Politique

Élections présidentielles 2017 : un résultat inédit

À campagne inédite, résultat inédit. Après des mois d’une campagne atypique, la démocratie s’est prononcée. La gauche et la droite, les deux grands partis français, ont essuyé un revers historique tandis que Marine Le Pen (FN) et Emmanuel Macron (En Marche !) s’affronteront au second tour pour remplacer François Hollande à l’Élysée.Ils étaient onze candidats, mais au terme de ce premier tour, neuf d’entre eux ont dû s’avouer vaincus alors que 47 millions de Français inscrits sur les listes électorales étaient appelés à se rendre aux urnes ce dimanche 23 avril dès 8 heures.

À 20 heures, deux visages sont apparus, ceux de Marine Le Pen – la candidate du Front National – et d’Emmanuel Macron – le candidat d’En Marche ! C’est alors les premières estimations d’Ipsos-Sopra Steria qui nous sont transmises. Le benjamin de cette élection remportait 23,9% des voix, tandis que la candidate frontiste était créditée de  21,7% des suffrages.

Derrière, les scores sont serrés. François Fillon est au coude à coude avec Jean-Luc Mélanchon, le seul candidat qui a presque réussi à doubler ses intentions de vote dans les sondages en quelques semaines.

Les dernières estimations données par le ministère de l’Intérieur français :

  1. Emmanuel Macron : 23,86 %
  2. Marine Le Pen : 21,43 %
  3. François Fillon : 19,94 %
  4. Jean-Luc Mélenchon : 19,62 %
  5. Benoît Hamon : 6,35 %
  6. Nicolas Dupont-Aignan : 4,73 %
  7. Jean Lassalle 1,21%
  8. Philippe Poutou 1,1 %
  9. François Asselineau 0,92 %
  10.  Nathalie Arthaud 0,65 %
  11. Jacques Cheminade 0,18%

Les heures passent et les derniers bulletins sont comptabilisés, mais nous n’avons toujours pas accès aux résultats définitifs de ce premier tour. En revanche, il est peu probable de voir un retournement de situation.

La communauté française Turquie s’est prononcée 

Nombreux sont les Français qui ont voté en Turquie pour ce premier tour. À Istanbul, ils se sont rendus au Consulat, sur la rive européenne, ou au Lycée Saint Joseph, sur la rive asiatique, pour faire entendre leurs voix. Comme dans de nombreux bureaux de vote à l’étranger, au Lycée Saint Joseph l’affiche de Marine Le Pen était tout bonnement absente, faute d’avoir été fournie dans les délais légaux par le FN.

Selon les premiers résultats, c’est aussi Emmanuel Macron qui serait arrivé en tête du scrutin en Turquie, suivi non pas de Marine Le Pen, mais bien de Jean-Luc Mélanchon.

Exit Marine Le Pen, car c’est finalement François Fillon et Benoît Hamon qui arrivent respectivement en troisième et quatrième position.

Aujourd’hui La Turquie était présent à l’entrée du Lycée Saint Joseph afin de recueillir les impressions de la communauté française en Turquie. Sans surprise, les électeurs sont indécis et déçus de cette campagne.

Mais les électeurs français en Turquie n’avaient pas l’intention de se laisser abattre. Ils avaient un objectif en tête en se rendant aux bureaux de vote dimanche : contrer l’extrême droite. « L’important c’est de faire barrage à la montée de l’extrême droite », nous a confié un électeur dimanche matin. Malgré la volonté des Français en Turquie, cela n’a pas suffi. Marine Le Pen est aux portes de l’Élysée.

Réaction des deux gagnants 

La candidate du FN a été la première à s’exprimer devant ses partisans. Marine Le Pen, avec un programme basé sur l’enjeu migratoire, la sécurité et la sortie de l’Union européenne, a arboré un sourire victorieux devant une salle galvanisée par cette victoire.

Fustigeant les « élites » comme à son habitude : « Il est temps de libérer le peuple français d’élites arrogantes qui veulent lui dicter sa conduite », Marine Le Pen n’a pas manqué d’attaquer son rival pour le second tour alors que François Fillon, Benoit Hamon, Alain Juppé, François Baroin, Jean-Pierre Raffarin ou encore Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jean-Marc Ayrault appelaient déjà à voter Macron au second tour : « Soit nous continuons sur la voie d’une dérégulation totale, les délocalisations, l’immigration de masse, la libre circulation des terroristes, le règne de l’argent-roi. Ou vous choisissez la France des frontières qui protègent notre identité. »

Les amalgames sont nombreux, les propos simplistes. Une recette qui marche et dont la candidate n’est pas avare.

Quant au candidat du nouveau parti politique En Marche !, celui dont on ne saurait dire s’il est de droite ou de gauche, mais qui a à cœur de relancer l’activité économique et le couple franco-allemand pour une Europe plus forte, est finalement arrivé en tête du scrutin.

Félicité par François Hollande, Emmanuel Macron s’est voulu rassembleur et rassurant : « Désormais, mes amis, il me revient de rassembler plus largement encore, de réconcilier notre France pour gagner dans quinze jours et demain pour présider notre pays […] (Je veux être) le président de tout le peuple de France, des patriotes face à la menace des nationalistes. Un président qui protège, qui transforme, et qui construit, qui permet à ceux qui veulent créer, innover, entreprendre, travailler, de le faire plus facilement et plus vite. Un président qui aide ceux qui ont moins, qui sont plus fragiles ou bousculés par la vie, à travers l’école, la santé, le travail, la solidarité ».

Emmanuel Macron, conscient que la partie n’est pas encore terminée, a tenu à remercier les candidats déchus qui ont appelé à voter pour lui : « Je remercie Benoît Hamon et François Fillon d’avoir appelé à voter en ma faveur au second tour », avant de conclure : « Mes chers concitoyens, il n’y a pas plusieurs France, il n’y en a qu’une, la nôtre, la France des patriotes, dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder. La tâche est immense, j’y suis prêt, à vos côtés. Le combat pour être digne de conduire notre pays commence ce soir. Et nous le gagnerons. Vive la République, vive la France ».

Revers des partis traditionnels

Malgré les scandales, François Fillon a tenu bon, mais cela n’aura pas suffi pour convaincre les Français. Avec seulement 19,9% des voix, le candidat Les Républicains laisse son parti dans un piteux état, mais assume la responsabilité qu’il a dans cet échec : « J’assume, cette défaite est la mienne, c’est à moi et moi seul de la porter ».

C’est sur un ton présidentiable que le candidat a appelé à voter contre le FN : « Il faut choisir ce qui est préférable pour notre pays. L’abstention n’est pas dans mes gènes, surtout lorsqu’un parti extrémiste s’approche du pouvoir. Le FN est connu pour sa violence et son intolérance, son programme mènerait notre pays à la faillite, au chaos européen. Il n’y a pas d’autre choix que de voter contre l’extrême droite. Je voterai pour Emmanuel Macron. »

Un résultat déplorable : 6,3% des voix, du jamais vu pour le PS ! M. Hamon est le grand perdant de cette campagne, mais ne veut pas pour autant enterrer son parti : « La gauche n’est pas morte ». Le PS fait pourtant grise mine à côté des 19,6% de La France insoumise et semble aujourd’hui anéanti, une situation qui aurait été évitée si B. Hamon et J-L. Mélanchon avaient fini par unir leurs forces.

Mais, Benoît Hamon a accepté la défaite et le message que les Français ont voulu faire passer : « J’ai échoué à déjouer le désastre qui s’annonçait depuis plusieurs mois. J’en assume pleinement la responsabilité sans me défausser sur les circonstances du quinquennat ni les trahisons. Cet échec est une profonde meurtrissure, je mesure la sanction historique, légitime, que vous avez exprimée. L’élimination de la gauche par l’extrême droite pour la seconde fois est aussi une défaite morale pour la gauche ».

Premier candidat à s’exprimer après la fermeture des bureaux de vote, Benoît Hamon a demandé à ses partisans à se battre « le plus fortement possible » contre Marine Le Pen. Pour se faire, il a appelé ceux qui le soutiennent à voter pour Emmanuel Macron au second tour.

Quant à Jean-Luc Mélanchon, celui-ci a tardé avant de s’exprimer sur ce qui n’est qu’une « demi-défaite » en déclarant sur les réseaux sociaux qu’il attendait le dépouillement complet des bulletins de vote avant de s’exprimer. Remettant en question les estimations avancées à 20 heures, il a néanmoins annoncé qu’il respecterait les résultats, mais qu’il n’appelait pas à voter pour E. Macron ou pour M. Le Pen : « Je n’ai reçu aucun mandat des 450 000 personnes qui ont décidé de présenter ma candidature pour m’exprimer à leur place sur la suite. Elles seront donc appelées à se présenter sur la plate-forme et le résultat de leur expression sera rendu public ».

Importante abstention

La participation s’annonçait déjà faible à la veille de ce premier tour. La participation finale s’élève à 78,13% contre un taux de participation de 79,48 % au premier tour de l’élection de 2007. Ce n’est donc pas moins de 21,87% des Français inscrits sur les listes électorales qui ont décidé de s’abstenir tandis que 1,82% des votants (644 119 personnes) ont voté blanc.

Maintenant que la gifle est donnée, un seul mot d’ordre: voter le 7 mai pour élire le huitième président de la Ve République, mais surtout pour protéger nos droits et libertés.

Camille Saulas

 

 

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