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Edouard Philippe nommé Premier ministre

Alors que Emmanuel Macron est officiellement le nouveau Président de la République depuis dimanche, les Français attendaient que le nom du Premier ministre soit enfin dévoilé. C’est chose faite. Lundi, le huitième président de la Ve république a décidé qu’Edouard Philippe résiderait à Matignon.

Comme l’avait promis Emmanuel Macron, il n’a dévoilé le nom de son Premier ministre qu’après son investiture. Alors que de nombreux noms circulaient dans les couloirs – Christine Lagarde, Édouard Philippe, ou encore Anne-Marie Idrac, Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé, Jean Yves Le Drian, Gérard Collomb, mais aussi François Bayrou -, nombreux sont les observateurs politiques qui pensaient qu’E. Macron allait encore nous surprendre.

Secret de polichinelle

Si Emmanuel Macron a fait un choix peu « traditionnel », la décision de prendre Édouard Philippe comme Premier ministre n’est aujourd’hui plus vraiment une surprise.

En effet, depuis plusieurs jours, tous les médias ne parlaient que de cet homme qui n’a jamais été député, mais qui fut un rocardiste.

Même du côté de la droite traditionnelle – Les Républicains -, la nomination potentielle de Philippe Édouard commençait à en énerver plus d’un et à créer des dissensions.

Philippe Édouard, un juppéiste locataire de Matignon

Le nouveau Premier ministre est né à Rouen, en 1970. Comme Emanuel Macron, il a étudié à Sciences Po et fait l’ENA.

Durant sa scolarité à Sciences Po, il milite pendant deux ans au sein du Parti socialiste (PS) pour Michel Rocard, à l’époque Premier ministre de François Mitterrand. Il rend cependant sa carte du PS à la suite de l’éviction de Michel Rocard, déçu de ce qu’il a vu au PS et de l’attitude de François Mitterrand face à son ancien chef de gouvernement.

Edouard Philippe vogue progressivement vers la droite et l’ancien maire du Havre, Antoine Rufenacht. En 2002, il se rapproche d’Alain Juppé et participe à la création de l’UMP. Deux ans plus tard, il rejoint le privé alors qu’Alain Juppé a été condamné à 18 mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs du RPR.

Finalement, en 2007, il repart sur le terrain politique sous la présidence de Nicolas Sarkozy, et intègre le cabinet d’Alain Juppé lorsque celui-ci est nommé ministre de l’Écologie de François Fillon.

Il rejoint de nouveau le privé en 2008 et devient directeur des Affaires publiques d’Areva. En 2010, il est élu maire UMP du Havre, maintenant Les Républicain. Il est également député.

En 2016, il fait partie des porte-parole d’Alain Juppé à la primaire de la droite. Après la défaite de ce dernier, il soutient François Fillon, avant de se retirer à la suite des affaires de ce dernier.

Edouard Philippe, un choix judicieux ?

Le nouveau Président français devait ici faire un choix stratégique. S’il manque encore 149 candidats dans la liste d’investiture aux législatives sous l’étiquette du mouvement d’Emmanuel Macron, ce n’est pas une surprise. Si certaines circonscriptions n’auront pas de candidats LRM, certains politiciens de droite – Lemairistes et juppéistes -, estimant que leur ralliement avait pour condition le choix d’un Premier ministre venant de leur camp politique, attendent encore que soit prononcé le nom du prochain locataire de Matignon.

Mais le choix d’Edouard Philippe est-il judicieux ? Force est de constater que comme dans tout en politique, tout n’est ni entièrement blanc ni entièrement noir.

L’homme de 46 ans incarne à merveille ce renouvellement tant promis par Emmanuel Macron tout en ayant une expérience politique. Surtout, il devrait permettre un ralliement de certains des Républicains pour les législatives. Mieux, Emmanuel Macron sort ici son joker pour faire exploser définitivement la droite déjà mal en point.

Nous devrions dès lors bientôt savoir quels sont Les Républicains qui, par opportunisme politique ou par réel engagement pour la France – laissons-leur le bénéfice du doute -, choisiront de se parer des couleurs de La République en marche pour les législatives ou décideront de rejoindre le gouvernement d’Emmanuel Macron.

Néanmoins, côté symbolique, certains sont déçus de constater qu’il n’y aura toujours pas de femme à Matignon. Mais, plus important encore, certains estiment qu’Edouard Philippe pourrait manquer de stature notamment en raison de son changement d’orientation politique.

Enfin, il ne faut pas oublier que les relations entre M. Philippe et le nouveau Président sont complexes. Durant la primaire et jusqu’à l’entre-deux-tours de la présidentielle, le nouveau Premier ministre ne se gênait de critiquer son futur patron : candidat des médias, manque d’expérience politique… tout y passait. Puis, comme tout bon homme politique qui se respecte, quand il a senti le vent tourner, il a changé son fusil d’épaule en chantant les louanges d’Emmanuel Macron.

Quoi qu’il en soit, une chose est sure : ce quinquennat débute sur chapeaux de roues et les intrigues et stratégies politiciennes ne manquent pas. La formation du gouvernement d’Emmanuel Macron en sera certainement la prochaine incarnation, mais, derrière la stratégie, nous verrons si son gouvernement reflètera ou non ce renouvellement et ce rassemblement que le nouveau Président désire tant.

Solène De Faria Conto et Camille Saulas

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