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Édouard Philippe

En août, j’ai lu le troisième livre d’Édouard Philippe, intitulé « Des hommes qui lisent ».[1]

Édouard Philippe est le vingt quatrième Premier ministre de la Ve République qui a débuté en 1958 avec la nomination de Charles de Gaulle à ce même poste.

Arrière-petit-fils de docker et cégétiste, le nouveau Premier ministre français a grandi dans une maison sans télévision, mais avec beaucoup de livres et de jouets. Ainsi la famille disposait de temps libre pour lire et discuter. Il considère, comme Jean-Paul Sartre, qu’on l’avait « programmé (…) pour être un homme de ‘mots’ ». Actuellement, il élève ses enfants comme il a vu faire ses parents.

« Mon entrée dans la lecture a ainsi été datée, comme s’il s’agissait d’une forme d’acte officiel. Né en 1970, entré en lecture en 1976, bachelier en 1988. »

Il écrit à propos de son père qu’« il était cultivé, malade et passionné par l’éducation. Et il aimait déjà Dante. » À peine savait-il lire que son père le faisait venir à son bureau pour lui faire lire Dante à haute voix.

* * * *

« Le livre était sacré chez mes parents. (…) J’ai lu bien des livres avant de me rendre compte que j’aimais lire. (…) J’ai donc grandi avec des livres. »

Il écrit dans la préface de son livre, intitulé « L’Enfer », qui est aussi la première partie de ce roman :

« Les hommes relient les livres, avec du fil et du papier d’abord, puis maintenant avec l’aide de machines, il m’apparaît de plus en plus nettement que les livres relient aussi les hommes. »

* * * *

Quant à moi et mon père :

« Je me souviens, comme si c’était hier, quand mon père, employé de café İbrahim Usta, qui avait été contraint d’abandonner l’école primaire en deuxième année, m’a appris comment il fallait se servir d’un stylo. C’était un soir d’hiver, dans l’appartement numéro six de l’Italyan Apartmani, à Yeldeğirmeni, dans le salon meublé avec soin, chauffé au charbon, mon père était à un coin de table et moi à l’autre. Mon père s’entêtait à me montrer comment tenir le stylo ; mais rien ne me renterait dans le crâne. Il l’avait certainement appris de l’oncle de ma mère. Qui sait, peut-être voulait-il me transmettre la passion qu’avait Hafız Rıfat Bey pour la plume. »[2]

Plusieurs écrivains m’ont influencé dans ma vie : Tahsin Yücel, Osman Necmi Gürmen, Stefan Zweig, Amin Maalouf, Çetin Altan, Füruzan, Hüseyin Rahmi Gürpınar, Orhan Kemal, Paulo Coelho, Yiğit Okur, Selim İleri et Mihail Şolohov… Ce sont eux qui, quand arrive la nuit, me viennent immédiatement à l’esprit, de façon désordonnée et disparate. J’ai eu l’occasion de connaître personnellement certains d’entre eux ; pour d’autres, je les connais à travers leurs mots, leurs phrases.

Je connais personnellement Osman Necmi Gürmen, l’auteur de Râna. Il occupe pour moi une place toute particulière.

La distinction, la modestie, la prescience et la langue turque de Tahsin Yücel étaient au premier plan. Je suis très souvent allé chez ces deux grands écrivains. J’y ai bu le thé, j’ai goûté les cakes et les biscuits préparés par leurs épouses.

J’ai eu l’occasion d’écouter et de m’entretenir avec Çetin Altan, Selim İleri et Yiğit Okur. Sans oublier cette conversation avec Yaşar Kemal à propos de Fenerbahçe…

Même si, dans les années 2000, j’ai sombré dans l’abîme du chagrin d’amour et dans la profondeur de la haine à cause de ses fils, Çetin Altan, l’écrivain favori de mes premières années de jeunesse, était un grand écrivain.

Avec Stefan Zweig, j’ai vécu l’ambition des politiciens et les intrigues des coulisses du pouvoir dans les années qui ont suivi la Révolution française.

J’ai rêvé des étoiles avec Hüseyin Rahmi Gürpınar, et avec Orhan Kemal de la collusion entre la politique et la combine…

Avec Amin Maalouf, j’ai compris combien j’ai raison d’aimer Mustafa Kemal. C’est comme si je m’étais assis au fauteuil numéro 29 de Claude Lévi-Strauss à l’Académie française.

J’ai admiré Füruzan et Paulo Coelho pour leur approche des femmes et de la liberté.

Et il y a tant à dire à propos de Michel Houellebecq !

Et qui y a-t-il encore dans ma bibliothèque ? Paul Auster, Jean-Paul Sartre, Albert Camus et les autres classiques…

Près de trois mille livres, dont certains sont à Paris, certains chez moi, d’autres dans mon bureau au journal. Certains sont empilés sur ma table de travail, les uns à côté des autres…

En les regardant, je me vois moi-même. Tous ces livres ont été choisis avec soin, achetés un à un. Les pages de certains d’entre eux n’ont même pas encore été ouvertes afin de pouvoir les savourer lors d’occasions très spéciales.

La voici, ma bibliothèque, qui éveille en moi tantôt la souffrance, tantôt la curiosité, la joie ou la tristesse, mais surtout du plaisir, et qui fait de moi l’un des millions d’amoureux des livres. En la regardant, je vois le monde, je vis mes sentiments jour et nuit.

* * * *

Actuellement, dans l’un des plus grands pays du monde, il y a depuis le 15 mai 2017 un Premier ministre écrivain, qui aime les livres. Qui lit des livres, écrit des romans…

« Lorsque je regarde ma bibliothèque, je vois ce que j’ai appris et une bonne partie de ce que j’aime. Ces livres m’ont construit. (…) Une bibliothèque est comme le “lieu de mémoire” de notre existence. »

Que dois-je écrire encore ? Un homme qui lit, écrit !

Dr Hüseyin Latif, Directeur de publication

[1] Editions Jean-Claude Lattès, Paris, 2017.

[2] Hüseyin Latif, Yazarın Defteri, Bizimavrupa Yay. İstanbul, 2016, s. 24.

2 Comments

  1. Mina Tansel

    Yazarlarınızdan biri olan Füruzan’ın size selamı var! Onunla 40 yıllık arkadaşlığımız da kitaplarla başlamıştı. Bugün beni aradı. İnternetteki bir sürü ıvır zıvıra karşın bugün çok ilginç bir şey gördüğünü söyledi. Sizin yazınızın edebiyattan; İstanbul’dan söz ettiğini belirterek Fransızca bilmediği için benden okuyup çevirmemi rica etti. Açıp baktım, telefonda okudum, çevirdim. Size şunları yazmamı istedi: « 40 yıllık bir yazar olarak adım çok yerde geçer, ama listenizde benim adımın anılması çok özel ve benim için çok yüksek bir değer taşıyor. » İkimiz de hem Edouard Philippe’le ilgili yazdıklarınızı çok ilginç, hem de babanızla olan ilişkinizi çok etkileyici bulduk. Bu yazıyı belki de Fransızca yazacağımı düşünerek benden yazmamı istemişti. Sonuçta özel bir yazı olduğu için belki de Türkçe yazmak iyi oldu. Ayrıca, bu nedenle sitenizden haberim olduğu için de sevindim; kutlarım. Sıra sizi yazdığınız kitaplarla tanımaya geldi 🙂

    • Hüseyin Latif

      Mina Hanım size ve Füruzan Hanımefendiye çok teşekkür ederim.
      Bu sabah güzel hoş bir sürprizdi bana hitaben yazdıklarınız.
      Ben de Fransız Başbakanının edabiyatla ilgisini bilmiyordum. Bu üçüncü kitabı sayesinde biraz daha yakından tanıma olanağım oldu. Yazımda bahsetmediğim önemli konu Edouard Philippe’in eserinde sevdiği ve okunması gerektiğini dile getirdiği yazarlara yer vermiş olması.
      Ben de ondan esinlenerek, ona özenerek yazımda sevdiğim önemli yazarlara yer verdim. Füruzan Hanım kuşkusuz 70’ler sonrası Türkiyesi’nin en önemli kadın yazarlarının en önünde gelmekte. Daha lise yıllarımın başında okuduğum Benim Sinemalarım, 47’liler aklımdan çıkmayan eserlerin başında gelmekte

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