International, Politique, Société

Douce Méditerranée…

C’est août… Le mois des plaisirs estivaux. Après la déplaisante expérience du coronavirus qui poursuit son emprise sur nous, une trêve, de préférence sur les côtes de la merveilleuse Méditerranée, serait bienveillante…

Ce serait des privilèges inégalables de contempler la jonction entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée à partir du Cap Spartel à Tanger, l’unique point au monde où l’on peut s’adonner à une telle activité ; d’arpenter le fameux Las Ramblas, cœur de la très chic capitale catalane Barcelone ; de savourer une bouillabaisse traditionnelle dans les rues perdues du Vieux Port à Marseille ; de faire une croisière entre la kyrielle des îles grecques en passant par l’envoûtante Lesbos et la belle Rhodes ; de siroter un délicieux expresso à Gênes ou de déguster une pizza à Naples ; de (re)découvrir la Bibliothèque d’Alexandrie ; de goûter la fraîcheur du thé à la menthe dans la ville bleue, Sidi Bou Saïd ; de se perdre dans l’histoire et les civilisations dans la ville empire Istanbul ; de plonger dans les eaux cristallines égéennes de Burhaniye ou d’Ayvalık ; d’explorer les vestiges et le temple grandioses de Baalbek au Liban, ce pays exceptionnel ; de profiter des plages à la Copacabana de Tel-Aviv…

Et j’en passe, car la Méditerranée c’est tout cela, mais multiplié par une éternité de richesses et de splendeurs. Néanmoins, le but de cet article n’est surtout pas de faire l’éloge de l’un des plus beaux endroits du monde. En effet, cette mer historique entourée par 23 pays, et à laquelle on peut ajouter par similitude le Portugal, la Bulgarie, la Macédoine du Nord, la Roumanie, le Kosovo, la Serbie, Saint-Marin, Andorre et la Jordanie, est aujourd’hui menacée par plusieurs crises politique, humanitaire et existentielle. 

La situation en Libye se détériore du fait de l’intervention des pays hors de la région — comme les États-Unis, les Émirats arabes unis (EAU), l’Arabie saoudite et la Fédération de Russie —, causant la radicalisation des fronts soutenus par des pays méditerranéens adverses comme la Turquie et l’Italie pour le gouvernement légitime de Tripoli, mais aussi comme la France et l’Égypte pour « l’Armée nationale libyenne » du maréchal Khalifa Belqasim Haftar Alferjani. Par contre, les voisins de la Libye tels la Tunisie et l’Algérie ont pour l’instant adopté une attitude plus réservée vis-à-vis de la crise, et craignent une recrudescence des affrontements armés et la possible contagion sur leurs propres territoires.

Sur les rives orientales, la crise syrienne, bien que perçue comme surmontée, est loin d’aboutir à une solution pacifique satisfaisant toutes les parties de la société syrienne. Ici aussi, des ingérences étrangères ne facilitent pas la tâche, mais enveniment la situation. 

Le conflit éternel israélo-palestinien est bien sûr la plaie la plus grave sur le corps de la Méditerranée. 

Par ailleurs, l’on ne peut pas négliger les nouveaux centres de tensions qui résultent des recherches et de possibles exploitations des ressources énergétiques de la Méditerranée orientale, opposant d’une part la Turquie, la République turque de Chypre du Nord et — dans une moindre mesure — la Libye à la France, la Grèce, Chypre du Sud, l’Égypte, la Palestine. Les deuxièmes bénéficient parfois de l’appui d’Israël et du Liban.

Ce tableau ne peut être complet sans mentionner la rivalité historique entre la Turquie et la Grèce autour de la mer Égée et les îles, ou encore les tensions concernant le statut de Gibraltar — territoire britannique autonome, mais revendiqué par l’Espagne —, les divergences et les affrontements entre les États balkaniques, et enfin les aspirations indépendantistes en Catalogne et en Corse.

Mais j’oubliais, il existe une organisation très ambitieuse qui affirmait renforcer la coopération entre tous les pays riverains de la Méditerranée ! Est-ce que je me trompe ? Elle s’appelle, d’une façon très prétentieuse, l’Union pour la Méditerranée (UpM)… En effet, l’UpM a été créée en 2008 avec le concours de 43 États membres à la suite du Processus de Barcelone. Le but de ce qui se voulait une collaboration euro-méditerranéenne était le développement de toutes les rives de la Méditerranée. Malheureusement, cette organisation est restée assez passive à la suite des développements atroces qui ont ébranlé la stabilité méditerranéenne récemment.

J’ai un rêve. Comme tout le monde. Je crois fortement que les problèmes méditerranéens doivent et peuvent être résolus par les Méditerranéens eux-mêmes. Car ces populations ont un passé millénaire commun, quelles que soient leurs nationalités ou leurs religions. Un Tunisien peut mieux s’entendre avec un Turc ou un Français qu’avec un Koweïti par exemple, pourtant arabe comme lui. Avec l’annihilation des extrémismes de tous côtés et la valorisation d’une approche pragmatique pour leurs intérêts communs, les peuples méditerranéens peuvent cohabiter et surmonter leurs divergences.

Pour cela, je suggérerais la création d’une « vraie » Union méditerranéenne sans le fardeau — si j’ose dire — des membres de l’UE qui ne sont pas riverains de la Mare Nostrum… 

Eren M. Paykal

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