Société

Éducation : les résultats des examens d’admission au lycée reportés pour un million d’élèves

Hier, mercredi 24 juin 2015, le ministère de l’Éducation a annoncé un retard dans la publication des résultats du TEOG, un examen obligatoire pour tous les élèves souhaitant intégrer le lycée, en raison d’une plainte déposée contre une question du test. Le million d’élèves qui attendait avec impatience les résultats devra donc prendre son mal en patience.

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Le ministère de l’Éducation a annoncé aux élèves et à leurs familles que les résultats ne seront pas publiés dans les temps à cause d’une question faisant l’objet d’une plainte. Dans un communiqué publié mercredi dernier, le ministère a annoncé que les résultats du YEP (classement de point de l’examen TEOG) ne seront communiqués qu’après la décision du tribunal. Aucune date précise n’a été donnée, pas même l’identité de la fameuse question incriminée que le ministère refuse de révéler.

La présidente de l’Union éducative d’Anatolie, Cansel Güven, a appelé le ministre à respecter ses propres promesses, ajoutant qu’il était « ridicule » d’annoncer aux étudiants le retard de leurs résultats le jour même où ils espéraient les connaître. « Si l’AKP continue de garder ses  »hommes » à la tête de tout, ce genre de choses seront attendues. Ce serait vraiment bien s’ils pouvaient, pour une fois, accomplir quelque chose à temps (…) Là, ils ne peuvent même pas se conformer à leur propre calendrier. Des milliers d’étudiants et de parents vont souffrir et leur projet de vacances sont ruinés », a-t-elle lancé, sarcastique. Pour Cansel Güven, le ministère aurait simplement dû annuler la question et publier les résultats.

Selon le calendrier officiel publié par le ministère, les résultats de l’examen étaient supposés permettre aux élèves de déposer leurs vœux de classement pour les lycées entre le 6 et 16 juillet. Les résultats de placements étaient eux prévus pour le 14 août. Pour le moment, le calendrier est donc en suspens.

Un avenir à jouer en 180 minutes

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« Une vie = 180 minutes », tel est le slogan utilisé en 2005 par TED, l’association sur l’éducation turque créée par Atatürk, pour dénoncer le système compétitif qui régit le système scolaire depuis des années. Les examens finaux de chaque cycle – qui ne sont autre que des concours nationaux – instaurent une compétition à très grande échelle entre tous les élèves. L’ÖKC qui permet d’accéder à l’enseignement secondaire, ou l’ÖSS pour l’enseignement supérieur, partent du principe que les résultats obtenus vont permettre de classer les élèves en fonction du prestige de l’établissement auquel ils aspirent. Après les résultats de ces tests nationaux, l’étudiant peut ainsi faire sa demande de classement en fonction des critères requis (nombre de points obtenus à l’examen) par les lycées ou les universités. Les lycées anatoliens, par exemple, qui dispensent des cours dans une langue étrangère sont particulièrement prisés par les étudiants, ce qui rend leur accès plus difficile.

Les critiques du système sont nombreuses puisque l’avenir de l’élève dépend d’un examen de quelques heures qui ne reflète pas les années d’études qui l’ont précédé. Ces critiques ont conduit à une réforme de l’examen d’entrée au lycée, en septembre 2014. Le TEOG a donc remplacé le précédent test de « détermination de niveau » par un système de classement de points (YEP) calculé en fonction de la progression de l’élève sur les trois dernières années (70%) et les résultats de l’examen final (30%). Ainsi le nouveau système valorise la moyenne de l’étudiant au long de l’année plutôt que le résultat d’un examen unique.

Le système est toutefois pointé du doigt puisque l’étudiant, en fonction de son classement, peut se retrouver dans un lycée non-choisi, loin de son domicile ou alors confessionnel (imam hatip).

Une compétition scolaire acharnée

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Malgré cette réforme, la compétition entre les élèves reste vive, spécialement pour l’examen d’entrée à l’université qui est un facteur important de stress. En effet, le concours national est déterminant pour l’avenir du lycéen. En cas de résultats peu satisfaisants, l’étudiant peut se retrouver dans une université dans laquelle il ne veut pas étudier – et surtout dans une discipline non choisie – avec pour seule motivation d’être diplômé du supérieur. Ce concours sélectif permettrait de faire un tri dit « objectif » pour l’entrée dans les études supérieures dont les places sont limitées. Certaines universités telles que Boğaziçi (Istanbul) et ODTU (Ankara) s’imposent comme un graal inaccessible en fonction de leur nombre de points nécessaire à l’entrée. De plus les bourses scolaires ne dépendent pas du revenu de la famille mais de la position dans le classement.

Pour réussir le concours, un système de cours du soir et de classe préparatoire privée a été mis en place, alourdissant le programme scolaire et générant des inégalités sociales au vu de leur caractère payant (aux alentours de 1000 euros pour un an). Ces « prépas », appelées dershane, sont devenues un passage quasi-obligatoire pour tout élève souhaitant intégrer une bonne université. Ce secteur de cours privés du soir instaure de la compétition à tous les niveaux de par leur intérêt médiatique. Ainsi, le classement des meilleurs élèves publié à la télévision et dans les journaux pousse ces écoles à entrer en concurrence les unes avec les autres.

Ces « boites de bachotage » reflètent par ailleurs l’incapacité du système éducatif traditionnel à préparer lui-même ses élèves à l’enseignement supérieur. En mars 2014, le gouvernement AKP lançait un débat national sur la fermeture de ces écoles, estimant qu’elles accentuaient les inégalités sociales inter-élèves. Derrière cette décision se cache également une lutte d’influence entre le gouvernement et son ancienne alliée qu’est la confrérie de Fethullah Gülen – nébuleuse aux idées libérales-conservatrices – qui détient plus d’un quart de ces établissements. Aux yeux du Parti de la justice et du développement (AKP), l’administration de ces écoles privées par la communauté güleniste en faisait un tremplin d’infiltration des secteurs névralgiques de la société. La formation de cette nouvelle génération inquiétait les détracteurs du mouvement qui craignaient de voir l’État passer en catimini sous le contrôle du Hizmet (service), le nom officiel du mouvement Gülen.

Le Parlement a donc voté la fermeture de ces écoles, une décision qui s’appliquera dès la rentrée 2015.

Florie Cotenceau

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