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Élections sénatoriales françaises : la déception d’Emmanuel Macron

La République En Marche (LREM) a obtenu 28 sièges au Sénat à la suite des élections de dimanche dernier, qui renouvellent, comme tous les trois ans, la moitié des parlementaires de la chambre haute. Un échec pour le parti du chef de l’État qui remplit à peine la moitié des objectifs qu’il s’était fixé.

 L’année avait pourtant bien commencé pour Emmanuel Macron. Après avoir été élu président de la République française le 7 mai 2017, il accomplissait l’exploit de rassembler une majorité écrasante à l’Assemblée nationale en juin dernier. C’était sans compter sur sa déception face aux résultats des élections sénatoriales. La République en Marche obtient seulement 24 sièges sur les 348 que compte le Palais du Luxembourg, loin derrière la cinquantaine qui était prévue.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce revirement. Créé en 2016, le jeune parti du président manque tout d’abord de relais locaux. Car ce n’est pas l’ensemble des citoyens français qui sont appelés à voter dans le cadre des sénatoriales, mais un collège de grands électeurs composé à 99,43% d’élus municipaux, départementaux et régionaux. Parmi eux, très peu sont affiliés à LREM, empêchant une mainmise du parti sur la totalité du Sénat. Par ailleurs, certaines décisions de l’exécutif ont considérablement bouleversé l’organisation des collectivités ces derniers mois. Peu d’élus sont prêts à lui pardonner l’annonce de la baisse de 300 millions d’euros de dotations aux administrations locales ou encore la suppression prochaine de la taxe d’habitation, qui représente 35% de la rentrée fiscale des communes en 2016.

Pour Gérard Larcher (Les Républicains), président sortant du Sénat et seul candidat à sa réélection, les grands électeurs ont « affiché leur volonté de voir exister un contre-pouvoir parlementaire, indispensable (selon lui) au fonctionnement équilibré de la démocratie ». La droite, représentée par Les Républicains et leurs alliés, assoie en effet sa domination sur le Palais du Luxembourg et sort même renforcée du scrutin avec 171 élus contre 142 auparavant. Le Parti socialiste, quant à lui, reste la première force d’opposition de gauche et le deuxième groupe parlementaire de la chambre haute avec 69 sièges, malgré les 86 qu’il possédait avant les élections. Les communistes perdent six sièges, mais se maintiennent comme un groupe parlementaire à part entière avec 12 élus (il faut au moins 10 élus pour en constituer un).

Cet échec pourrait remettre en cause le projet de révision de la Constitution annoncé par le président lors de sa campagne et prévu pour l’année prochaine. Destinée, entre autres, à réduire d’un tiers le nombre de parlementaires, à supprimer la Cour de justice de la République et à limiter le cumul des mandats des élus dans le temps, cette réforme requiert l’accord d’une majorité de 3/5ème des parlementaires (soit 555 députés et sénateurs sur les 925 que comptent les deux chambres). Or, selon franceinfo, Emmanuel Macron peut espérer obtenir seulement 376 voix à l’Assemblée et au Sénat.

Tout n’est cependant pas perdu pour le président, qui espère encore créer des alliances avec une partie des élus du Parti socialiste, des Républicains et de l’UDI (centre-droit). Les décideurs de La République en marche devront donc être stratégiques durant les prochains jours, quitte à faire des concessions. S’ils n’y parviennent pas, Emmanuel Macron sera contraint d’avoir recours au référendum. Un choix risqué compte tenu de sa chute de popularité, auprès des Français, depuis le début du quinquennat.

Jean-Baptiste Connolly

1 Comment

  1. Van der Bauwede

    Bravo, article très détaillé d’une belle écriture et références précises!!!

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