International, Politique

Elections régionales en France : ce qui rend le scrutin incertain

Ce sont des élections toutes particulières qui se dérouleront en France les 6 et 13 décembre prochains en France. Ces élections régionales seront en effet les toutes premières faisant suite à la fois à la réforme territoriale du gouvernement et aux attentats de Paris, le deuxième tour du scrutant se déroulant le 13 décembre, soit exactement un mois après les douloureuses attaques terroristes dont la capitale française a fait l’objet le 13 novembre.

De g. à d. : Pierre de Saintignon, Marine Le Pen et Xavier Bertrand, tous trois en concurrence pour la direction de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

13 régions en métropole au lieu de 22

regionsLa nouvelle carte des régions de France, adoptée il y a près d’un an, le 17 décembre 2014, a quelque peu retardé le processus, avec des élections initialement prévues en mars dernier. Mais c’est finalement dans 13 régions différentes en métropole, contre 22 précédemment, que les électeurs se rendront aux urnes, afin de faire leur choix parmi les 21 456 candidats en lice pour un mandat de six ans. En moyenne, 13 listes ont été déposées dans chaque région.

Si actuellement 22 régions sur 23 sont dirigées par la Gauche, l’Alsace faisant figure d’exception, cette répartition pourrait bien changer à partir du 13 décembre.

La Gauche espère conserver certaines régions, notamment Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, plus grande région par sa superficie, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon juste à côté, ou encore la Bretagne, où se présente le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

La Droite, qui s’est unie autour de l’Union des Démocrates Indépendants (UDI), le Mouvement Démocrate (MoDem) et Les Républicains (LR), compte elle sur une victoire dans les Pays de la Loire, le Centre-Val-de-Loire, l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Île de France. Dans cette dernière région, qui inclut Paris et possède la population la plus nombreuse, et où s’affrontent notamment Valérie Pécresse (LR) et Claude Bartolone (PS), une victoire de la Droite serait chargée de sens.

Enfin, certaines régions attirent tout particulièrement l’attention. C’est le cas surtout de Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où le Front National (FN) est en tête dans les sondages : la présidente du parti Marine Le Pen elle-même s’y présente, face à une droite unie autour de Xavier Bertrand et une Gauche divisée entre Pierre de Saintignon pour le Parti Socialiste (PS) et Sandrine Rousseau pour Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Un scrutin qui s’annonce très serré également en Provence-Alpes-Côte d’Azur : l’influence de Marion Maréchal-Le Pen (FN) face à Christian Estrosi (LR), Christophe Castaner (PS) et Sophie Camard (EELV) ne doit pas être minimisée. Mais si l’on parle beaucoup de ces deux régions, il ne faut pas oublier la Normandie, Bourgogne-Franche-Comté et Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, où les sondages annoncent moins de deux points d’écart entre les deux premiers candidats et qui pourraient donc réserver quelques surprises…

Une campagne et des résultats très probablement affectés par les attaques terroristes

La campagne a dû s’adapter à l’état d’urgence. De nombreux meetings ont été annulés et le débat s’est concentré, nécessairement, sur les questions sécuritaires.

En mars 2012 pourtant, les tueries de Toulouse et Montaban, perpétrées par Mohamed Merah, n’avaient que peu influencé les élections présidentielles de mai. Il avait notamment été supposé que ces événements favoriseraient le Front National de Marine Le Pen et, indirectement, le président sortant Nicolas Sarkozy. Il n’en a rien été. Mais les attentats du 13 novembre laissent une France encore plus choquée, qui a définitivement pris conscience de l’importance et de l’imminence de la menace terroriste.

Les candidats ressentent bien évidemment la pression de nombreux Français, affectés de près ou de loin par les dernières attaques, qui comptent plus que jamais sur eux pour prendre des mesures efficaces afin de barrer la route autant que possible au terrorisme.

Un sondage effectué par l’institut YouGov annonce par ailleurs que 25% des Français interrogés estiment que les attaques influenceront beaucoup ou un peu leur vote.

Quoi qu’il en soit, il y a des chances que les attentats de Paris provoquent un sursaut de participation, par prise de conscience de l’importance de l’issue ou par volonté de faire triompher la démocratie face au terrorisme.

Le Front National fait parler de lui

C’est en Nord-Pas-de-Calais-Picardie que l’implantation du Front National est la plus forte et où la victoire semble la plus à portée de main. Cette région de six millions d’habitants a vu le FN s’imposer lors des élections municipales de mars 2014, gagnant Hénin-Beaumont dès le premier tour, puis des élections européennes de mai 2014, et enfin lors des élections départementales de mars 2015 en récupérant dix cantons. Qu’en sera-t-il pour les régionales ?

Dans le Sud-Est, bastion historique de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National et grand-père de Marion Maréchal-Le Pen, qui s’y présente, les projecteurs sont également braqués sur l’extrême-droite. L’année dernière, 11 maires FN avaient été élus en France, dont cinq dans la région méditerranéenne. La très grande région Provence-Alpes-Côte d’Azur compte cinq millions d’habitants et constitue l’une des régions les plus riches de France.

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Marion Maréchal-Le Pen au Pontet le 5 juillet pour le lancement de sa campagne en région PACA.

Des artistes ont réagi à cette montée du FN en lançant un « appel contre la politique culturelle du Front National » dans le quotidien L’Humanité mardi 1er décembre. Ils signalent notamment que « loin de tout patriotisme culturel, la liberté de création c’est d’abord l’ouverture à l’autre, celui qui n’est pas moi mais qui est égal à moi, quelle que soit sa couleur de peau, sa nationalité ou sa religion ». De même, le syndicat des entreprises du spectacle, le Syndeac, a publié un encart dans plusieurs quotidiens nationaux – Le Monde, Libération et L’Humanité – où il affirme : « Le Front National, par ses positions récurrentes, représente depuis longtemps un véritable danger pour notre secteur et plus largement pour les valeurs fondamentales de notre démocratie, comme pour le projet de société auquel nous souhaitons contribuer par les arts et la culture. »

Les résultats de ces élections sont donc très attendus, d’autant plus qu’ils donneront le la aux primaires de l’automne 2016, en vue des élections présidentielles de 2017…

Noémie Allart

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