Politique, Société

Égalité homme-femme : où en est la « cause nationale » défendue par Macron ?

Dans le contexte turbulent de l’affaire Weinstein, des hashtags #metoo et #balancetonporc, Emmanuel Macron avait fait de l’égalité homme-femme l’un des principaux combats de sa campagne présidentielle. À l’occasion de la publication, le 17 janvier 2019, du premier rapport du Haut Conseil à l’Égalité sur le sexisme en France, nous faisons le point sur les promesses du Président de la République en la matière et les réponses qui y ont été apportées.

 

C’est le premier état des lieux du sexisme en France publié par le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) depuis sa création en 2013. Il permet de dresser un portrait de ce que le HCE définit comme une « idéologie qui repose sur le postulat de l’infériorité des femmes par rapport aux hommes » et qui se manifeste par des « gestes, propos ou comportements ». On y apprend notamment que 76 % des victimes de violences sexuelles sont des femmes, et que 1,2 million de femmes ont été victimes d’injures sexistes en 2017. Le rapport souligne particulièrement la faible traduction de ces actes sexistes en plainte. En effet, seuls 2,9 % des actes sexistes (injures, menaces, violences) font l’objet d’un dépôt de plainte. Cela s’explique jusqu’ici par un mélange de honte et de minimisation de l’acte aussi bien du côté de la victime que de celui de la police et de la gendarmerie. Autre fait marquant, le rapport du HCE a répertorié 20 radios françaises qui utilisent le sexisme pour faire rire, ce qui représente environ 71 % des chroniques radio en France. Ce rapport nous rappelle l’urgence de la situation presque deux ans après l’élection d’Emmanuel Macron, qui avait, lors de sa campagne, accordé au combat de l’égalité homme-femme une place primordiale. Où en est-on des promesses qui ont été faites ?

Dans le domaine politique

Avant d’être élu, Emmanuel Macron avait promis le respect de la parité en politique ainsi que la création d’un ministère dédié aux droits des femmes. La première promesse a été tenue. Aux dernières élections législatives, La République en Marche (LREM) a présenté plus de femmes que d’hommes. 245 femmes ont été élues à l’Assemblée nationale pour 332 hommes. Au gouvernement, le Président de la République a nommé huit femmes et huit hommes aux différents ministères ainsi que six femmes et six hommes aux secrétariats. Cependant, cette parité sur le papier est à nuancer, car à l’Assemblée nationale, les femmes ont un rôle mineur par rapport aux hommes. Ce dernier se manifeste par une prise de parole moindre et des postes moins importants. Quant à la seconde promesse, le ministère des Droits des femmes s’est vu remplacé par un secrétariat d’État chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, confié à Marlène Schiappa. Emmanuel Macron avait également promis de faire de l’égalité homme-femme une « cause nationale ». En 2018, le label « Grande cause » a ainsi été attribué à la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), alors que l’égalité homme-femme constitue l’une des deux priorités du G7 qui sera présidé par la France en 2019.

Les inégalités salariales en entreprise

En 2018, l’organisme Eurostat a constaté qu’en 2016, les Françaises ont gagné 15,2 % de moins que leurs collègues masculins. À travail égal, l’écart salarial entre les deux sexes est d’environ 9 %. Le chiffre est en baisse depuis 2000, mais demeure élevé alors que le principe d’égale rémunération à travail égal est inscrit dans la loi française depuis 1972. Selon la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, l’égalité salariale entre les hommes et les femmes est « l’un des quatre volets importants » de la loi « avenir professionnel » adoptée par le Parlement le 1er août 2018. Elle accorde trois ans aux entreprises de plus de 50 salariés pour résorber leurs inégalités salariales, sous peine d’une pénalité financière pouvant atteindre 1 % de la masse salariale de l’entreprise. Afin de garantir sa mise en œuvre, les contrôles ont été considérablement multipliés (jusqu’à 7 000 par an). Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait prôné la pratique du « name and shame », afin de rendre publiques les entreprises ne respectant pas le principe d’égalité salariale. Dans la foulée de son élection, Marlène Schiappa avait publié le nom de deux entreprises. Depuis, plus rien.

Sur les violences sexuelles et sexistes

La loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, portée par Marlène Schiappa, a été promulguée par le Président de la République le 3 août 2018. Initialement porteuse d’espoirs, les nombreuses navettes parlementaires l’ont petit à petit vidé de sa substance. C’est notamment sur l’âge et la notion de consentement des mineurs que cette loi a déçu. Selon ses détracteurs, l’occasion de qualifier de viol toute relation sexuelle entre un mineur de moins de 15 ans et un majeur a été ratée. En outre, d’autres mesures importantes ont été abandonnées en cours de route, telles que la formation obligatoire des fonctionnaires de police, des mesures plus claires contre le harcèlement sexuel au travail ou encore l’obligation pour les médecins de signaler les violences faites aux enfants. Toutefois, la prescription du viol a été allongée de 20 à 30 ans et le délit d’outrage sexiste a été instauré. En somme, cette loi présente des avancées, mais est largement insuffisante face à la dimension des violences sexuelles et sexistes en France. Le rapport du HEC vient de nous le rappeler.

Plusieurs questions à soulever

Plusieurs défis qui avaient été lancés par le Président de la République demeurent sans réponse. Alors candidat, Emmanuel Macron avait évoqué l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes, la défense du droit à l’interruption volontaire de grossesse (l’IVG, toujours menacé) ainsi que la lutte contre l’excision. Sur ces trois questions, aucune mesure concrète n’a encore été prise. En septembre 2018, le Premier ministre, Édouard Philippe, avait annoncé l’alignement du congé maternité des indépendantes sur celui des salariés, en vue de la création d’un congé maternité unique de 16 semaines. Reste à voir si cette disposition s’appliquera comme prévu en 2019. En matière d’éducation, Emmanuel Macron avait annoncé la mise en place, dès 2018, d’un « module d’enseignement » dans toutes les écoles du service public consacré « à la prévention et à la lutte contre le sexisme, le harcèlement et les violences ». Cependant, il est peu probable qu’un simple module additionnel ne parvienne à avoir un impact s’il n’est accompagné d’une restructuration globale d’un système éducatif qui continue à véhiculer, au travers des manuels scolaires et des pratiques éducatives, des stéréotypes sexistes renforçant les inégalités.

Arthur Didier Deren

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *