Société

Durex fait l’apologie du tourisme sexuel en Ukraine

Coutumier des coups d’éclats médiatiques, le groupe féministe Femen ne manque pas une occasion de dénoncer les atteintes aux droits des femmes. Cette fois, c’est aux campagnes publicitaires controversées de la société Durex auxquelles les activistes s’attaquent. Le 5 août dernier, lors du match de football Turquie-Ukraine, la marque de préservatif a diffusé un slogan invitant explicitement les Turcs à utiliser les produits Durex au cours de leurs escapades sexuelles en Ukraine.

Couv 1 FEMEN

« Nous sommes avec vous en Ukraine ». Le message a le mérite d’être claire et il a pour commanditaire la marque de préservatif Durex. La société, leader mondial en la matière, n’y est pas allée par quatre chemins pour toucher les consommateurs turcs. Mercredi dernier, au cours d’un match de barrage de la Ligue des Champions opposant le club turc de Fenerbahçe à la formation ukrainienne du Shakhtar Donetsk, les téléspectateurs ont ainsi pu découvrir un message publicitaire appelant ni plus ni moins les hommes turcs à choisir les préservatifs Durex pour profiter des plaisirs sexuels qui incitent chaque année plusieurs milliers de touristes à rejoindre l’Ukraine.

« « Nous sommes avec vous en Ukraine ». Durex promeut le tourisme sexuel auprès des Turcs lors d’un match de football », a immédiatement dénoncé sur les réseaux sociaux Inna Shevchenko, la très médiatique présidente des Femen.

Photo 1 twit Femen

Ukrayna’da Yanınızdayız: « Nous sommes avec vous en Ukraine ».

Un discours relayé ensuite sur le compte Facebook de l’organisation, qui a accusé la multinationale de tirer avantage d’un commerce sexuel entachant la réputation du pays : « Le tourisme sexuel en Ukraine est un commerce monstrueux qui détruit le destin de millions de femmes. Non seulement en Ukraine mais aussi dans toute l’Europe de l’Est, ce  fléau des sociétés patriarcales permet d’abuser du corps des femmes pour le simple plaisir ou profit », s’est indigné le groupuscule féministe. Et d’ajouter : « Les Turcs ne trouveront pas leurs actes si étranges après avoir vu ce genre de campagne publicitaire faisant l’éloge de « la chasse sexuelle » dans un pays instable où les femmes sont amenées à devenir soit des épouses, soit des prostituées. »

L’Ukraine : plaque tournante du tourisme sexuel

Parmi les nombreux thèmes animant la contestation des Femen, la prostitution occupe sans aucun doute une place centrale. Créé en 2008 à Kiev, le groupe militant, adepte d’un féminisme radicale, a dans un premier temps puisé ses racines idéologiques dans une société ukrainienne machiste et patriarcale. Véritable fléau, la prostitution est devenue en Ukraine un passage obligé pour une génération de jeunes femmes émancipées de la tutelle autoritaire du régime soviétique.

Ainsi, depuis l’éclatement du bloc de l’Est en 1989 et la proclamation de l’indépendance ukrainienne deux ans plus tard, environ 500 000 femmes auraient tenté leur chance à l’étranger selon les autorités. Chiffre accablant : plus d’une femme sur cinq serait tombée dans le piège de la prostitution. Le plus souvent en quête d’un emploi, la plupart se font duper en devenant la propriété d’un proxénète.

Déracinées, sans contact avec le monde extérieur, rares sont celles qui finissent par retrouver leurs familles après plusieurs années d’un interminable cauchemar. La récession économique, la situation géographique du pays ou encore le chômage qui frappe majoritairement les femmes constituent, à vrai dire, les principales causes du problème. Conséquence parmi d’autres, semble-t-il, d’une transition économique et sociale encore inachevée pour cet ancien pays satellite du géant soviétique.

Photo 2 Femen en turquie

Le 30 mars 2012, des Femen avaient manifesté dévêtues dans un bureau de vote stambouliote pour s’opposer à la politique du gouvernement.

En Turquie, la prostitution ukrainienne a pris une envergure nouvelle ces dernières années. On estime à 5 000 le nombre de prostituées ukrainiennes exerçant sur le sol turc, dont un peu moins de la moitié dans la ville d’Istanbul (2000).

Inversement, le nombre de citoyens turcs en voyage en Ukraine pour satisfaire leur appétit sexuel n’a fait qu’augmenter ces dernières années. Si aucun chiffre officiel n’est disponible, il semblerait que le phénomène soit conséquent en comparaison du nombre de prostituées ukrainiennes qui arpentent les trottoirs turcs.

Matéo Garcia

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