aussi chez ses partenaires sud-américains, asiatiques et africains. Seul le président français, Emmanuel Macron, qui espère encore convaincre le sulfureux président américain, garde la porte ouverte à la discussion comme le démontre la présence du septuagénaire novice en politique aux célébrations du 14 Juillet. Et ce pragmatisme lui a été grandement bénéfique dans la mesure où la France dépasse aujourd’hui largement les États-Unis en terme de soft power selon une nouvelle étude publiée par l’université de Californie du Sud, en association avec le cabinet de conseil en communication Portland.

Quoi qu’il en soit, le fond du problème mis en exergue par l’enquête du Pew Research Center est que Donald Trump mine le leadership international des États-Unis tandis que le pragmatisme français, mais surtout « l’effet Macron » a permis de voler la vedette à Washington sur la scène internationale. Quant aux autres États, ils vont devoir composer avec le président de ce qui est encore la première puissance mondiale et qui reste un interlocuteur incontournable dans le concert des nations.

Camille Saulas

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *