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Élections américaines : un second débat Clinton-Trump sous haute tension

Dimanche soir, les deux candidats en lice pour la Maison-Blanche se sont adonnés au second débat en face à face dans la course à la présidentielle. Cette nouvelle joute verbale était cruciale pour Donald Trump et Hillary Clinton puisque dans un mois seulement les citoyens américains se rendront aux urnes alors que le candidat républicain est enlisé dans un nouveau scandale. 2016-10-09-23-10-56À 21h, Donald Trump, le candidat républicain, et Hillary Clinton, la candidate démocrate, sont entrés sur la scène de la Washington University à Saint Louis, dans le Missouri, pour se confronter une nouvelle fois lors d’un débat on ne peut plus animé. Dès les premières secondes, le ton est donné avec l’absence d’échange de poignée de main entre les deux candidats !

Alors que Donald Trump a, selon un grand nombre d’observateurs, perdu le premier débat, les enjeux étaient colossaux lors de ce second face à face pour ce dernier. Mais, Hillary Clinton se devait aussi de relever de nombreux défis.

Le format de la soirée demandait en soi aux deux candidats d’adapter leurs stratégies respectives puisque, durant 90 minutes, le débat a pris la forme d’un forum de citoyens. À savoir, la moitié des questions furent posées par des électeurs indécis – on compte environ encore 4 à 5 % d’électeurs américains indécis – présents dans la salle. Chacun des deux candidats avait alors 2 minutes pour y répondre puis 5 min pour en débattre.

À notre plus grande surprise, contrairement à sa rivale, Donald Trump s’est montré mal à l’aise et même déstabilisé durant le débat. Pire, le candidat républicain s’est montré agressif malgré le fait qu’il se soit présenté plus préparé que lors du premier débat.

S’il a répondu avec des propos clairs et directs, tout en se montrant sûr de lui, il s’avère pourtant que son langage non verbal reflétait la colère alors que son fameux et horripilant reniflement a repris le dessus et a de nouveau fait le buzz sur les réseaux sociaux. Tournant le dos au public et à la candidate républicaine dès qu’elle prenait la parole, on a presque cru qu’il quitterait la scène. Et, comme à son habitude, il s’est présenté en victime en accusant les modérateurs de le traiter de façon préjudiciable.

Un nouveau mauvais point pour le candidat républicain quand les analystes de la vie politique américaine soulignent que le débat de dimanche soir était en vérité plutôt un concours de personnalité.

Quant à Hillary Clinton, qu’on a souvent jugée trop froide et inabordable, elle a réussi à se départir de sa froideur, à se montrer plus ouverte qu’à son habitude et même sympathique en s’adressant directement au public et en essayant de rassurer les électeurs qui montraient des inquiétudes sur des sujets de fonds.

Mais, Hillary a du faire face à un autre défi de taille : celui de ne pas tomber dans les pièges tendus par son rival qui n’a pas hésité à l’attaquer de nouveau sur les mêmes sujets que lors du premier débat, et particulièrement sur l’affaire de divulgation de ses emails privés. Si la candidate démocrate a peiné à convaincre sur ce sujet, elle s’est montrée maligne en utilisant le format du débat pour se sortir de ce marasme.

En ce qui concerne les sujets de fonds, et notamment les problèmes d’accès à la santé, il est indéniable que le candidat républicain a été incapable de faire de réelles propositions politiques, préférant miser sur ses critiques envers la politique du Président actuel et les propositions que Hillary Clinton a eu le mérite de proposer, tout en continuant à marteler inlassablement que la candidate faisait preuve d’un manque de jugement déplorable en plus de ne jamais agir.

Pas de surprise non plus quant aux réponses aux questions relatives aux enjeux migratoires, à la politique étrangère et à l’État islamique. Pour Donald Trump, quiconque n’est pas américain, tout pays et tous citoyens musulmans représentent un danger pour les États-Unis et, évidemment, tout est de la faute du président Obama et de Hillary Clinton. Avec des propos simplistes et réducteurs, Trump continue à surfer sur la vague du populisme… Mais attention à ne pas boire la tasse monsieur Trump…

Car, s’il était écrit que la candidate démocrate soit aussi attaquée sur les frasques sexuelles de son mari, monsieur Trump n’a pas de quoi fanfaronner alors qu’il est au cœur d’une controverse après que le Washington Post ait dévoilé vendredi 7 octobre dernier une vidéo datant de 2005 où le magnat de l’immobilier tient des propos outrageux envers la gent féminine.

Comme attendu, il fut dès le début du débat interrogé sur cet enregistrement. M. Trump n’a pas changé d’un iota sa version en réitérant qu’il n’était pas fier de ce qu’il avait dit et en qualifiant ses propos comme étant simplement une « conversation de vestiaire ». Comme à son habitude, il a ensuite dévié la question en attaquant Bill Clinton sur des allégations d’agression sexuelle.

Mais, M. Clinton n’est pas Hillary qui a d’ailleurs éludé les accusations de son rival concernant son mari et a dénoncé – pour la première fois depuis que le scandale des enregistrements de 2005 a éclaté – les propos outranciers de Trump tout en rappelant que le candidat républicain est un habitué de ce genre de frasques : « Il est évident pour tous ceux qui l’ont entendu que c’est tout à fait lui […] Nous l’avons vu insulter des femmes, nous l’avons vu noter les femmes, sur leur apparence, les classer de un à dix. Nous l’avons vu embarrasser des femmes ».

Ce second débat fut donc houleux, mais rien ne laisse penser que Donald Trump ait réussi à rattraper son retard dans les sondages d’autant plus que sa cote de popularité a pris un sacré coup après le scandale de ce week-end. D’ailleurs, avant même le début du débat, des analystes de la vie politique américaine et notamment Rafael Jacob, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM (Canada), estimait que le candidat républicain avait déjà perdu l’élection américaine, tandis que Hillary Clinton a eu l’intelligence de se tenir au-dessus de la mêlée.

Tout au long du débat, l’ambiance fut on ne peut plus tendue, voire hostile, au point d’en devenir angoissante. Et, si la fin du débat l’ambiance a fini sur une note positive, la poignée de main des deux candidats fut glaciale. Prochain « choc des titans » le 19 novembre à l’université du Nevada à Las Vegas.

Camille Saulas

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