International, Politique

Donald Trump piétine tout

Le lendemain de l’annonce américaine de se retirer de l’UNESCO, Donald Trump a estimé qu’il était bon de cumuler les âneries. Vendredi 13 octobre, ce dernier a annoncé, après des mois de menaces, qu’il était temps de faire tomber le couperet sur l’accord iranien au risque de briser le fragile équilibre qu’il existait encore sur une scène internationale plus volatile que jamais.La nouvelle n’est malheureusement pas une surprise. Depuis le début de sa campagne électorale, le 45e président des États-Unis ne se prive pas de fustiger l’accord sur le nucléaire conclu par son prédécesseur Barack Obama en juillet 2015 qu’il fallait selon lui « déchirer ». La tension autour de ce sujet n’a eu de cesse de s’accentuer depuis plusieurs semaines comme l’illustre parfaitement le discours du magnat de l’immobilier à la tribune des Nations unies en septembre dernier.

Après avoir accepté de certifier à deux reprises l’accord conclu entre l’Iran et le Groupe des Six, depuis plusieurs semaines, Donald Trump menaçait de ne pas respecter le dicton « jamais deux sans trois ». Estimant que c’était le « pire accord qui soit », le locataire de la Maison-Blanche a encore une fois pris une décision désastreuse.

Car, malheureusement, l’accord avec l’Iran n’est pas un traité, mais un plan d’action qui doit suivre une procédure bien particulière aux États-Unis : tous les 90 jours, le président doit certifier au Congrès que la République islamique d’Iran respecte l’accord.

Conscient de son pouvoir – et plutôt ravi de son petit effet -, le président américain a déclaré vendredi dans une allocution à la Maison-Blanche : « Cet accord permet à l’Iran de continuer à développer certains éléments de son arsenal nucléaire (…) Le régime iranien a commis des violations multiples de l’accord. Quel est le sens d’un accord qui ne fait que retarder la capacité nucléaire pour une courte période ? Ceci est inacceptable pour le président des États-Unis ». Des propos en pleine contradiction avec le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais qui ont aussi été tout de suite réfuté par le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, qui a de nouveau assuré que « les engagements dans le domaine nucléaire pris par l’Iran dans le cadre » de l’accord sont respectés.

Mais Donald Trump est buté. L’accord sur le nucléaire iranien ne sera donc pas certifié et les sanctions à l’encontre des Gardiens de la révolution seront « dures », a prévenu le président américain. Le Congrès a désormais 60 jours pour se prononcer sur un éventuel rétablissement des sanctions à l’encontre de Téhéran – qui, on le sait, sont une véritable ineptie – levées à la suite de la conclusion de l’accord seront de nouveau d’actualité. Mais Donald Trump, qui estime avoir tous les droits, est bien décidé à garder la main estimant que « dans l’éventualité où nous ne serions pas capables de trouver une solution en travaillant avec le Congrès et nos alliés, alors l’accord prendrait fin. Il est sous examen permanent et notre participation peut être annulée par moi, en tant que président, à tout moment ».

Heureusement, certaines personnes semblent encore avoir la tête sur les épaules. C’est le cas de Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, qui n’a pas tardé à réagir à ce qui ressemble bien trop à des menaces de la part de Donald Trump : « Le président des États-Unis a beaucoup de pouvoirs, mais pas celui-là (…) A ma connaissance, aucun pays au monde ne peut mettre fin seul à une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a été adoptée, et adoptée à l’unanimité ».

Du côté de l’Iran, le président Hassan Rohani n’a pas manqué de sarcasme : « Apparemment, il ne sait pas que cet accord n’est pas un accord bilatéral entre l’Iran et les États-Unis », tandis que la Russie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et la Chine (signataires de l’accord) sont ulcérés par cette décision. En revanche et sans surprise, l’Arabie saoudite tout comme Israël saluent la « décision courageuse » de l’Administration américaine.

Berlin, Londres et Paris, à l’origine de l’accord sur le nucléaire iranien, se serrent les coudes. Condamnant la décision américaine dans une déclaration commune, les trois capitales ont affirmé rester : « engagées dans la mise en œuvre pleine et entière de l’accord ». Bien décidés à sauver l’accord sur le nucléaire, les chefs d’États européens, par l’intermédiaire de leurs corps diplomatiques, tentent de convaincre le Congrès de prendre la bonne décision. Le président français, Emmanuel Macron, s’est quant à lui entretenu avec le président iranien qui l’a invité à Téhéran, ce qui constituerait une première depuis la révolution de 1979.

Moscou et Pékin voient en cette décision une nouvelle source de déstabilisation de la région.

Enfin, comme si cette annonce ne suffisait pas à révulser et à faire trembler les partisans de cet accord ainsi que ceux qui croient encore aux vertus de la paix, il a fallu que Donald Trump opte pour un discours on ne peut plus belliqueux en qualifiant le régime iranien de « dictatorial », de « scélérat et fanatique », mais aussi de « principal parrain du terrorisme dans le monde ».

Mais ne serait-ce pas plutôt le président américain la véritable menace à la paix et à la sécurité internationale ? Quoi qu’il en soit, voilà encore une décision funeste qui, si elle est suivie du rétablissement des sanctions, pourrait au contraire pousser Téhéran à revoir ses ambitions quant à l’acquisition de l’arme nucléaire, et ce même si, pour le moment, le président chiite a certifié que l’Iran continuera à respecter l’accord tant qu’il répondra à ses intérêts.

Camille Saulas

 

 

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