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Dossier Nisman : les Argentins veulent savoir

 Une marche silencieuse s’est tenue hier mercredi 18 février à Buenos Aires pour honorer la mémoire du procureur argentin Alberto Nisman, qui a été retrouvé mort d’une balle dans la tête il y a exactement un mois. Si les enquêteurs pensent au suicide, beaucoup d’autres évoquent un assassinat visant à étouffer une affaire vieille de 20 ans impliquant les services secrets iraniens.

nisman

Un peuple silencieux mais pas crédule

400 000 personnes selon la police métropolitaine, 50 000 selon la police fédérale. Quoiqu’il en soit, la marche silencieuse organisée en hommage à Alberto Nisman a rassemblé une foule considérable. Le procureur de 52 ans a été retrouvé mort chez lui le 19 janvier, tué d’une balle de revolver de calibre 22. Si les enquêteurs optent pour l’instant plutôt pour la thèse du suicide, une partie de l’opinion n’est pas convaincue, et pense plutôt, tout comme la famille du mort, à un assassinat. Les révélations d’une femme ayant assisté au début de l’enquête semblent également aller dans ce sens ; cette dernière a dit avoir été choquée par le manque de professionnalisme des enquêteurs, qui touchaient sans précaution aux affaires de Nisman, et ont par exemple laissé le concierge se servir de la cafetière du défunt. Selon elle, il y avait sur place une cinquantaine de personnes qui faisaient ce qu’elles voulaient et touchaient à nisman1tout. Voilà qui remet en question la neutralité des agents du gouvernement.

En effet, Nisman n’avait pas que des amis dans les hautes sphères du pouvoir. L’an dernier, il avait accusé Cristina Kirchner, chef de l’État argentin, et son ministre des affaires extérieures Hector Timmerman, d’avoir entravé l’enquête menée sur les attentats de 1994 au siège de l’association juive AMIA, attentats qui avaient tué 84 personnes et en avaient blessé 230. Le lendemain, Nisman devait présenter au Parlement un rapport sur l’affaire.

Les attentats comme point de départ de l’affaire Nisman

Le procureur était depuis le début chargé du dossier des attentats de 1994. En 2006, il avait accusé le gouvernement iranien d’être à l’origine des attentats, et avait demandé des mandats d’arrêt internationaux pour huit hauts dirigeants iraniens, parmi lesquels l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani et l’ex-patron des services secrets Ali Fallahian. Pour Nisman, les attaques avaient été perpétrées par le Hezbollah sur demande iranienne en raison de la décision de l’Argentine d’interrompre ses ventes de technologies nucléaires à l’Iran. Il soupçonnait le président argentin de l’époque Carlos Menem d’avoir protégé un suspect, et Cristina Kirchner d’avoir « décidé, négocié et organisé l’impunité des terroristes iraniens en fuite » dans le but de « fabriquer l’innocence de l’Iran » et par là-même de rétablir les relations commerciales qui avaient par le passé eu lieu entre les deux pays.

Effectivement, l’enquête piétinait depuis ses débuts et avait été compromise par de nombreuses irrégularités ayant mené à l’inculpation, et dans certains cas au licenciement ou à la condamnation de policiers. Plusieurs acquittements avaient cependant été prononcés, à ce qu’il semble un peu légèrement.

Le mystère de la mort de Nisman n’est donc pas le seul qui demande toujours à être percé.

Pas d’extradition pour Mario Alfredo Sandoval

 

sandovalLa Cour de cassation a annulé hier le jugement qui avait été rendu par la Cour d’appel de Paris et qui avait décidé de l’extradition de Sandoval vers l’Argentine. Le Franco-Argentin et ex-policier serait impliqué dans l’affaire de l’enlèvement de Hernan Abriata, étudiant sous la dictature et ayant disparu en 1976. Sandoval, qui est réclamé par la justice argentine depuis 2012, nie toute allégation de séquestration, torture et meurtre malgré les suspicions qui l’entourent. Réfugié en France depuis la chute de la junte, il a été naturalisé français en 1977.

Sandoval n’en a cependant pas fini avec la justice, puisque l’affaire doit être renvoyée devant la cour de Versailles.

Victoria Coste

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