Economie

Économie : une situation qui s’éclaircit en 2015

Présentée depuis près d’une décennie comme un des chefs de file des pays émergent, la Turquie voit depuis ces dernières années le vernis de son « miracle économique » légèrement se ternir. Depuis 2014 notamment, rares sont les indices économiques porteur d’espoir à l’image de la récente dépréciation de la livre turque et l’instabilité chronique de la bourse d’Istanbul. Mais, à la différence de la plupart des vieilles puissances industrielles, cette économie phare du Moyen-Orient peut se targuer de posséder des perspectives de croissance bien plus réjouissantes.

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Tortueux et poussif, l’impressionnant développement du pays en aurait étonné plus d’un il y a de cela à peine trente ans. Considérée comme une puissance vaincue au terme de la Première Guerre mondiale, la jeune République de Turquie érigée dans les cendres de l’Empire ottoman, paraissait peu armée pour espérer peser un jour au niveau international.

Mais c’était sans compter sur la période charnière des années 1980, lorsque profitant du succès d’une politique économique libérale et avant-gardiste, le pays devint une puissance régionale incontournable aux yeux des États occidentaux.

À peine initié, « le miracle économique » s’est ensuite confirmé au début des années 2000, le pays atteignant même jusqu’à 9,4% de croissance en 2004, un des taux les plus élevés du monde. La crise des subprimes importée des États-Unis en 2008 fut d’ailleurs relativement clémente avec l’économie turque qui, malgré un léger recul de son activité, est repartie de 9,2% en 2010.

2010-2014: une inflexion aux origines multiples

Signe de son impressionnante vigueur, la crise financière internationale de 2008 a eu des effets limités sur l’économie du pays. En effet, peu friandes des titres financiers à risque à l’origine de la récession mondiale, les banques turques, contrairement à leurs homologues européennes, ont réussi à faire bouclier.

Même affectée en 2009, la croissance du pays a ensuite connu un formidable regain de forme l’année suivante, sans pour autant résoudre l’ensemble des problèmes économiques structurels. Ceux-ci deviennent même plus pressant en 2012: les mauvais résultats du PIB, dont l’augmentation est bien plus faible que prévue, marque le coup d’arrêt d’une croissance qui était jusque là exponentielle.photoeco4

Obligé de s’expliquer, le ministre de l’Economie de l’époque, Zafer Çağlayan, face à l’inquiétude du gouvernement, s’empresse de fustiger la politique frileuse de la banque centrale accusée de freiner la croissance en rehaussant les taux d’intérêt. Depuis, les prévisions des économistes turcs ont toujours fait fausse route.

Le tournant de décembre 2013

Point d’orgue d’une année marquée par les contre-performances économiques, en décembre 2013, un scandale de corruption sans précédent fait vaciller le gouvernement en place. Le Pemier ministre d’alors, Recep Tayyip Erdoğan, affronte un scandale de corruption retentissant.

Les effets sur le système économique du pays ne se font pas attendre: les marchés financiers plongent et la monnaie nationale connaît un de ses plus bas historiques le mois suivant, en janvier 2014.

Inédite par son ampleur, l’affaire se révèle extrêmement délétère pour l’attractivité du pays dans la mesure où elle affecte deux des piliers stratégiques à l’origine du « miracle économique turc ». D’une part, la stabilité politique permise par l’arrivée au pouvoir de l’AKP qui a instauré un cadre propice à la sûreté des investissements. D’autre part, le milieu des affaires dont les connivences avec le parti de centre-droit sont bien connues.

En dépit des purges massives du Gouvernement dans la police et la justice pour faire croire à un complot, le pays perd la confiance des investisseurs. En moins d’un an c’est plus de 20% de baisse qu’enregistre le secteur boursier.

Les indices économiques ne sont pas non plus épargnés : la croissance si prolifique des dernières années chute brutalement. 2014 enregistre ainsi une des croissances les plus faibles de la dernière décennie, avoisinant les 2,5%.

Les conséquences des élections législatives de juin 2015

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C’est dans une conjoncture économique difficile et un contexte politique historique que se sont tenues les élections législatives de juin 2015. Malgré un bilan économique honorable sur les 13 années passées à présider aux destinées du peuple turc, l’AKP et son co-fondateur le président Erdoğan, doivent composer, à la veille du scrutin, avec une situation économique délicate.

Principale contributrice à la production intérieure, la consommation des ménages, gangrenée par une inflation forte, peine en effet à retrouver son dynamisme face à des taux d’intérêt élevés ainsi que les dépréciations régulières de la livre turque.

Les effets sur la marché de l’emploi ne sont pas non plus négligeables : si le pays enregistre une croissance bien supérieure à de nombreux pays, son taux de chômage situé aux alentours des 10%, n’a rien à envier à certains des États occidentaux les plus en difficultés. Mais alors que le pire semble passé, dès le lendemain des élections, la défaite du parti de la majorité engendre de néfastes retombées économiques pour le pays. Les inquiétudes des investisseurs se font jour en même temps que les possibilités d’une coalition gouvernementale.

À peine la séance est-elle ouverte lundi matin, que la bourse d’Istanbul dévisse de 8%, un recul qui vient se rajouter au plongeon abyssal de l’indice de plus de 14% depuis le début de l’année. Le cours de la livre turque n’est pas non plus à la fête en ce début de semaine ; la devise retrouve les taux de change historiquement bas de janvier 2014.

Enfin, appelée à la rescousse, la Banque centrale apparaît très vite démunie. Bien que certaines de ses mesures allègent la pression pesant sur les banques commerciales, une augmentation des taux d’intérêts sera sans doute un passage obligé.

Faut-il pour autant tirer un trait sur la croissance économique qui avait fait la fierté du gouvernement Erdoğan? À l’évidence, un retour à la situation prospère des années 2000 semble une tâche ardue, mais des perspectives encourageantes laissent encore croire à une méforme passagère.

2015 : l’année du renouveau ?

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La morosité des dernières années est-elle vouée à évoluer ? À en croire les prévisions de certainséconomistes plusieurs phénomènes peuvent laisser optimistes. D’abord, la baisse programmée des coûts énergétiques devrait contribuer à réduire l’inflation et un déficit courant dont l’amoindrissement serait bienvenu dans un pays où le taux d’épargne, de 14,5% tout de même, reste insuffisant pour assurer le développement économique.

De plus, la baisse des taux d’intérêts de la Banque centrale turque, devant en théorie compléter cette dynamique, permettrait de réduire la dépendance de la Turquie envers les capitaux étrangers.

C’est d’ailleurs ce phénomène qui est à l’origine de l’accroissement démesuré de la dette extérieure du pays (396,8 milliards de $ en 2014) alors même que celui-ci possède un déficit public quasi nul et une dette souveraine peu inquiétante qui se résorbe même depuis 2013 (36,3% du PIB en 2013, 34,9% en 2014).

Outre le peu d’inquiétude que soulève l’état des finances publiques, 2015 devrait aussi voir la réalisation de bonnes opérations commerciales pour le pays. L’embargo de la Russie destiné aux produits importés des États-Unis et d’Europe profitera sûrement aux exportations de produits alimentaires turcs et, par là, même à la production agricole qui constitue une part importante du revenu national.

De même, la décision de construire un gazoduc via la mer Noire afin de faciliter l’importation du gaz russe, ainsi que le projet récent de recourir à des centrales thermiques, occasionneraient des économies financières d’échelle.

Seule ombre au tableau, la politique protectionniste que la Réserve fédérale américaine s’obstine à préserver. Très restrictive sur les modalités d’acceptation des capitaux étrangers, elle laisse présager une volatilité de la livre turque encore d’actualité pour 2015. Un handicap pour les entreprises du pays pour lesquelles la croissance des exportations reste le seul moyen d’acquérir des parts de marché au niveau international.

Matéo Garcia

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