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Dossier : les Turcs boudent-ils les centres de fitness ?

Les Turcs auraient-ils plus d’entrain pour gravir les marches des gradins et scander des slogans à l’intention de leur équipe de cœur, que pour suer dans des centres de fitness ? Si l’offre d’établissements de remise en forme augmente rapidement, le nombre de pratiquants peine à suivre le même rythme. 1, 2, 3, 4, on respire, et on se lance !

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Arnold Schwarzenegger, fort comme un Turc ?

La Turquie est un pays où le sport occupe une grande place. On ne doute plus de l’enthousiasme des supporters turcs, toute génération et tout sexe confondus, dans le stade et en dehors, pour clamer leur soutien à leur équipe favorite à coup de chants entonnés à l’unisson, de chorégraphies millimétrées et, occasionnellement, d’échauffourées et dérapages. Selon le récent rapport de l’Union turque des agences de voyage (TÜRSAB), la Turquie attire même de nombreuses compétitions internationales : elle en serait le 14ème pays d’accueil avec par exemple 550 000 sportifs étrangers reçus l’an dernier.

Mais qu’en est-il de la pratique sportive des Turcs au quotidien ? Rappelons au passage qu’elle est un objectif constitutionnel. « L’Etat prend des mesures pour développer la santé physique et morale des citoyens turcs de tout âge, encourage la pratique des sports par tous et soutient les sportifs brillants », mentionne l’article 59 de la loi fondamentale turque.

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Parts de marché du secteur du fitness en Europe. Source : Deloitte, 2013.

Un premier regard du côté de la fréquentation des centres de fitness n’est pas très encourageant. Le marché de la remise en forme en Turquie croît certes à un rythme constant de 5% par an, se chiffrant en 2015 à près de 368 millions de dollars (environ 1 milliard de livres turques), mais il ne représente que 0,5% d’un marché mondial qui pèse 84 milliards de dollars. Selon une étude du cabinet de consultants Deloitte, en Europe le marché du fitness turc est supérieur aux marchés belge et polonais, il équivaut au marché suisse mais est inférieur aux marchés français, allemand et surtout britannique, leader sur le continent. Avec 1 550 établissements, la Turquie n’est pas en reste. Mais ceux-ci ont en moyenne 277 adhérents contre 600 environ dans les pays développés. Ces salles sont de plus confrontées à une clientèle qui abandonne vite : seulement 25% des abonnés le sont pour une durée longue (plus de six mois).

Comment expliquer ces désertions rapides ? Pour Orhan Koral, PDG du réseau de centres de fitness Sports International cité par le quotidien Hürriyet, on a moins affaire à une clientèle qui se lasse rapidement qu’à des pratiquants qui attendent d’avantage de services de la part des centres : « La plupart des salons en Turquie ne font que 1 000 mètres carrés. Aux heures les plus fréquentées vous devez patienter et vous ne pouvez pas faire beaucoup d’activités. Aux Etats-Unis la moyenne est de 45 000 mètres carrés, ce qui évite les pertes de temps et conduit à une hausse de fréquentations ». De plus, il observe une importante demande d’activités encadrées par un coach : « Les pratiquants sont désormais à la recherche d’établissements avec un « esprit de club ». Les activités collectives sont privilégiées par rapport aux ateliers individuels. »

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Taha Akgül, champion du monde 2014 de lutte libre.

C’est vrai que la pratique sportive en Turquie est d’abord une affaire de groupe. Ainsi, d’après le ministère de la Jeunesse et des Sports, le nombre de licenciés des fédérations sportives a presque triplé entre 2007 et 2014, passant de 1,2 millions à 3,4 millions. Certes, c’est la Fédération d’échec qui possède le plus grand nombre d’adhérents (455 867) après la Fédération de football (environ 600 000), mais d’autres fédérations se défendent bien : le taekwondo (329 294), le basket-ball (255 957) et le volley-ball (222 600) se situent même devant la Fédération de lutte (103 446), sport traditionnel pourtant bien ancré.

Et il faut également souligner que les centres de fitness sont pour l’instant concentrés dans les très grandes agglomérations comme Istanbul, Izmir ou encore Ankara. Réussiront-ils à s’implanter dans des villes de dimension installations-sportivesplus réduite, où de nombreuses installations ont été aménagées dans les parcs publics par les diverses municipalités ? Il est vrai que l’abonnement reste un investissement : entre 100 TL et 250 TL par mois dans un établissement avec ou sans piscine. Mais l’ambiance de groupe et l’encadrement par un entraîneur formé séduiront peut-être la clientèle turque. D’ailleurs, si on se réfère à l’étude Deloitte, le secteur du fitness ne fait que débuter en Turquie : avec un taux de pénétration mesurant la couverture d’un marché de 2%, il est loin de la moyenne européenne de 8,5%. 1,2,3,4, on souffle, et on recommence !

Damien Lannaud

2 Comments

  1. katkimojonsnow83

    Bel article et surtout belle photo. Schwarzy en force.

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