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Emine Boyner Kürşat : « La question écologique me préoccupe et l’art m’offre un formidable moyen de m’exprimer »

Avant de s’installer à Ayvalık, Emine est partie étudier aux Etats-Unis. Une éducation méritoire lui a été enseignée sur la nature qui donne la vie à la terre, aux arbres et enfin à l’humain… Un tel enseignement enrichissant, combiné à une volonté de l’intérieur, lui a permis de devenir une jeune femme consciente de l’environnement. Découvrons son Atelier Patika où il existe un lien très fort avec l’olivier, ses branches et l’huile de ses olives qui nourrissent les travaux de l’artiste.

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Diplômée de l’Université de Bennington, Emine Boyner Kürşat a étudié les beaux-arts et les arts visuels. Conjointement, elle a étudié la littérature, la philosophie et la politique. Cette jeune femme, qui s’exprimait d’abord à travers la peinture, a ensuite expérimenté les œuvres en trois dimensions. « J’ai suivi des cours de céramique, mais en essayant d’utiliser ce matériau de façon un peu plus fonctionnelle. J’ai fait des installations artistiques, j’ai même cousu une couverture en utilisant des journaux… » explique Emine Boyner Kürşat. Ne pouvant pas résister à notre insistante curiosité, elle nous a timidement montré cette couverture originale.

Dans son atelier portant le nom de : Atelier Patika, elle poursuit ses travaux artistiques tels que la fabrication d’objets en bois d’olivier. En même temps, elle utilise ce lieu de travail pour fabriquer du savon handmade et des pièces de céramique. De temps en temps, elle ouvre cet atelier multifonctionnel à ses amis désireux de partager leurs connaissances sur l’art et l’artisanat.

On peut dire que les travaux en céramique d’Emine Boyner Kürşat sont différents de ses autres productions. « La plupart du temps, les objets que l’on utilise dans nos vies contemporaines ne sont pas attachés à leurs producteurs », dit-elle d’un air triste. Pour cette femme sensible, il est bon de connaître l’histoire d’un objet que l’on utilise quotidiennement. Imaginer quelqu’un qu’elle ne connaît pas utiliser une tasse qu’elle a elle-même fabriquée pour boire son thé, la rend heureuse. Elle utilise d’ailleurs elle aussi nombre de ses productions de céramique, devenant presque « autosuffisante ».

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Pendant ses années étudiantes, elle s’est intéressée aux travaux en trois dimensions et à l’art dans les lieux publics. Aujourd’hui, elle a une préférence pour les matériaux écologiques étant donné qu’elle ne veut « pas produire des déchets au nom de l’art ».

Emine Boyner Kürşat a ensuite répondu à quelques-unes de nos questions.

Pourquoi cette sensibilité à la nature ?

Depuis mon enfance, j’aime passer du temps dans la nature. Peu à peu, je me suis questionnée sur la production des choses de la nature, j’ai fait des recherches pour trouver des vraies informations. Et en fin de compte, j’ai remarqué que chaque chose avait un côté purement écologique ; c’est quelque chose que je pense même aujourd’hui.

Je me suis intéressée aux objets usagés : j’essaie de voir la transformation d’un simple objet à un déchet biodégradable. On ne peut que changer ses habitudes après avoir remarqué la réalité de tout ce cycle d’utilisation. Pour ma part, je me suis sentie responsable et j’ai éprouvé le besoin de changer mes attitudes dès que possible. Je suis même en train de faire évoluer ma céramique : je cherche une méthode plus écologique et plus durable. J’aimerais pouvoir faire la terre moi-même en utilisant des méthodes anciennes.

La question écologique me préoccupe beaucoup et l’art est un formidable moyen de m’exprimer. L’activité artistique d’un individu est totalement influencée par ses habitudes de vie, et étant donné que mes préoccupations sont celles-ci, mon art reste en est imprégné.

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Mon rêve a toujours été d’avoir un atelier où je peux exercer ma passion, mais aussi dans lequel je peux partager tout cela avec d’autres personnes sensibles à l’écologie. Et voilà, mon rêve est devenu réalité, j’ai mon atelier. Quand quelqu’un me fait part de son envie de collaborer, on fait aussi des workshops. Jusqu’à présent, j’ai participé à des workshops sur le savon organique, la thérapie aromatique, la fabrication et le recyclage du papier, et le recyclage en général. Le but, c’est d’apprendre des choses sur la durabilité et l’écologie, mais en même temps aussi sur la créativité et l’art.

Et à propos du savon que vous fabriquez ?

Nous avons fait le choix d’utiliser environ 70% d’huile d’olive d’Ayvalık pour la fabrication de notre savon. La saponification à froid est l’élément essentiel pour nous étant donné que cette méthode préserve les bons côtés des huiles et des plantes.

Nous utilisons des huiles végétales extraites, et il est impossible d’obtenir ce type d’huile avec la méthode chaude de la saponification. Si vous oubliez de fermer le couvercle du bocal d’une huile essentielle, elle vaporise. De même, vous ne pouvez pas les faire bouillir. Parmi les bénéfices de ces huiles extraites, il y a la thérapie aromatique. Par exemple, la lavande calme les sens, et en plus, elle est antiseptique. Le romarin est bon pour la concentration quand on le respire et il prévient l’infection quand on l’applique sur la peau. Ces huiles sont donc respectueuses de la peau, au contraire des savons antibactériens.

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La saponification à froid demande beaucoup de temps : un processus de mixage dure une heure et demie. Comme la mayonnaise, il faut remuer la mixture jusqu’à l’épaississement du savon. Après avoir sorti le savon du moule, on le marque. Nous ne jetons jamais les pièces informes, mais nous les utilisons chez nous pour le nettoyage. J’utilise l’argile et certaines sèves de plantes pour le coloriage, l’argile de la mer, l’argile jaune naturelle. J’aime aussi utiliser les racines de l’orcanette des teinturiers pour la coloration. C’est une plante méditerranéenne que j’ai l’intention de cultiver dans mon jardin.

En plus de l’huile de l’olive, nous ajoutons certaines huiles végétales bonnes pour la peau, comme celle du cacao. L’huile de palme est souvent utilisée dans le secteur de la savonnerie parce qu’elle coûte relativement peu cher, mais je suis totalement contre l’utilisation de cette huile. A mon avis, les nombreux dégâts, écologiques notamment, ne valent pas le gain du prix. Je garde toujours en ligne de mire l’objectif de ne pas endommager la nature, c’est pourquoi j’utilise très souvent l’huile d’olive d’Ayvalık, que nous produisons nous-mêmes ici. Tous les savons de toilette fabriqués dans Atelier Patika sont respectueux de l’environnement et bons pour l’homme.

Dans Atelier Patika, nous faisons aussi des objets en bois d’olivier. Je travaille en collaboration avec mon époux Ali [Kürşat, ndlr] qui est producteur d’olives et avec notre charpentier Cemil Tekirdağlı. Je fais les dessins, en profitant des conseils techniques d’Ali, et Cemil fait le reste avec son ingéniosité. Travailler sur l’olivier est un grand plaisir car les veines de l’arbre sont incroyables, comme si quelqu’un les avait tracées. Etant donné que l’olivier est un arbre extra-fort, il est un peu difficile à façonner. Il est délicat mais c’est aussi ce qui fait sa beauté. Il lui faut un traitement sensible, ne pas lui donner beaucoup d’eau. On utilise la cire et l’huile de l’olive comme traitement pour éviter les substances chimiques. Il y a un lien très fort entre Atelier Patika et l’olivier. Les branches de cet arbre et l’huile de ses olives nourrissent nos travaux.

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Hüseyin Latif & Sırma Parman

 

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