Société

Le droit de dire des bêtises

Au lendemain de l’incendie qui s’est déclaré le 15 avril dernier, les Unes des journaux se ressemblaient :

La désolation, La Voix du Nord ; L’impensable, Le Télégramme ; Une catastrophe française, Le Bien Public ; Notre Drame, Courrier Picard, Libération et La Provence ; Notre drame de Paris, Charente Libre ; Notre-Dame des larmes, Aujourd’hui en France ; Les cœurs en cendres, La Croix ; Le Désastre, Le Figaro ; La tragédie de Paris, Les Échos ; Notre-Dame, notre histoire, Le Monde…

La France et le monde étaient sous le choc ; personne n’imaginait une catastrophe de cette ampleur. Le monde a regardé en direct et pendant des heures l’incendie qui a brulé 850 ans d’Histoire, le symbole de la France et le monument emblématique de Paris. L’incendie a ravagé le toit de la cathédrale à qui Victor Hugo, en 1831, rendait hommage dans son roman connu mondialement qui porte le nom de cet édifice.

« Sur la face de cette vieille reine de nos cathédrales, à côté d’une ride on trouve toujours une cicatrice. Tempus edax, homo edacior. Ce que je traduirais volontiers ainsi : le temps est aveugle, l’homme est stupide.

Si nous avions le loisir d’examiner une à une avec le lecteur les diverses traces de destruction imprimées à l’antique église, la part du temps serait la moindre, la pire celle des hommes, surtout des hommes de l’art. Il faut bien que je dise des hommes de l’art, puisqu’il y a eu des individus qui ont pris la qualité d’architectes dans les deux siècles derniers. »[i]

Le Président de la République, Emmanuel Macron, et des milliers de curieux ont assisté de prêt à la montée des flammes qui ont rapidement dévoré la toiture de l’une des plus grandes œuvres gothiques mondiales dans l’incapacité de faire quoi que ce soit.

Plusieurs interrogations, comme « pourquoi les Canadairs ne sont pas utilisés ? », n’ont pas pu avoir d’écho.

Le lendemain, des discussions ont été lancées et, souvent, des bêtises ont été prononcées. La stupidité et l’indifférence ainsi que la colère se sont exprimées. Les commentateurs ont commencé à dire n’importe quoi !

– Il faut totalement la raser et bâtir une nouvelle église moderne

– Il faut la laisser telle quelle, sans rien toucher, et refaire une nouvelle cathédrale à côté

– Il faut changer la structure du toit et il est inutile de remplacer la flèche.

Comme je le disais dans le titre de cet éditorial, nous sommes libres de dire des bêtises, mais pas lorsqu’il s’agit d’un bâtiment unique au monde qui est visité par plus de 16 millions de personnes par an.

Une des rares bonnes décisions de M. Macron a été d’annoncer, dès le lendemain de l’incendie, la reconstruction de ce grand monument en cinq ans.

Pour certains, cela semble impossible. Pourtant, en France et dans le reste du monde, il existe des entreprises spécialisées dans la restauration de monuments historiques. Chaque partie de l’entreprise de restauration devra être confiée à une seule organisation et il sera nécessaire de coordonner le tout par le biais d’une société qui sera responsable du montage et de l’assemblage.

Mon avis, comme celui de beaucoup d’autres, est de rebâtir fidèlement Notre-Dame.

Hüseyin Latif, Directeur de publication

[i] Victor Hugo, Notre Dame de Paris, le chapitre 1 du livre 3.

 

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